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Jonathan Bradfer : « On n’accorde pas assez de place aux Belges qui veulent changer le monde »

Développement durable, changement climatique et démarches citoyennes positives sont au cœur de la démarche professionnelle de ce journaliste globe-trotter de la RTBF qui, en 2019, s’est accordé une pause-carrière pour faire le tour du monde, à la rencontre de projets ayant une action positive sur notre planète. | © ©DR

Environnement & Animaux

« Quel temps ! », l’émission quotidienne désormais diffusée en direct juste avant le JT de 13 heures à la RTBF, suit le climat à la trace et s’intéresse aux initiatives de développement durable. Alors que la COP26 termine son psychodrame à Glasgow, Jonathan Bradfer fait le point sur les initiatives belges.

 

Paris Match. Que retenez-vous de votre voyage au bout du monde ?
Jonathan Bradfer. Il s’agissait pour moi de découvrir des personnes actives dans le développement durable. Cette échappée hors des sentiers battus après vingt ans de boulot a duré un an et demi. Elle a été très salutaire : me voici aujourd’hui depuis dix mois aux manettes de « Quel temps ! », après Nicolas-Xavier Ladouce. À l’origine, il s’agissait d’une émission exclusivement axée sur la météo et ses phénomènes d’un point de vue scientifique. Ensuite, elle s’est penchée plus attentivement sur les personnes qui prenaient des initiatives pour la protection de l’environnement, en Belgique mais aussi ailleurs dans le monde, ce qui était en phase avec mes propres valeurs. Elle s’appuie sur des reportages filmés dans un esprit pédagogique. L’enregistrement se déroule dans les studios numériques Dreamworld à Charleroi, mais depuis le 1er novembre, il ne s’agit plus d’enregistrements préalables couvrant toute la semaine, mais d’un direct, afin d’être mieux connecté avec l’actualité en temps réel et les réactions des téléspectateurs. Au sein de l’émission, j’ai développé « Le Champ des possibles », une séquence qui me permet d’aller à la rencontre de nouveaux modes de vie expérimentés en Belgique. Il s’agit de petits producteurs, de créateurs et de simples citoyens inspirés qui proposent de belles initiatives pour créer un nouveau monde plus sain.

« Les jeunes créent des entreprises et des projets avec leurs valeurs et génèrent de nouveaux emplois. Ils vont dans le bon sens alors que nous, les quadragénaires, nous ne sommes que la charnière de ce monde en devenir »

Par exemple ?
Près de Neufchâteau, la Coopérative du Grand Enclos est composée de néo-agriculteurs. Ces quelques familles se sont regroupées non plus pour parler, mais pour passer à l’acte. Elles occupent une petite ferme avec une dizaine de vaches laitières, des poules, des cochons et testent à la fois la résilience et l’alimentation locale, ce qui crée tout un esprit communicatif aux alentours. Il y a énormément de néoruraux en Belgique, dont des gens qui ne sont pas issus du monde agricole. D’une manière générale, on observe d’ailleurs à un retour à la campagne… ce qui n’est pas encore mon cas, car j’habite à Bruxelles ! J’ai aussi eu l’occasion de visiter la Chèvrerie de Basile, où un ado de 13 ans élève des chèvres dans son jardin. Il en a une dizaine et va les traire lui-même tous les jours dès son retour de l’école. J’ai également été impressionné par ce jeune homme de 26 ans qui vient de lancer une gamme de vêtements durables à partir de matériaux recyclables. Toutes ces personnes sont convaincues par ce qu’elles font et effectuent un travail qui a du sens. Croyez-moi, il y en a énormément en Belgique.

La COP26 se tient à Glasgow jusqu’au 12 novembre. Or, comme le rappelle Yann Arthus-Bertrand dans son dernier film, « Legacy », depuis la première COP à Berlin en 1995, jamais aucune d’elles n’est parvenue à faire baisser nos émissions carbone. S’agit-il donc d’une réunion internationale uniquement destinée à nous donner bonne conscience ? En d’autres termes, Glasgow, sera-ce la douche écossaise ?
Il faut des décisions politiques pour induire le changement et, à cet égard, les COP restent incontournables. Celle de Paris était parvenue à poser des jalons. Les pays doivent persister dans leurs intentions, mais les plans climat ne suffiront plus. Les scientifiques nous prédisent trois degrés de plus d’ici la fin du siècle. Ce sera intenable. Nous en avons eu un aperçu cet été, avec une série de cataclysmes, des canicules, des inondations, des incendies et même un dôme de chaleur au Canada, un mot nouveau pour qualifier une situation jamais vue auparavant. Nous allons en plein dans le mur et ce sont nous, les pays industrialisés, qui en sommes les premiers responsables en continuant à polluer la planète. Je n’ai pas la clé pour sortir de ce marasme, mais j’observe que les voix citoyennes n’ont jamais été aussi audibles et les pressions aussi fortes pour obtenir un changement.

À cet égard, un sursaut parfois teinté de désespoir anime la jeunesse, en Belgique comme ailleurs, pour dénoncer l’inertie des adultes en général et des dirigeants en particulier. Les jeunes ont-ils le pouvoir de faire bouger les lignes ? Comment jugez-vous votre génération par rapport à celle qui manifeste dans les pas de Greta Thunberg ?
Les jeunes ont bien compris qu’ils pouvaient peser dans la balance. Et leur attitude me rappelle cette parole de Gandhi : « Être soi-même le changement qu’on veut voir dans le monde. » J’ai rencontré beaucoup de jeunes qui ne se contentent pas de défiler dans les manifestations ; ils créent des entreprises et des projets avec leurs valeurs et génèrent de nouveaux emplois. Ils vont dans le bon sens alors que nous, les quadragénaires, nous ne sommes que la charnière de ce monde en devenir. À l’époque de mes 20 ans, on ne parlait pas de traitement des déchets et encore moins d’éviter de prendre l’avion. La jeunesse, elle, est plus décidée : elle préfère prendre le train et renoncer à voyager au bout du monde comme je l’ai fait, même dans des intentions louables. Quand on regarde sa vie dans le rétroviseur, on se dit parfois qu’on aurait préféré agir autrement.

(…) La suite dans votre Paris Match Belgique de cette semaine !

 

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