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Hugo Clément : « Il y a plein de choses chez moi qui ne sont pas écologiques, qui a dit que j’étais parfait ? » [VIDEO]

Hugo Clément

En toute franchise, le journaliste nous a livré sa vision du monde. | © D.R.

Environnement & Animaux

Si Hugo Clément planche déjà sur ses prochains livres, le journaliste a pris le temps de nous dévoiler tous les secret de son dernier ouvrage. Rencontre.

 

Dans le cadre de la sortie de son nouveau livre, Les lapins ne mangent pas des carottes (paru aux éditions Fayard), Hugo Clément a fait une halte par les bureaux de Paris Match pour se confier un peu plus les causes qui l’animent au quotidien: le bien-être animal et le respect de l’environemment. Le journaliste vient d’ailleurs de créer son propre média, Vakita, dans lequel il livre notamment des enquêtes sur le sujet et propose de passer à l’action, tout en aidant ses intervenants.

Selon votre livre, l’espèce humaine n’est pas suppérieure aux animaux. Pouvez-vous nous expliquer cette pensée ?

« On est différent, on a nos propres capacités cognitives, nos propres spécificités? Notre manière de communiquer est bien à part, mais nous ne sommes pas supérieurs. La suppériorité induit une forme de jugement sur la qualité de telle ou telle espèce. Nous faisons partie de la grande chaîne du vivant. Nous avons notre rôle à jouer sur cette planète mais nous ne sommes ni plus, ni moins importants que les autres espèces. Cela ne veut pas dire qu’en tant qu’humain je ne vais pas accorder une importance prioritaire aux êtres humains. Bien entendu, c’est normal toutes les espèces font ça. Nous sommes différents et ces différences doivent nous conduire vers le repsect plutôt que vers la violence et l’injustice. »

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L’intelligence de l’homme n’est donc pas suppérieure à celle des animaux ?

« La question est de savoir quel critère on prend pour dire que nous sommes plus intelligents que les autres. Par exemple, si on prend le langage qui est unique chez l’homme. Pour autant, est-ce que l’on est capable de comprendre la complexité des moyens de communication des autres animaux. Sommes-nous par exemple capables de comprendre le chant des baleines ? La réponse est non, nous arrivons à faire des hypothèses mais nous ne sommes pas capables de comprendre très précisemment ce qu’elles se disent. Nous sommes confrontés au propre limite de notre intelligence. On comprend de l’intérieur l’être humain et de l’extérieur le monde animal. Autre exemple, la fabrication des outils et le cas de la bombe nucléaire. Oui il faut beaucoup de capacité pour créer un tel engin, et pourtant est-ce intelligent ? Créer un outil qui menace finalement toute l’humanité ? Certains y verront une preuve d’intelligence, car c’est une prouesse technique, alors que d’autre y verront à l’inverse un manque d’intelligence car c’est quelque chose qui peut nous détruire. »

Vous dites que si l’homme continue comme il le fait, il se condamne lui-même. Pensez-vous qu’il est trop tard ?

« Non, je pense qu’il faut qu’on fasse un travail de modestie en tant qu’espèce et qu’on réalise que l’on a besoin des animaux pour vivre. Seuls, malgrés nos prouesses technologiques, cela ne suffira pas. Si on détruit l’air dont on a besoin pour respirer, l’eau que l’on a besoin de boire ou la nourriture que l’on a besoin de manger, qu’allons-nous faire ? Il faut réagir maintenant pour éviter que l’éffondrement de la biodiversité s’accélère et continue. Pour éviter que le changement climatique ne soit trop important. À partir d’une certaine limite, on sait que cela va être très compliqué de vivre sur cette planète. Dans certaines régions cela devient déjà le cas alors que l’on n’est même pas à plus 1,5° pour le moment. Qu’est-ce que cela va être si on suit les prévisions, avec plus 4 ° ? Cela va être un monde apocalyptique. La prise de conscience commence à prendre de l’ampleur mais il y a encore un gros fossé avec l’action politique. Les décisions prises au niveau de l’Etat et des entreprises ne sont pas du tout au niveau des enjeux. »

Pourriez-vous vous lancer un jour dans la politique ?

« Il ne faut jamais dire jamais, mais ce n’est pas la démarche dans laquelle je suis aujourd’hui. J’ai l’impression d’être plus utile en informant les gens et en utilisant mon métier de journaliste pour sensibiliser plutôt qu’en étant politicien. C’est vrai que c’est à travers la politique que l’on pourra opérer un changement, mais ce n’est pas le rôle que j’ai envie d’avoir aujourd’hui. »

Qu’avez-vous envie de dire aux personnes qui considèrent qu’avec ce livre vous êtes un « donneur de leçons » ?

« Est-ce qu’ils l’ont lu ? Ceux qui l’ont lu savent que ce n’est pas un livre dans lequel je donne des leçons. C’est un livre d’espoir qui est dans la bienveillance. J’essaie d’être très modéré, très grand public. J’explique noir sur blanc qu’il ne faut pas culpabiliser les gens et qu’il faut les informer. Ce n’est pas en disant aux gens ce qu’ils doivent faire que cela va fonctionner, c’est plutôt en leur montrant la réalité des choses. Je suis végétarien, mais je ne dis pas avec ce livre que c’est ce qu’il faut faire. Chacun fait ce qu’il veut. »

Qu’est-ce que le végétarisme a changé dans votre vie ?

« Cela n’a pas changé ma vie, ni mon bien-être. Je me sens d’ailleurs beaucoup mieux physiquement depuis que je ne mange plus de viande et de poisson. Il n’y a aucune difficulté à intégrer d’autres aliments, je prends même plus de plaisir à cuisiner maintenant et je découvre d’autres types de gastronomie. C’est pour ça que l’alimentation est un levier important. Ce n’est pas une révolution de toute une vie d’adapter son alimentation. Cela ne demande pas de déménager, de changer de travail ou encore de changer notre manière de nous déplacer. C’est quelque chose d’accessible à tout le monde. Il ne faut pas mettre les végétariens d’un côté et ceux qui mangent de la viande et du poison de l’autre. On peut déjà agir rien qu’en diminuant sa consommation de viande. Chacun le fait à son rythme. À la maison on est végétarien, mais cela n’empêche pas ma femme de manger parfois de la viande et du poisson au restaurant. Mes filles quand elles vont à la cantine, elles mangent de temps en temps du poisson. Il ne faut pas être radical, mais suivre une trajectoire et diminuer son impact. Faire quelque chose est le plus important. »

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Gradez-vous un souvenir particulier d’une rencontre avec le monde animal ?

« Oui, je me souviens d’un reportage où j’avais accompagné des défenseurs du lynx dans le Jura. C’était magique de voir se dessiner des ombres de lynx sans vraiment les apercevoir. J’étais en communion avec la nature sans l’altérer. En France, on a la chance d’avoir encore bon nom de parcs naturels très bien préservés, il faut en profiter. »

Qu’est-ce qui n’est pas écolo chez vous ?

« Il y a plein de trucs chez moi qui ne sont pas écologiques, qui a dit que j’étais parfait ? Je n’ai pas la prétention d’être exemplaire et il ne faut surtout pas attendre de l’être pour prendre la parole, sinon personne ne parle. Evidemment que la vie moderne de chacun a un impact sur l’environnement. J’ai un smartphone qui a été fabriqué en Chine à base de métaux rares, dès que je publie une vidéo sur les réseaux sociaux je sais que cela génère de la consommation d’énergie, quand je prends un avion pour un reportage je pollue. Personne n’est parfait, certainement pas moi. Ce qui compte c’est de savoir ce qu’impliquent nos choix. L’information est très importante et le mieux est d’identifier des choses sur lesquelles on peut agir. Bien sûr, on ne peut pas tous agir sur tout en même temps, mais on peut faire pression sur les décideurs qui pourront agir de manière massive. Le petit citoyen n’a pas la même responsabilité que le PDG d’une grosse entreprise polluante. On peut tous agir, mais pas tous de la même façon. Pour que ces gens en haut de la pyramide agissent, il faut que les citoyens se mettent ensemble pour peser dans le débat public. »

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