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Nestlé, Ferrero, Lindt… Les grands noms du chocolat se fourniraient avec du cacao illégal

Des travailleurs dans un centre de tri de Sobre, en Côte d'Ivoire, le 6 mars 2017. | © AFP PHOTO / Sia KAMBOU

Environnement

Selon un rapport d’une ONG environnementale, une partie du chocolat que l’on consomme dans le monde entier proviendrait de parcs et de forêts protégées en Côte d’Ivoire.

« La déforestation amère du chocolat ». Ainsi est intitulé le rapport de l’organisation Mighty Earth, révélé ce mercredi 13 septembre par RFI, Der Spiegel et The Guardian. Une enquête de terrain par laquelle on apprend qu’une partie du chocolat consommé dans le monde proviendrait de forêts et de parcs protégés dans la république du cacao : la Côte d’Ivoire.

Le côté obscur du cacao

« À des milliers de kilomètres des foyers européens et américains où il [le chocolat] est goulûment dévoré s’étend le vaste paysage désolé de la Côte d’Ivoire, le plus important producteur de cacao au monde. » Avec un rapport d’une vingtaine de pages, l’organisation de défense de l’environnement Mighty Earth nous plonge dans ce qu’elle appelle « le côté obscure du cacao ». Elle retrace ainsi la longue chaîne de production – jusqu’à la vente aux grands industriels – du cacao illégal et pointe l’exploitation illégale de la fève dans les zones forestières où toute plantation est interdite.

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L’ONG met en lumière une chaîne de complicité dans le secteur du cacao ivoirien. « Les zones boisées protégées sont ainsi parfois colonisées à 90% par des exploitations illégales. Dans plusieurs parcs de la Côte d’Ivoire, les fèves y sont achetées par des pisteurs qui les revendent à des coopératives », rapporte Radio France Internationale.

© AFP PHOTO / Sia KAMBOU

Comment les forêts classées deviennent du cacao ‘classé’

S’il réchauffe les cœurs, boost l’énergie et amuse les papilles, le chocolat est surtout « un plaisir coupable », lit-on dès les premières lignes du rapport. « Afin de satisfaire la demande de géants de la chocolaterie comme Nestlé, Cadbury et Mars, de nombreux parcs nationaux du pays et d’aires protégées ont été défrichés pour laisser place à des exploitations de cacao, la matière première du chocolat. » 

Un grand nombre de parcs nationaux et d’aires protégées de Côte d’Ivoire ont été entièrement ou presque entièrement défrichés et remplacés par des exploitations de cacao.

Tandis que ses conséquences s’étendent partout à travers le monde, le phénomène concerne les régions comme Goin Débé, Scio, le Haut-Sassandra, Taï, les parcs du Mont Péko et de la Marahoué. Achetées par des pisteurs, les fèves sont revendues à des coopératives avant d’être acheminées vers San Pedro et Abidjan pour être vendues aux géants de l’agroalimentaire (Olam, Cargill, Barry Callebaut) et de finir dans les célèbres tablettes signées Nestlé, Ferrero, Mars, Lindt ou encore Cadbury. C’est imaginer les produits concernés…

© Mighty Earth

Secret de polichinelle

Une situation connue « depuis des années », d’après Rick Scobey, président de la World Cocoa Foundation représentant les intérêts des plus grands producteurs de cacao et fabricants de chocolat. Mais le problème demeure irrésolu par les autorités ivoiriennes, soupçonnées d’être complices. « Cette situation est un secret de polichinelle », déclare Mighty Earth. « Les zones protégées sont parfois devenues de véritables villes. »

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Si « 35 entreprises du secteur ont décidé de s’unir pour lancer un nouveau partenariat avec le gouvernement ivoirien et mettre fin à la déforestation au Ghana et Côte d’Ivoire », annonce à RFI le président de la World Cocoa Foundation, il pointe également les « faiblesses » du rapport. « Il [le rapport] ne reconnaît pas la dimension sociale de la déforestation. Il faut respecter les droits des centaines de milliers de cultivateurs de cacao et leurs familles qui dépendent de ces forêts. »

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