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Quand la forêt boréale finit au fond des toilettes

Dans une récente étude, Greenpeace lève le voile sur nos précieux mouchoirs et soyeux rouleaux de papier toilette. | © Flickr : Daisuke Matsumura

Environnement

Dans une récente étude, Green Peace accuse Essity, deuxième plus grand fabricant au monde de papier toilette et de mouchoirs, de détruire les forêts du Grand Nord.

On se mouche avec. On nettoie avec. On s’essuie avec. Le tout pour finir dans la cuvette ou la poubelle. Ces tissus jetables proviennent pourtant de zones naturelles indispensables.

S’essuyer avec les forêts

Dans une récente enquête menée par Greenpeace International, l’association de défense de l’environnement lève le voile sur nos précieux mouchoirs et soyeux rouleaux de papier toilette. La société Essity est accusée d’être responsable de la destruction de forêts en Suède, en Finlande et en Russie. De zones à « haute valeur écologique », souligne l’ONG.

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Constituée principalement de conifères, la forêt boréale située dans l’hémisphère Nord sert de « couronne verte » pour la planète. « La forêt boréale représente près d’un tiers de toutes les forêts qui nous restent et joue un rôle-clé dans la protection de la biodiversité et du climat sur Terre », précise Green Peace dans son communiqué.

© Flickr : n_ransome

Papier jetés, forêts sacrées

Si le nom « Essity » ne dit peut-être rien, il dissimule des marques beaucoup plus familières comme Lotus, Demak’Up (côtons démaquillants), Okay (papier essui-tout), Edet, Cushelle et Colhogar. En Belgique, on retrouve notamment les mouchoirs Tempo tout aussi concernés que le papier Tork, utilisé dans le secteur de l’horeca. “Essity est un leader mondial dans la fabrication de mouchoirs et de papier toilette mais ne parvient pas à faire preuve de leadership dans la lutte urgente pour la sauvegarde des forêts boréales”, s’indigne Jeroen Verhoeven, expert Forêt chez Greenpeace Belgique.

Il est absurde que cette forêt magnifique et vitale sur le plan écologique soit détruite pour en faire des produits jetables !

Dans son rapport intitulé “Wiping away the boreal” (traduisez : « S’essuyer avec la forêt boréale »), Green Peace décrit ainsi la façon dont la compagnie scandinave s’approvisionne auprès de sociétés d’abattage qui « anéantissent les forêts anciennes » des régions du Nord. “Essity détruit des morceaux entiers de la forêt boréale. Si l’entreprise veut maintenir sa réputation, elle doit agir d’urgence pour assainir sa chaîne d’approvisionnement”, conclut Jeroen Verhoeven.

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Le vrai problème, précise l’expert Forêt de l’ONG, c’est la destruction et la replantation artificielle de ces parcelles forestières. « La forêt est bien plus qu’une collection d’arbres ! C’est un habitat essentiel pour toute une faune qui doit être préservée. »

© Christian Aslund / Greenpeace

Faux dialogue

De la sauvegarde des forêts, la société semble s’en laver les mains (et avec ses propres mouchoirs). Dans un communiqué en réponse au rapport de Green Peace, elle se dit pourtant engagée dans la gestion forestière durable et le respect des labels environnementaux. « Essity privilégie le système de certification FSC (Forest Stewardship Council) – un label qui garantit que les forêts sont gérées d’une façon responsable et durable – et encourage les fournisseurs à travailler sur base de celle-ci », affirme la compagnie. « Nous considérons cela comme un outil important pour répandre la gestion forestière durable à travers le monde ».

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Si le fabriquant précise être « engagé dans un dialogue avec Green Peace concernant l’évolution de la foresterie responsable », aucune mesure de sa part n’a jusqu’à présent été prise, déclare-t-on chez Green Peace. « Essity utilise souvent la même excuse », estime Joeren Verhoeven. « Ils répètent sans cesse qu’ils sont soucieux du respect des forêts nordiques et qu’ils suivent de près la réglementation », explique-t-il, « mais aucun engagement n’est mis en place ».

© Christian Aslund / Greenpeace

Moins de 3% des forêts protégés

À travers sa campagne, Green Peace espère ainsi faire bouger les lignes. « Nous demandons aux gens de privilégier les mouchoirs et le papier toilette recyclés afin d’envoyer un message fort à Essity et faire en sorte qu’ils changent leur modèle une bonne fois pour toute. » C’est que l’urgence est de mise pour l’ONG qui rappelle que moins de 3% de la forêt boréale bénéficient d’une protection. Un chiffre alarmant quand on sait qu’elle représente « près d’un tiers de toutes les forêts qui nous restent » et joue « un rôle-clé » dans la protection de la biodiversité et du climat sur Terre.

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