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Les poules ont la cote

Les poules peuvent avaler jusqu’à 150 kilos de déchets organiques par an. | © commune d’Etterbeek

Environnement

Les poules font leur grand retour dans les jardins des habitants des villages comme des villes. Elles réduisent les déchets organiques et pondent de bons œufs bien frais. Tour d’horizon de cette nouvelle tendance plutôt sympathique. 

Un peu partout en Belgique, des communes ont décidé d’offrir à leurs habitants des poules. L’idée peut faire sourire certes, mais le projet est très sérieux. Les déchets organiques représentent près de 40% de nos déchets ménagers résiduels. Pour diminuer la production de déchets certains ont pensé aux poules, puisqu’elles peuvent ingurgiter jusqu’à 150 kg de déchets organiques par an. Et puis, petit bonheur du quotidien, de bons œufs frais attendent les heureux propriétaires. La poule est-elle devenue la nouvelle alliée écologie ? On dirait bien que oui !

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Mouscron, les précurseurs du don de poule

C’est à Mouscron que tout a commencé. « On travaillait depuis longtemps dans le cadre de la prévention des déchets. En 2005, on a été visiter un parc en Hollande où les riverains pouvaient amener leurs déchets pour nourrir les animaux. On a adapté le système chez nous en proposant aux gens d’adopter deux poules sur une durée de deux ans. La première année où on l’a fait, en 2007, c’était la grippe aviaire mais le pouvoir politique en place a quand même maintenu le cap et ça a tout de suite marché », explique Christophe Deneve, eco-conseiller. Tous les deux ans, de nouvelles poules sont offertes aux habitants. Il faut cependant remplir quelques conditions pour pouvoir profiter du précieux sésame : suivre une petite formation, ne pas en avoir déjà (puisque l’idée est d’induire un changement de comportement), ne pas manger les poules, en prendre soin, les installer dans un espace adapté…. Evidemment avoir des poules demande un certain investissement. Il faut les abreuver, les nourrir de graines et de déchets organiques, nettoyer leur litière… Les prédateurs sont le plus grand danger, il faut les protéger avec une clôture assez haute. Les  inconvénients peuvent être la venue des rats ou les mauvaises odeurs (mais ni l’un ni l’autre ne sont systématiques, loin de là). « Par contre si vous voulez éviter que votre voisin sorte le houblon, évitez d’avoir un coq. Surtout que bien évidemment, pas besoin de coq pour avoir des œufs », s’amuse Christophe Deneve.  L’expérience menée à Mouscron en a inspiré plus d’un, les communes de Lens, Orp-Jauche ou encore Ittre se sont lancées dans l’aventure.

Une poule heureuse est capable de pondre jusqu’à 250 œufs par an. Crédits : commune d’Etterbeek

Bruxelles n’a pas dit son dernier mot

Etterbeek est la première commune de la région bruxelloise à avoir proposé des poules à ses habitants. « Je me suis dit que le Collège des Bourgmestre et Echevins allait trouver ça farfelu mais ils ont tout de suite trouvé que c’était une bonne idée », se souvient Marie-Rose Geuten, échevine de l’environnement. Il y a un peu plus de deux ans, la commune a proposé aux ménages etterbeekois d’adopter deux poules dans leur jardin. Pour ce faire, il fallait que les habitants disposent de minimum de 10 mètres carré, chose assez rare dans cette commune densément bâtie. « L’objectif est de lutter contre le gaspillage alimentaire en revalorisant les déchets alimentaires mais aussi de ramener la nature en ville », ajoute l’échevine.

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Nous nous sommes rendus chez Adèle Perché, elle est l’une des heureuses propriétaires de poules. « Je ne pense pas qu’on aurait eu des poules si la commune n’avait pas mis ça en place », explique-t-elle. Le poulailler dans lequel vivent « Grossecote et Cocote » a été fabriqué lors d’une séance collective avec tous les participants au projet.  Chez cette joyeuse famille, enfants, chats et poules semblent vivre en harmonie. « Tout va aux poules, quand c’est cru elles n’aiment pas trop mais quand c’est cuit elles mangent tout. On n’a aucun souci avec elles, le lendemain où elles étaient là, elles commençaient déjà à pondre des œufs », confie Adèle Perché.

Chez Adèle Perché, les poules font partie de la famille. Crédits : Jehanne Bergé

La commune d’Etterbeek a  également reçu beaucoup de demandes de personnes ne disposant pas d’un jardin mais ayant malgré tout envie de s’occuper de poules. En 2016, deux poulaillers collectifs ont été inaugurés. Malheureusement, l’un des deux s’est fait attaquer par un prédateur quelques mois seulement après son installation. « Nous allons le relancer en installant les poules dans une volière », explique l’échevine avec optimisme. L’objectif derrière ces poulaillers collectifs est (entre beaucoup d’autres) de créer du lien social entre les citoyens. Décidément les poules ont bien plus de vertus qu’on ne le croirait…

Life is Wonderpoule, une solution clé en main

« Il faudrait 500 000 poules pour transformer tous les déchets organiques des 1,7 million d’habitants de Bruxelles Capitale ! Commençons maintenant ! » Voilà ce qu’on peut lire sur le site de Life is Wonderpoule, une jeune asbl qui vise à encourager et accompagner l’élevage des poules en ville. C’est en janvier 2016 que cette idée est née dans le cerveau de Martin François et Hugo Fustier. « On propose des poules bio, elles viennent de la ferme No Pilifs. Selon les critères de l’agriculture biologique, il faut cinq mètres carré par poule. On les vend par deux parce qu’elles n’aiment pas être seules » explique Aurélie Dierge. Life is Wonderpoule met en vente trois tailles de poulaillers afin de satisfaire les différents publics. Outre les gallinacés et les poulaillers, l’entreprise offre ses services pour l’entretien des poules. Une véritable solution clé en main. Lors d’une campagne de crowdfunding, les jeunes ont déjà vendu 20 poulaillers. « On est en train de les fabriquer, on va les distribuer cet été », avance Aurélie Dierge. Le lancement de la deuxième vague de production vient de débuter. Des poules dans chaque jardin, c’est presque pour demain….

Solution clé en mains avec Life Is Wonderpoule. Crédits : Life is Wonderpoule
L’équipe de Life Is Wonderpoule dans l’atelier de construction de poulaillers. Crédits : Jehanne Bergé

Opération Cocott Carolo

Update : À Charleroi, il est dorénavant possible d’adopter deux poules gratuitement. Le conseil communal a adopté lundi le règlement baptisé « Cocott Carolo ». Deux poules par ménage pourront être fournies aux ménages domiciliés à Charleroi « dans la limite des disponibilités, en échange de bons soins et d’un espace délimité et adapté aux gallinacées« , précise le communiqué officiel de la Ville.

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