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Au Burkina Faso, il arrête la progression du désert grâce à des termites

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À Gourga, au Burkina Faso, l’agriculteur Yacouba Sawadogo a réussi à faire pousser une forêt verdoyante dans une zone aride, avec une méthode artisanale : des termites et quelques trous.

Dans les années 70, la sécheresse à répétition et la rareté des pluies entraînent l’avancée du désert au Burkina Faso, dans la région du Nord. Selon les données de l’Observatoire national de l’environnement et du développement durable (ONEDD), cette région constitue l’une des trois zones du pays où la dégradation des sols est la plus forte. Gagnant du terrain sur la forêt, le désert réduit fortement les récoltes, fait fuir les animaux mais aussi une partie des populations rurales. Yacouba Sawadogo, un agriculteur de 77 ans, aurait pu partir comme d’autres l’ont fait mais, au lieu de cela, il a décidé de « tenter le tout pour le tout avec une méthode artisanale », comme l’explique France 24.

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Ce septuagénaire s’est mis en tête qu’il repoussera le désert. « Afin de comprendre comment la nature se régénère, j’ai mis deux ans à sillonner les terres de mon village, souvent à pied, parfois à cheval », raconte-t-il. Après ces deux ans de communion avec la terre, il pense avoir trouvé la solution. Pioche à la main, il commence à creuser des trous dans le sol sec. « Beaucoup disaient que j’étais fou, mais je n’ai pas écouté et j’ai poursuivi mon but ». Quarante ans plus tard, une forêt de 40 hectares sert de rempart au sable rampant du Sahel.

La technique du zaï

Un miracle grâce à une méthode, pourtant, toute simple. Pour retenir l’eau, il a d’abord construit des digues sur un petit espace. Il a ensuite enfoui des graines dans des trous, appelés zaï, en y ajoutant du fumier organique. Attirées par ces déchets, les termites s’installent dans les cavités et creusent des galeries, qui retiennent l’eau au moment de la saison des pluies. Il ne reste plus qu’à semer. Cette technique a un nom : la régénération naturelle assistée.

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Capture d’écran YouTube

« Les termites viennent aussi à la surface du sol pour chercher des feuilles à manger et tout au long de leurs trajets, elles creusent des petites tranchées permettant au sol d’imbiber davantage d’eau », explique l’agriculteur. L’essai est un coup de maître : après une quarantaine d’années de travail, Yacouba Sawadogo a créé une grande forêt de dizaines d’hectares. « Les plantes poussent naturellement », souligne-t-il, et les villageois et les animaux sont revenus.

Contre la désertification

L’homme de 77 ans encourage les autres paysans à « travailler de la même façon pour la protection de la nature et la lutte contre la désertification« . Peu coûteuse, sa technique peut être en effet reproduite facilement par tous les producteurs. Au Niger, par exemple, 5 millions d’hectares de forêt ont pu être récupérés grâce à sa méthode en vingt ans. Dans son propre pays, elle est devenue très populaire, au point d’être dupliquée dans la région du nord sur plus de quatre sites, explique Moussa Ouédraogo, journaliste pour la radio La Voix du Paysan et admirateur de l’agriculteur. « Il représente l’espoir de ces milliers de producteurs désemparés par les effets du changement climatique, qui entraîne la sécheresse », assure-t-il à France 24.

L’initiative du cultivateur a ainsi pu améliorer le quotidien « d’une trentaine de personnes de sa famille ». « Mais au-delà de ça, les populations ont recours à sa forêt pour trouver des espèces de plantes en voie de disparition pour la médecine traditionnelle ». 

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Besoin de financement

Yacouba Sawadogo est aujourd’hui au cœur de l’attention. Le réalisateur américain Mark Dodd lui a consacré un reportage de 12 minutes intitulé « L’homme qui arrêta le désert », diffusé sur National Geographic et récompensé d’un prix. Mais aujourd’hui Yacouba a besoin d’aide. « Yacouba Sawadogo a besoin de former d’autres villageois d’autres provinces du Burkina Faso à sa technique pour la diffuser largement, explique le journaliste. Pour cela, il a besoin de moyens logistiques et financiers lui permettant d’organiser ces ateliers », ajoute-t-il à France 24, qui permet à n’importe qui d’aider l’agriculteur.

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