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Tanguy Dumortier : « L’espèce humaine continue de voir la nature comme un univers qui doit lui servir »

tanguy dumortier

Tanguy Dumortier. | © DR.

Environnement & Animaux

Pour le présentateur du « Jardin extraordinaire » et président du Festival international Nature Namur, « la pandémie a provoqué des mouvements contradictoires mais, globalement, rien n’a changé. L’espèce humaine continue de voir la nature comme un univers qui doit lui servir. »

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Qu’apporte le Festival international Nature Namur depuis sa création, et quelle est la volonté de ses animateurs en 2021 ?
Tanguy Dumortier. Un festival est avant tout une formidable caisse de résonance qui propose au public de découvrir, dans les meilleures conditions, comme dans une salle de cinéma magnifiant l’image et le son, le travail d’artistes. En l’occurence ici, des réalisateurs de films et des photographes professionnels et amateurs, passionnés par la nature. Depuis sa création, le FINN a mis en avant des milliers d’œuvres inédites, de véritables pépites venues des quatre coins du monde, montrant les mille et une facettes de la nature. Ce programme en fait l’un des plus grands rendez-vous européens du genre, que les films soient amateurs ou pro : dans le vocabulaire de notre festival, « amateur » n’a rien de péjoratif, c’est celui qui aime ! Notre rendez-vous est avant tout un émerveillement.

Le programme est très éclectique (films nature, expos photo, village nature, activités en famille, conférences), etc. Quel est le véritable objectif d’un tel festival ? Répondre à un engouement, recréer le lien entre l’homme et la nature ? Ou bien voyez-vous plus loin, en imaginant une société plus saine pour demain ?
L’expérience de la nature est d’abord solitaire. Comme je le vois constamment en reportage, se retrouver isolé au milieu des éléments naturels permet de se confronter à ses peurs et fascinations ancestrales. Le cinéaste ou photographe est très souvent seul. De sa rencontre avec les animaux ou les végétaux, il produit des images. Le festival est une occasion de partager ces rencontres avec le public. Cela permet d’échanger des clés de compréhension, des quêtes nouvelles, etc. Ensuite, chacun retourne à sa vie solitaire et à de plus petits cercles, le partage avec la famille, les amis. Tant mieux si tout cela fait réfléchir à l’avenir de notre planète.

Croyez-vous que le public, précisément en raison de la pandémie, voit désormais la nature autrement ? Beaucoup veulent quitter les villes pour des endroits plus sains. Ce choc épidémique a-t-il provoqué une vraie réflexion dans la population ?
La pandémie a provoqué des mouvements contradictoires pour la nature et dans les rapports de notre espèce avec les autres. Mais globalement, rien n’a vraiment changé. L’espèce humaine continue de voir la nature comme un univers qui doit lui servir. Face à elle, nous sommes aussi partagés entre la peur – les maladies, les prédateurs, etc. – et la fascination. Le danger, c’est qu’un homme qui ne connaît rien de la nature s’y ennuie vite et banalise un tel trésor. Un fossé s’est creusé dans notre société. Un moment comme le festival essaie justement de combler celui-ci.

© Philippe Drauge.

Cette volonté de retour à la nature vous enthousiasme-t-elle ou vous fait-elle peur ? Un afflux de population risque aussi d’entraver l’objectif de préservation. Ou bien y a-t-il une nature pour chacun d’entre nous ?
Un mouvement d’intérêt envers la nature ne peut que me réjouir. Le bémol, c’est qu’aujourd’hui nous sommes beaucoup sur une petite surface. La nature n’est plus un terrain de jeu où chacun peut faire ce qu’il veut. Ce sont de petites zones, parfois très fragiles et protégées. À certains, cela paraît triste de ne pas pouvoir passer partout à travers tout, ou de ne pas pouvoir bivouaquer où ils veulent. Et c’est vrai que l’expérience de la nature peut être jugée très restreinte dans nos régions. Il va falloir être imaginatif pour que chacun puisse demain rencontrer son « monde sauvage ».

Précisément, comment voyez-vous l’avenir ?
Comme une aventure dont une page nouvelle est encore vierge. Tout reste à écrire, ne nous laissons pas envahir par le copié-collé ou le fatalisme.

Un tel festival n’a-t-il pas un rôle à jouer par rapport à ce qu’on nous annonce ?
Nous n’avons pas cette prétention. Le FINN n’est pas un lobby, c’est une fête. Mais une fête peut amener de très belles choses et, qui sait, changer l’avenir.

Comment voyez-vous l’évolution du climat ? Comment avez-vous vécu l’épisode tragique des inondations ?
Comme beaucoup de monde, j’ai été stupéfait de constater que nous vivons déjà des épisodes météorologiques extrêmement violents. Je me renseigne et j’observe. Mon avis sur ces questions n’est actuellement pas pertinent et je ne désire pas court-circuiter celui de spécialistes bien plus compétents que moi en la matière. Mais j’espère qu’on verra une union mondiale pour surmonter ces crises. L’humanité l’a déjà fait en trouvant les solutions pour arrêter la destruction de la couche d’ozone. J’espère aussi qu’une fois la crise passée, le respect de la nature sera ancré plus profondément, et pas seulement quand ça nous intéresse ou nous menace.

Et sur le plan personnel et privé ? Que raconte à ses enfants un papa qui part si souvent à la rencontre des merveilles du monde ?
J’ai deux filles, Louanne et Alizée, qui ont 7 et 8 ans. C’est un âge fabuleux. Je leur raconte tout ce qui se passe en tournage. C’est souvent drôle, parfois plus difficile. Je leur raconte surtout ma passion d’observer, de tourner autour des choses, de les regarder longuement, humblement. Ma fascination, c’est de comprendre le côté sauvage, ce qui ne se contrôle pas. C’est parfois dur, mais tellement vrai. À leur âge, mes filles sont elles aussi très vraies, sans artifices. J’essaie de leur apprendre à ne jamais se lasser de la nature. C’est un bijou aux millions de facettes. On n’a pas assez d’une vie pour l’admirer et lui rendre hommage.

(…) Le reste de cet entretien dans votre Paris Match Belgique

 

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