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Pour mieux se défendre du braconnage, les éléphants naissent sans défenses

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Image d'illustration. | © Unsplash

Environnement & Animaux

Des biologistes ont constaté que de plus en plus d’éléphants femelles naissant sans défense en réponse au braconnage intensif.

D’après un article Paris Match France de DR

Et si le meilleur moyen de se défendre était de naître sans défense ? Des biologistes de l’université de Princeton se sont intéressés à la population des éléphants du parc national de Gorongosa au Mozambique, victime d’un massacre entre 1977 et 1992, pendant la guerre civile. Leur nombre est tombé de 2500 individus au début des années 70 à 250 en 2000 en raison d’un braconnage sans merci. Mais un fait très troublant a a été relevé par les chercheurs : alors que le nombre de pachydermes ne cessait de décroître, la proportion d’éléphants femelles naissant sans défense n’a cessé d’augmenter.

Des effets délétères sur leur comportement

En comparant des films anciens avec des images récentes, les biologistes ont constaté que leur pourcentage est passé de 19 à 51 pour cent. «Après avoir étudié les génomes de 11 éléphants sans défense pour y déceler des évolutions récentes, les biologistes ont repéré une séquence d’ADN pertinente sur le chromosome X : AMELX, un gène qui aide à produire l’émail et le cément, deux minéraux qui recouvrent les défenses et les dents» explique Science Focus. Chez l’être humain, une mutation de ce gène provoque l’absence des incisives maxillaires latérales, les dents qui correspondent aux défenses chez l’éléphant. Une seconde mutation affecte le gène responsable de la production d’ivoire.

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Ces deux gènes auraient donc évolué rapidement en réponse au braconnage intensif. Comme l’absence de défense avait été constatée avant la guerre civile, ce trait jadis peu fréquent s’est répandu comme une trainée de poudre chez les femelles, qui, nées sans défense, ont plus de chances de survivre et de se reproduire. Mais, et c’est là toute la complexité du problème, il est possible que la perte de ces défenses aient des effets délétères sur le comportement des éléphants et leur capacité à agir sur leur environnement. Conséquence du braconnage, cette évolution pourrait aussi être l’une des causes  de la diminution globale du nombre d’éléphants d’Afrique, près de 5 millions au début du 20e siècle contre 415 000 aujourd’hui. Or, concluent les biologistes de Princeton, si cette adaptation consécutive au braconnage a été très rapide, la restauration de ces défenses risque de prendre un temps bien plus long…

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