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Histoire belge : Il y a 125 ans, le dernier loup était abattu en Wallonie

Loup es-tu là ? "Oui, je suis de retour chez vous après plus d'un siècle d'absence"... | © Belga

Environnement & Animaux

Tout l’été, nous revenons sur un morceau d’histoire de la Belgique. Cette semaine (4/7), direction l’Ardenne et ses forêts enchantées. C’est en l’an 1897 que les ‘archives du royaume’ établissent la disparition du dernier loup de Belgique dans la région de Erezée. Après des siècles de présence, le loup disparaîssait alors définitivement de nos grandes étendues sauvages…

 

Par Laurent Depré

Malgré la concordance de diverses sources, cela reste globalement théorique comme date exacte pour signifier la disparition complète du Canis Lupus de notre pays. Il semble néanmoins assez clair qu’il n’a pas survécu à la fin du 19e siècle. Et qu’il a disparu des radars durant plus de cent ans. Avant de faire sa réapparition, timide d’abord dans la province du Limbourg et via l’Allemagne, il y a quelques années maintenant.

Cet animal légendaire occupe une place centrale dans l’imaginaire collectif européen. Sa beauté, sa force, sa sociabilité, son organisation en meute ont peuplé bon nombre de contes et d’histoires racontées le soir au coin du feu de génération en génération au fil des siècles. Si la faim lors d’hivers interminables a pu le forcer à se rapprocher des villages, le loup est un animal qui fuit l’homme et le redoute.

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Le mythe de Leopold 1er : chasseur compulsif mais faux bourreau

Une histoire s’est longtemps transmise dans les cercles huppés et les petits villages belges… Ce serait le roi Léopold 1er qui aurait tué l’ultime représentant de la race sur le sol belge. Impossible si on lit simplement la ligne du temps. Entre l’annonce de l’un des trophées de chasse du premier roi des Belges, un loup à la taille impressionnante, et la fin du 19e : un demi-siècle prend place. Mais il est vrai que ce roi a chassé sans relâche les loups partout où ils s’en trouvaient sur le territoire. Ce qui est envisageable, c’est que Léopold 1er tua le dernier spécimen dans cette région précise et ses environs, Custinne en l’occurence.

C’est pour cela qu’en diverses endroits de Wallonie, il fut annoncé sur plusieurs décennies la disparition de l’animal sauvage. Comme à Chimay en 1861; à Bevercé en 1871; à Paliseul en 1878 ou encore à Stockem en 1895 ressort-il d’un article paru sur le blog d’amoureux d’histoire de nos belles contrées. Le loup a simplement disparu progressivement de notre pays, chassé à mort et repoussé vers d’autres pays.

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Outre le fait d’être chassés, pourquoi les loups ont-ils déserté la Belgique ?

« En plus de la déforestation, la politique d’éradication de la rage et les primes à l’abattage du loup (Ndlr : en France) ont achevé la quasi-disparition de l’animal. On pensait à l’époque se débarrasser simplement d’une espèce nuisible » détaille Science Presse. Mais, ce n’est pas tout… En effet le cocktail « démocratisation des armes à feu » ainsi que « des attaques plus fréquentes sur des proies domestiques dues à la disparition des grands herbivores sauvages » ont eu pour conséquence l’inéluctable disparition du loup de la majorité des forêts et campagnes européennes.

De retour, ils recolonisent l’Europe

Le loup n’a jamais complètement disparu du continent européen comme le mentionne Natagora dans un récent rapport. Le loup est « resté présent sur la péninsule Ibérique, en Italie, en Pologne et dans les Carpates roumaines. Depuis les années 1970, il entame un processus de recolonisation de ses anciens territoires. La Belgique se situe entre deux fronts de colonisation : la France et l’Allemagne, qui comptent chacune quelque 250 à 300 loups ».

Au total, si l’on en croit le portail officiel de la Région Wallone, six loups sont répertoriés au sud du pays. Une famille de cinq et un loup solitaire, nommé « loup de Bullange ». En 2019, la louve Naya et ses petits avaient été retrouvés morts dans le Limbourg. Cependant, une nouvelle famille semble s’y être installée depuis et la louve Noëlla y aurait mis bas au printemps 2022. Il faut aussi tenir compte des ‘loups dispersants’, c’est-à-dire uniquement de passage sur notre terroire. À ce titre, on approche la trentaine de loups observés rien qu’en Wallonie.

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Vers une installation définitive ?

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Est-ce pour le mieux pour eux, leur retour chez nous, et surtout est-ce un phénomène durable ? Il est compliqué de répondre à cela. Néanmoins si l’on joue au jeu de la colonne des plus et des moins, voici l’état de la situation pour l’ancêtre du chien.

Niveau bénéfice, les fôrets et plaines ardennaises regorgent d’ongulés et de gibiers. Le loup est d’ailleurs un régulateur naturel des « troupeaux » présents. Du point de vue biodiversité, le retour de ce super prédateur est aussi positif. À ce titre, notons aussi les retours du lynx boréal et du chacal doré ! Cela prouve la bonne santé de nos grands espaces.

Cependant, la Belgique possède une densité de forêts et une nature extrêment fragmentée. Sa petite taille doublée d’un réseau routier très développé impliquent de facto que la zone de dispersion des loups est quadrillée. Les loups se dispersent sur plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres. Vu les réalités de notre pays et l’urbanisme : les risques de se faire écraser ou de créer un conflit potentiel avec des éleveurs sont importants.

Et ce dernier point reste sensible ainsi que l’image du loup dans l’imaginaire collectif. Et le classement sans suite par les autorités judiciaires dans un dossier ouvert à la suite de la mort de la louve Naya en septembre 2019  et de ses louveteaux montrent que le statut du loup, bien qu’officiellement protégé depuis les années 70, reste compliqué…

©Laurent Depré
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