Paris Match Belgique

Ce que l’on sait sur Irma : bilan, dégâts, trajectoire

Durant le passage d'Irma, à Villa Clara (Cuba), le 9 septembre 2017. | © BELGA/AFP PHOTO/ADALBERTO ROQUE

Environnement & Animaux

Après avoir dévasté les Antilles, l’ouragan Irma s’est dirigé vers la Floride. Pour l’heure, il a tué 18 personnes et affecté quelque 1,2 million d’individus.

 

L’ouragan Irma, qui dévaste actuellement les Caraïbes, est d’une intensité sans précédent sur l’Atlantique et a provoqué de très lourds dégâts dans plusieurs îles des Antilles, avec un bilan humain encore incertain. Irma a généré des vents à 295 km/h pendant plus de 33 heures, battant le record du super typhon Haiyan qui, en 2013 aux Philippines, avait produit les mêmes vents pendant 24 heures. Classé mardi en catégorie 5 –maximum possible en terme de puissance pour un cyclone– par le Centre national des ouragans (NHC) américain, Irma a été rétrogradé vendredi en catégorie 4.

Le bilan humain

Selon les déclarations des gouvernements concernés, le bilan provisoire est de 18 morts (9 dans les îles françaises de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, 4 dans les îles Vierges américaines, 2 à Porto Rico, deux dans la partie néerlandaise de Saint-Martin et une à Barbuda). Quelque 1,2 million de personnes ont déjà été affectées, un nombre qui pourrait grimper à 26 millions, selon la Croix-Rouge. Les pertes et dommages pourraient totaliser 120 milliards de dollars aux États-Unis et dans les Antilles et Caraïbes, selon l’agence de modélisation Enki Research.

La trajectoire d’Irma

Barbuda

Irma frappe Barbuda mercredi vers 06H00 GMT avec des vents atteignant 295 km/h. Cette petite île est « totalement dévastée », selon le Premier ministre d’Antigua-et-Barbuda, Gaston Browne, qui fait état d’un premier bilan d’un mort. « Nous vivons les conséquences du changement climatique », déplore-t-il.

Saint-Barthélemy et Saint-Martin

Quelques heures plus tard, l’ouragan traverse l’île française de Saint-Barthélemy, puis celle franco-néerlandaise de Saint-Martin. Météo-France mentionne des rafales de vent à 360 km/h.

Lire aussi > Après Irma, les premiers témoignages alarmants des habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélémy

Irma a fait 9 morts dans la partie française de Saint-Martin, et deux morts dans la partie néerlandaise. Les dégâts sont énormes, et les gouvernements des deux pays dénoncent des pillages.

Côté français, le président du conseil territorial Daniel Gibbs parle d’une « catastrophe énorme : 95% de l’île de Saint-Martin est détruite ». Le coût des dégâts devrait largement dépasser les 200 millions d’euros aux Antilles françaises, selon la Caisse Centrale de Réassurance.

Îles Vierges américaines et britanniques

Au moins quatre personnes trouvent la mort dans les îles Vierges américaines après le passage d’Irma, annoncent jeudi les autorités et les services de secours.

Dans les îles Vierges britanniques, le gouverneur Gus Jaspert décrète l’état d’urgence, citant des informations « faisant état de victimes, et de morts ».

Porto Rico

Irma longe entre mercredi soir et jeudi matin le nord du territoire américain de Porto Rico, avec des vents de 295 km/h, provoquant coupures de courant et fortes précipitations et faisant au moins deux morts.

Plus de la moitié des 3 millions d’habitants sont désormais sans électricité et des rivières sont sorties de leur lit dans le centre et le nord de l’île.

République dominicaine

L’ouragan longe la République dominicaine à partir de jeudi. Des vents de 285 km/h et de fortes pluies frappent le pays, obligeant à évacuer quelque 20 000 personnes. Au moins 2 135 logements sont affectés par les inondations, des chutes d’arbres et les rafales de vent, et les autorités procèdent à des coupures électriques préventives.

Haïti

Le passage d’Irma provoque des inondations et fait plusieurs blessés dans le nord-est d’Haïti jeudi et vendredi, selon les services de protection civile. L’ouragan est passé un peu plus au nord d’Haïti que prévu, ce qui pourrait avoir atténué son impact sur ce pays, classé parmi les plus pauvres du monde.

Bahamas et Cuba

Irma se dirigeait vendredi vers le sud de l’archipel des Bahamas et devait longer la côte nord de Cuba de vendredi à samedi après-midi. À 14H00 GMT, l’ouragan se trouvait à 115 km du nord-est de Cuba qui recevait les premières précipitations et rafales.

L’île a été placée en état d’alerte, et plus de 10 000 touristes ont reçu l’ordre de quitter leurs hôtels ou résidences sur les côtes les plus exposées. L’électricité a été coupée préventivement dans cinq provinces. Les autorités répétaient en boucle à la télévision et sur les radios les messages d’appel à la prudence.

Avant de filer samedi soir vers la Floride, l’ouragan Irma, avec ses rafales de plus de 200 km/h, a provoqué des inondations jusque dans La Havane et semé de nombreuses destructions dans le centre et l’est de Cuba, selon les autorités cubaines. À partir de 18h00 locales (22H00 GMT), l’oeil de l’ouragan, localisé à moins de 100 km au nord de la station balnéaire de Varadero (centre-ouest), a pris la direction du nord-ouest et a commencé à s’éloigner des côtes cubaines, a annoncé le météorologue cubain Jose Rubiera sur l’antenne de la télévision d’État, confirmant le dernier rapport du Centre national des ouragans (NHC) américain.

Jusqu’à dimanche après-midi, La Havane et les provinces voisines de Mayabeque et d’Artemisa, dans l’ouest du pays, devraient continuer à subir les effets d’Irma. La défense civile a placé les trois provinces en phase d’alarme, le niveau maximum du dispositif d’alerte cubain. « De fortes inondations côtières sont en cours sur le littoral nord-ouest depuis Matanzas jusqu’à La Havane, avec des vagues de 6 et 9 mètres » de haut, a averti à 21H00 (heures locales) l’Institut météorologique cubain.

Irma, arrivé sur Cuba en catégorie 3, est le premier ouragan d’une telle force dont l’oeil touche directement l’île depuis 1932. Selon les autorités cubaines, il a « gravement affecté » les provinces centrales de Camagüey et de Ciego de Avila ces dernières 24 heures, et en particulier leurs « cayos », chapelet d’îlots touristiques bordant le littoral qui demeuraient coupés du monde samedi soir.

Si les premiers bilans font état de dégâts matériels très importants, aucun décès n’a été recensé officiellement sur l’île.

Où Irma va-t-il frapper les États-Unis ?

L’ouragan a été rétrogradé en catégorie 4 vendredi par le Centre national des ouragans (NHC) américain, selon qui le danger reste extrême. Irma est accompagné de vents de 250 km/h. Après Cuba, Irma devrait remonter vers la côte sud-est des États-Unis, frappant d’abord la Floride dimanche matin puis la Géorgie et la Caroline du Sud.

Lire aussi > Harvey, Irma, Jose, Katia… Pourquoi y a-t-il autant d’ouragans ?

Plus d’un quart de la population de la Floride, soit 6,3 millions d’habitants, a reçu l’ordre de partir avant l’arrivée d’Irma, qui a commencé à frapper dimanche matin. Un couvre-feu a été déclaré à Miami à partir de samedi 19H00 (23H00 GMT) et dès 16H00 (20H00 GMT) dans plusieurs villes plus au nord, comme Fort Lauderdale. « La tempête est déjà là », a tonné le gouverneur de la Floride, Rick Scott. « Et la montée des eaux survient après le vent. Ne pensez pas que tout se termine une fois que le vent est passé », a-t-il martelé.

Sur des matelas gonflables ou des couvertures à même le sol, des habitants ont passé leur première nuit dans les abris. Samedi, quelque 320 refuges accueillaient 54 000 personnes à travers la Floride, selon le gouverneur qui prévoyait une augmentation de ce chiffre. Des centaines de milliers d’autres sont partis vers le nord, par leurs propres moyens, bravant les embouteillages et les pénuries d’essence.

L’impact d’Irma se faisait aussi déjà sentir samedi en Floride avec les premières coupures de courant. Quelque « 4,1 millions d’utilisateurs vont se retrouver sans électricité à cause d’Irma », a averti le producteur Florida Power and Light (FPL). « Le gouverneur Scott a activé tout le contingent de l’armée et la garde nationale aérienne de Floride – 7 000 gardes – pour aider à la planification et aux préparatifs avant l’impact de l’ouragan Irma », ont expliqué ses services. Les autorités cherchaient samedi à mobiliser jusqu’à 30 000 membres de la garde nationale, ainsi que 4 000 camions et 100 hélicoptères.

En attendant, Rick Scott a de nouveau lancé un appel aux volontaires, insistant sur la nécessité de trouver 1 000 infirmiers pouvant venir en aide aux sinistrés les plus vulnérables, malades ou personnes âgées.  « Si vous vous trouvez dans un endroit sous ordre d’évacuation, dirigez-vous vers un lieu sûr », a-t-il martelé en conférence de presse. « Il s’agit d’une tempête catastrophique, plus vaste que notre État ».

Irma, José… et Katia

Un autre ouragan, José, qui s’est renforcé vendredi en catégorie 4 avec des vents de 240 km/h, progressait vers l’ouest, se trouvant vendredi à 15H00 GMT à 470 km de la Guadeloupe, selon Méteo-France. Mais gros soulagement à Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Les deux îles antillaises dévastées par le cyclone Irma, en milieu de semaine, ont vu avec soulagement l’ouragan José passer samedi plus loin que prévu. Le centre de José, ouragan de niveau 4 sur une échelle de 5, est passé à environ 135 km de Saint-Barthélemy et 125 km de Saint-Martin, qui avaient été placées en vigilance maximale violette, synonyme de confinement total pour les habitants.

Toutes les liaisons aériennes et maritimes avec les deux îles ont été interrompues le temps du passage de l’ouragan. « Du fait d’un passage plus lointain que prévu, les effets en cours sur le territoire sont nettement moins marqués », a fait savoir Météo-France, avec des vents soufflant en moyenne à 35/40 km/h et de 60 à 80 km/h en rafales. Les deux îles ont été épargnées, d’après les journalistes de l’AFP sur place. « Il n’y a même plus un nuage », selon l’une d’elle confinée à Saint-Martin, qui a été détruite à 95% par Irma.

Exaspération face à l’action de l’État

Avant le soulagement de voir José s’éloigner, la tension était palpable à Saint-Martin. « La population est dans un état psychologique médiocre. La moindre rumeur fait qu’ils se pointent tous à un endroit en espérant être évacués », selon un capitaine de la Sécurité civile. « Je suis en colère après Paris et sa gestion de crise », explique Nicolas, fonctionnaire installé depuis six ans sur l’île.

Certains se plaignent du manque d’information. « On ne sait pas comment se préparer ni même ce qui nous attend », a raconté Steeve, âgé d’une trentaine d’années. Seules les radios de la partie hollandaise et de l’île d’Anguilla sont reçues à Saint-Martin.

Neuf abris capables d’abriter « 1 600 personnes » ont été ouverts à Saint-Martin, selon la ministre des Outre-mer Annick Girardin, qui est restée dans l’île pour la durée de l’ouragan. Dans une école de Galisbay (ouest de Saint-Martin), transformée en abri, un réfugié, Ludovic Coupan, n’a pas confiance : « Je ne me sens pas en sécurité, il y a trop de fenêtres », craint ce Parisien de 30 ans en vacances sur l’île, resté seul après l’évacuation de sa femme enceinte et de leur fille.

L’eau et la nourriture, « acheminées sur place et stockées », doivent « désormais être distribuées à la population dans des conditions d’acheminement difficiles » avec un « quadrillage » du territoire, a précisé le Premier ministre français Edouard Philippe.« Il nous reste 12 bouteilles d’eau, pour trois, pour se laver et boire » alors qu’il fait « une chaleur torride », a témoigné au téléphone Olivier Toussaint, habitant de Saint-Barth, calfeutré. Il a mis du scotch sur ses vitres au cas où elles exploseraient, ses volets anticycloniques ayant été détruits par Irma.

« 240 gendarmes supplémentaires » dans les deux îles

Sur l’île, entre pillage et rumeurs d’évacuation, « on n’arrive pas à sécuriser tous les points », a dit vendredi à l’AFP le major Mertz, détaché à Marigot. Le chaos profite aux pilleurs qui ont dévalisé des magasins et des pharmacies. Jusqu’alors, il y a eu 11 interpellations, selon le ministère de l’Intérieur.

La présidente du FN en France, Marine Le Pen, a dénoncé des moyens « tout à fait insuffisants », et des insulaires « obligés d’organiser leur propre défense ». « Conscient de la peur, de l’épuisement et de l’angoisse » sur place, le Premier ministre Edouard Philippe a fait part samedi soir, après une réunion de crise à l’Élysée, de la « mobilisation totale de l’État », critiquant ceux qui « voudraient faire vivre telle ou telle polémique ».

Outre les 410 gendarmes et 80 policiers notamment déjà sur place, trois escadrons de gendarmerie mobile, soit « 240 gendarmes supplémentaires », vont ainsi être déployés dans les deux îles, a-t-il déclaré. Deux seront « opérationnels lundi ». Le dispositif sera complété rapidement par des moyens militaires avec la mobilisation de trois compagnies supplémentaires, « un détachement du GIGN et un autre du GIPN ».

Une interdiction de circulation s’apparentant à un couvre-feu est instaurée à Saint-Martin entre 19H00 et 07H00 jusqu’à mercredi. Un premier coût des dommages a été évalué samedi à 1,2 milliard d’euros par la Caisse centrale de réassurance (CCR).

Un troisième ouragan, Katia, de catégorie 2, menace la côte atlantique du Mexique et pourrait affecter plus d’un million de personnes dans l’État de Veracruz.

Mots-clés:
ouragan irma
CIM Internet