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« Les changements climatiques ont déjà entraîné des effets irréversibles » selon le dernier rapport du Giec

"Les changements climatiques ont déjà entraîné des effets irréversibles" selon le dernier rapport du Giec

Le réchauffement climatique a déjà provoqué l'extinction de certaines espèces. | © Pexels / Francesco Ungaro

Environnement & Animaux

Actuellement, les scientifiques estiment que la planète s’est déjà réchauffée de près d’1,1°C.

 

Les changements climatiques induits par l’homme, qui s’accompagnent d’événements extrêmes plus fréquents et plus intenses, ont déjà entraîné des pertes et préjudices et des effets irréversibles sur les systèmes naturels et humains, comme l’extinction de certaines espèces, constate le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dans son dernier rapport publié lundi, tout en mettant en garde contre les difficultés, voire l’impossibilité, de s’adapter aux conséquences des dérèglements climatiques à mesure que la température mondiale augmente.

Dans ce rapport intitulé « Impacts, adaptation et vulnérabilité » et consacré aux conséquences des changements climatiques et à l’adaptation à celles-ci, les scientifiques constatent que les changements climatiques ont déjà provoqué des « dommages substantiels » à divers écosystèmes et que l’étendue et l’ampleur des impacts du changement climatique sont plus importantes que celles estimées dans les évaluations précédentes du Giec.

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Les changements climatiques nuisent également à la santé tant physique que mentale des populations alors que les villes, dans lesquelles vit désormais la moitié de l’humanité, sont particulièrement soumises aux aléas liés aux vagues de chaleur, aux tempêtes, à la sécheresse et aux inondations ainsi qu’à l’élévation du niveau de la mer, constate-t-on.

Plus de 3 milliards de personnes sont vulnérables aux changements climatiques

Le rapport du Giec souligne qu’approximativement 3,3 à 3,6 milliards de personnes sur Terre vivent dans des contextes hautement vulnérables aux changements climatiques. Mais ce sont souvent les populations déjà fragilisées en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud ou dans de petits États insulaires qui sont les plus touchées.

Des actions, soit une limitation des émissions de gaz à effet de serre, visant à limiter le réchauffement mondial à 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle permettront de réduire les pertes et dommages mais ceux-ci ne pourront être entièrement évités, avertissent encore les scientifiques dans « le résumé pour les décideurs », approuvé dimanche après plusieurs jours de discussions.

Tel un fil rouge du rapport, l’impérieuse nécessité de contenir la hausse du mercure à maximum 1,5°C, qui est l’un des principaux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, est rappelée à maintes reprises alors que chaque dixième de degré de plus aura des conséquences néfastes. Un dépassement, même temporaire, de cette limite entraînera à l’avenir de graves conséquences sur le climat, certaines irréversibles. Actuellement, les scientifiques estiment que la planète s’est déjà réchauffée de près d’1,1°C.

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Face à des impacts et risques liés au changement climatique qui deviennent « de plus en plus complexes et difficiles à gérer », les scientifiques du Giec appellent aussi à éviter l’écueil d’une mauvaise adaptation, ou « maladaptation », c’est-à-dire de mesures prises pour faire face aux conséquences des changements climatiques qui auraient des effets pervers comme une détérioration de l’environnement, une hausse des gaz à effet de serre ou la mise en danger de populations.

Des efforts insuffisants

Si des efforts d’adaptation ont déjà été entrepris dans toutes les régions du monde, ceux-ci sont encore insuffisants, même en Europe, et risquent d’être de plus en plus lourds au fur et à mesure du réchauffement mondial. Au-delà de +2°C, l’adaptation pourrait même ne plus être possible. D’ailleurs, les limites de l’adaptation ont déjà été atteintes, voire dépassées, dans plusieurs écosystèmes comme certains récifs coralliens, certaines zones humides côtières, certaines forêts tropicales et certains écosystèmes polaires et de montagne.

Le rapport juge, à la lumière de ces constats, qu’un « développement résilient aux changements climatiques », passant par la sauvegarde de la biodiversité et des écosystèmes, est possible et plus urgent que jamais mais que la fenêtre d’action se referme rapidement. « Ce rapport est un terrible avertissement sur les conséquences de l’inaction », souligne le président du Giec, Hoesung Lee. « Il montre que le changement climatique est une menace grave et croissante pour notre bien-être et la santé de la planète. » « Les demi-mesures ne sont plus une option », insiste-t-il.

Le « résumé pour les décideurs » du deuxième groupe de travail du Giec a été adopté dimanche. Les membres du Giec étaient réunis à huis-clos et en visioconférence depuis le 14 février pour adopter le texte ligne par ligne, voire mot par mot. Ce « résumé pour les décideurs » est en quelque sorte la quintessence des milliers de pages du rapport élaboré par 270 scientifiques de 67 pays.

Ce deuxième rapport du sixième cycle d’évaluation du Giec intervient après un premier état des lieux, publié en août 2021, et avant un troisième texte, attendu en avril, sur l’atténuation des changements climatiques. Un rapport de synthèse sera enfin publié en septembre. Créé en 1988, le Giec fournit des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade. Il est ouvert à tous les pays membres de l’Onu et compte 195 membres.

Avec Belga

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