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Excellence belge : Bernard Cwiek, des hôtels très particuliers

Ses hôtels favorisent la ponte des abeilles sauvages et servent d’abri hivernal aux coccinelles, chrysopes et autres insectes, afin qu’ils remplissent leur rôle dans la vaste opération de pollinisation que la nature entreprend chaque année au printemps. | © DR

Environnement & Animaux

Pionnier des hôtels à insectes, ce Hesbignon de 57 ans en confectionne aujourd’hui plus de 750 par an, dont certains sont des œuvres monumentales.


Par Philippe Fiévet

Pour Bernard Cwiek, tout a commencé en 2014, quand il a décidé de quitter son poste d’infirmier en chef à l’hôpital Notre-Dame de Waremme. Il prend alors le parti de se mettre à son compte en se lançant dans la confection de petites armoires pourvues d’orifices aptes à accueillir les insectes pollinisateurs.

À l’époque, personne ne semble y avoir songé avant lui, en tout cas pas d’une manière aussi esthétique, alors que les problèmes d’environnement commencent à hanter les consciences et que les pollinisateurs se raréfient dans les jardins.

L’aventure salvatrice de Bernard commence avec de modestes planches à palettes qu’il assemble chez lui, à Ciplet, dans son appentis, et se poursuit de nos jours dans un atelier plus adapté au développement de ses activités. Car désormais, son matériau de prédilection est la planche de mélèze, dont le bois résiste aux aléas du climat, au service d’une inspiration fertile et vagabonde, non dénuée d’humour.

En Belgique comme en France, ses créations équipent les espaces verts des particuliers, des mairies ou des entreprises qui souhaitent faire œuvre utile dans la gestion de l’environnement

« C’est vrai que je suis le seul dans le métier à faire des choses rigolotes », dit-il avec un large sourire. Il évoque du coup cet hôtel circulaire décoré de vitraux Tiffany destiné à une entreprise française de roulements à billes, ou cette autre auberge à insectes figurant une imposante spirale d’ADN de trois mètres de haut, en acier Corten, bois tourné et céramique, pour une entreprise de biotechnologie basée à Louvain-la-Neuve. Impossible d’arrêter en si bon chemin l’artisan qui, dans la foulée, fait défiler les photos de son smartphone pour une visite éclair au pays de ses réalisations. Une balade qui nous fait découvrir les quatre coins de Belgique, de France et de Navarre, avec même quelques escapades en Suisse et au Grand-Duché de Luxembourg. « Je travaille entre autres avec Ecosem, qui s’occupe des prairies fleuries de Wallonie. Mais j’ai aussi réalisé des hôtels pour l’Assemblée nationale française et le service de la Commission européenne en charge de Natura 2000. »

Pour les centaines de mairies ou de communes qui se sont adressées à Bernard (ici devant sa création pour l’Assemblée nationale française), l’hôtel à insectes permet de communiquer sur la biodiversité au sens large ainsi que sur la gestion des espaces verts. ©DR

Et d’expliquer que pour les centaines de mairies ou de communes qui se sont adressées à lui, l’hôtel à insectes permet de communiquer sur la biodiversité au sens large ainsi que sur la gestion des espaces verts. Les écoles ont aussi un rôle à jouer. Avec « La Spirale », son collectif d’artistes et d’artisans (également un centre d’éducation permanente) situé à Natoye, près de Namur, Bernard essaime du côté des établissements scolaires et répand la bonne nouvelle parmi les élèves, pour lesquels il fabrique des boîtes. À eux ensuite de terminer le travail en les remplissant avant leur installation, comme ce fut encore le cas récemment à la demande du conseil communal des enfants de la commune de Beloeil.

Entre deux coups de marteau, Bernard Cwiek leur apprend que ces hôtels favorisent la ponte des abeilles sauvages et servent d’abri hivernal aux coccinelles, chrysopes et autres insectes, afin qu’ils remplissent leur rôle dans la vaste opération de pollinisation que la nature entreprend chaque année dans l’effervescence du printemps. « Il faut savoir que chaque abeille sauvage est spécialisée dans des fleurs précises. Certaines, par exemple, pollinisent exclusivement les fleurs de campanule et se déplacent de jardin en jardin pour ne butiner que trois espèces. Contrairement aux abeilles des ruches, qui font feu de tout bois ! »

Il nous dresse alors un inventaire complet des habitudes et des fréquentations les plus assidues, non sans rappeler qu’en Belgique, plus d’un tiers des 381 espèces d’abeilles sauvages ont disparu ou sont menacées d’extinction. L’Europe aurait même perdu près de 80 % de ses insectes en moins de trente ans, et l’effondrement de leurs populations ne fait que s’accélérer. Bernard a bien conscience qu’à lui seul, il ne sauvera pas la planète, mais comme le suggère la fable du colibri, il fait sa part, du mieux possible. En attendant, il retourne à son atelier, car il doit s’atteler à un projet pour l’hôtel Métropole de Monaco et a encore quelques installations en forme de lettres à terminer pour diverses villes de France.

Par contre, il a décliné l’offre d’équiper les 3 440 magasins Carrefour de France car, tous calculs faits, il lui aurait fallu une centaine d’années pour terminer le travail. Pas folle, la guêpe ! D’où la question subsidiaire : l’artisan ciplétois si sollicité a-t-il des projets d’extension en vue ? « Certainement pas ! Nous sommes deux, c’est bien assez. Je ne veux pas recommencer comme à l’hôpital, à devoir gérer des équipes. » La fréquentation assidue des abeilles sauvages l’aurait-elle rendu philosophe ?

 

Mots-clés:
Abeilles insectes
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