Feux de forêt : Comment la nature s’en remet-elle ?

Feux de forêt : Comment la nature s’en remet-elle ?

"Le traumatisme est, souvent, davantage paysager et psychologique que réellement écologique". | © AFP PHOTO / CRISTINA QUICLER

Environnement & Animaux

Portugal, Espagne, Croatie, France… L’été est souvent synonyme de fortes chaleurs et de feux de forêt pour ces pays méditerranéens. Mais que se passe-t-il ensuite ? Comment la nature renaît-elle de ses cendres ?

Après les images surréalistes des incendies dans le sud de la France, c’est au tour de l’Espagne d’être touchée pour les feux de forêt. Samedi 29 juillet, un incendie a ravagé dans le sud-est du pays plus de mille hectares en deux jours, selon les dernières informations de l’AFP. Ce n’est pas le premier incendie de 2017 pour l’Espagne qui, un moins plus tôt, avait déjà vu 8 500 hectares partir en fumée dans le sud-ouest cette fois-ci, atteignant le parc naturel de Doñana, réserve touristique de l’UNESCO.

Depuis le début de l’été, ce sont donc des milliers d’hectares de verdure qui ont disparu au sud de l’Europe. Un scénario qui se reproduit chaque année. La forêt a donc l’habitude de vivre avec le feu, de se régénérer et certaines espèces ont même besoin de celui-ci pour se renouveler.

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Feu rapide ou lent ?

Plus le feu se propage rapidement, moins les dégâts sont importants, peut-on lire dans un dossier de FAO, l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Lors d’un feu de forêt, une partie ou la totalité des organes vitaux des végétaux peut être touchée : le feuillage, le tronc et même parfois les racines, tout peut être atteint. Mais certains organes résistent mieux à la chaleur grâce à la cire qui recouvre les aiguilles ou aux écailles sur les bourgeons de certains arbres. Le feu ne tue donc pas toujours les arbres et les plantes mais il affaiblit les défenses de ceux-ci contre les parasites et les champignons, qui, après un incendie, ont le champ libre.

AFP PHOTO / BERTRAND LANGLOIS

Revivre après un incendie

Quant à la régénération, si elle diffère d’un écosystème à l’autre, le bilan est le même pour chacun : la nature met longtemps, très longtemps à se régénérer. « Cela dépend entièrement des conditions des écosystèmes, mais cela prend quelques décennies » pour espérer retrouver un espace plus ou moins similaire, affirme Diana Colomina-Perez, experte en restauration de forêts pour WWF Espagne.

Pour résister aux flammes et renaître de ses cendres, la nature a ses propres moyens. Pour beaucoup de feuillus et un très petit nombre de résineux, la régénération passe par l’émission de rejets. Dans la plupart des cas, elle a lieu sur souches, les parties souterraines ayant survécu à l’incendie.

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Les pommes de pin libèrent leurs graines

Une deuxième stratégie existe surtout chez les conifères, comme le Pin d’Alep, très présent en France : la germination. « Les pommes de pin ont la possibilité de libérer des graines lorsqu’ils sont soumis à des températures élevées », explique Diana Colomina-Perez. En effet, lorsqu’un feu se déclare, la chaleur fait fondre la résine qui protège les graines et fait tomber celles-ci sur un sol débarrassé des autres espèces et chauffé par le feu, « ce qui va accélérer la levée des graines ». Paradoxalement, le Pin d’Alep est très sensible aux incendies mais sera le premier à recoloniser un territoire. Une forêt de pins mettra tout de même entre 10 et 15 ans à montrer des arbres adultes, précise la représentante espagnole de WWF.

En cas d’incendies répétitifs

Si plusieurs feux se déclarent trop souvent aux mêmes endroits, ils « empêchent les pins de parvenir à maturité sexuelle et les souches des feuillus s’épuisent progressivement. Les arbres disparaissent et laissent place durablement à une garrigue ou un maquis », explique l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Selon Michel Vennetier, ingénieur forestier et docteur en écologie, une même zone ne doit pas connaître plus de deux ou trois feux en cinquante ans pour que la forêt soit normalement capable de se régénérer « sans qu’il y ait de conséquences écologiques à long terme », explique-t-il à LCI.

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Pas si catastrophique ?

Pour Michel Vennetier, l’impact environnemental des feux de forêt est justement bien plus nuancé qu’il n’y paraît. « Le traumatisme est, souvent, davantage paysager et psychologique que réellement écologique. La nature réagit de toute façon et, la plupart du temps, elle réagit bien, expliquait-il au Monde il y a quelques années. Le feu n’a pas forcément un impact catastrophique sur les écosystèmes. Il constitue, dans certains cas, un facteur de renouvellement du milieu naturel ». Un peu paradoxal : la nature a donc besoin du feu pour conserver un certain équilibre.

« Le vrai problème est que chaque année, nous souffrons de feux de plus en plus grands et intenses », affirme Diana Colomina-Perez. Combinés aux sécheresses répétitives et plus longues, c’est là que les feux deviennent réellement dangereux pour l’écosystème.

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