Paris Match Belgique

Mont-Blanc : le « Toit de l’Europe » perd un centimètre, faut-il s’inquiéter ?

Le Mont-Blanc est mesuré tous les deux ans. Une tradition qui dure depuis 1999. | © EPA/STR

Environnement

Alors les que des géomètres viennent de dévoiler que le Mont-Blanc a perdu un centimètre, une étude montre que les Alpes fondent à vitesse grand V. Est-ce que c’est la taille qui compte ? 

Quelle importance faut-il accorder à un petit centimètre ? Tous les deux ans depuis 1999, le Mont-Blanc est mesuré par des géomètres. La nouvelle mesure a eu lieu ce jeudi et le « Toit de l’Europe » mesure désormais 4808,72 m. C’est un centimètre de moins qu’en 2015. Pour réaliser cette mesure vertigineuse, les experts sont obligés de gravir le sommet. Et cette année, l’expédition n’a pas été de tout repos. « La mesure a été faite hier (mercredi) matin dans des conditions météo assez compliquées avec beaucoup de vent et dans une purée de pois, après l’ascension du Mont-Blanc par la voie normale », a expliqué à l’AFP Nicolas Cornier, le géomètre expert coordonnateur de l’expédition de mesure.

Les vingt membres de l’équipe ont tout de même réussi à placer leur matériel au sommet. Il permet à ces géomètres de l’extrême de mesurer les variations de la calotte glaciaire qui recouvre le pic rocheux. L’altitude du point culminant des Alpes varie au gré du vent et des précipitations. Plus les précipitations sont fortes et le vent faible, et plus la neige s’accumule en altitude. Le Mont-Blanc mesure actuellement 4 808,72 mètres contre 4 810,02 mètres en 2013.

Lire aussi > Neige en deuil sur le Mont-Blanc, où des restes humains ont ressurgi

L’altitude du Mont-Blanc varie sans cesse

Si le Mont-Blanc perd aujourd’hui un centimètre, il faut savoir que sa taille varie énormément. D’une année à l’autre, il peut être plus grand ou plus petit. En 2009, les glaciologues ont enregistré une perte de 45 cm en deux ans. Si ce demi-mètre de moins peut nous inquiéter, il n’est pas forcément à mettre en lien avec le changement climatique. « Si ces mesures sont révélatrices d’une météorologie, elles peuvent difficilement être liées au réchauffement avéré », soulignait alors Emmanuel Le Meur, glaciologue au Centre national de recherche scientifique (CNRS) de Grenoble dans un article du Parisien.

« Ces mesures peuvent difficilement être liée au réchauffement avéré »

Le responsable de ce yo-yo alpin est l’érosion. La montagne subit ce phénomène avec plus ou moins d’intensité chaque année. La Terre est constituée de plaques qui s’approchent et s’éloignent constamment les unes des autres. Cette danse naturelle génère une pression qui influe directement sur la taille du Mont-Blanc et d’autres massifs.

Lire aussi > Réchauffement climatique : Même le Groenland est touché par les incendies

Les glaciers alpins fondent plus vite, le Mont-Blanc fait de la résistance

Alors, faut-il rester de glace devant ce constat ? Une étude menée par le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement (LGGE) de Grenoble est pourtant sans appel : les glaciers alpins fondent trois fois plus vite depuis 2003. Antoine Rabatel, qui a réalisé ce travail de recherche, a expliqué à l’AFP que « l’augmentation du retrait est très nette, notamment dans les parties basses des glaciers ». Inquiet, il qualifie cette accélération de « brutale ».

« L’augmentation du retrait est très nette »

Les recherches de Rabatel démontrent que le Mont-Blanc, lui, fait de la résistance. Le retrait enregistré n’a été que d’un pourcent sur la période 2003-2015. La raison de ce constat ? Le Mont-Blanc possède des « zones d’accumulation« . De la glace s’y forme par accumulation de neige et ces zones culminent à très haute altitude. Les glaciers qui composent le massif sont plus grands et résistent donc mieux. Jusqu’à quand ? Les glaciologues tirent la sonnette d’alarme. Ils annoncent que la plupart des massifs enneigés culminants à moins de 3500 mètres auront disparu avant la fin du siècle. Le Mont-Blanc n’en fait pas partie. Il résistera, peut-être, encore.

CIM Internet