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Au Zimbabwe, des éléphanteaux capturés pour les vendre à des zoos chinois

Le Zimbabwe et la Chine sont les deux plus gros pays à prendre part à la vente d'éléphants. | © Flickr/Glen Darrud

Environnement

The Guardian a publié des rares images de jeunes éléphants sauvages capturés au Zimbabwe dans le but de les vendre et de les envoyer dans des zoos en Chine, selon les informations du journal britannique.

Ces images sont rares. Bien que légal au Zimbabwe, capturer des éléphants sauvages s’effectue dans le plus grand des secrets. Jusqu’à aujourd’hui. Grâce à une source anonyme, The Guardian a pu se procurer des vidéos et des photos montrant une équipe d’hommes en pleine recherche et capture d’éléphanteaux sauvages, dans le parc national Hwange, l’un des derniers grands sanctuaires pour l’espèce en Afrique. La procédure est la même pour chaque capture : un troupeau est d’abord identifié. Dans un hélicoptère, les agents visent les éléphants les plus jeunes avec un sédatif, tiré d’un fusil. Au fur et à mesure que l’éléphant s’effondre, le pilote plonge aux alentours afin que le reste du troupeau, tentant de venir à l’aide de l’animal effondré, soit gardé à distance. Lorsque les choses se calment, une équipe au sol s’approche des éléphants sous tranquillisant à pied, les regroupe et les entraîne vers les remorques.

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Dans la vidéo diffusée par le journal britannique, on peut observer la violence des officiers à l’égard des animaux vulnérables et encore sous l’effet du sédatif. À peine quelques minutes après sa capture, une jeune femelle est attachée et frappée à maintes reprises par les hommes sur le corps, et plus particulièrement sur la tête, pour qu’elle retourne dans le camion. Ce jour-là, The Guardian rapporte que 14 éléphants ont été capturés de la sorte.

Direction la Chine

L’acheteur de ces jeunes éléphants est un homme d’affaires chinois, déjà impliqué l’année passée dans la capture de 11 hyènes sauvages découvertes dans un camion à l’aéroport d’Harare, la capitale du Zimbabwe, dans des conditions de stress extrême, déshydratées et blessées. Elles avaient été sur la route pendant 24 heures, sans nourriture et sans eau.

Le Zimbabwe et la Chine sont les deux plus gros pays à prendre part à la vente d’éléphants, même si les chiffres manquent cruellement pour appuyer cette théorie. La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) détient, elle, des données plus précises mais plus générales : entre 1995 et 2015, plus de 600 éléphants sauvages d’Afrique et 400 d’Asie ont été vendus dans le monde.

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Légal mais à certaines conditions

La directrice de PETA, Elisa Allen critique fortement cette pratique « inexcusable, hideuse et archaïque » opérée par certains zoos « comme ceux en Chine où aucune loi existe pour la protection animale d’ignorer les émotions, les liens familiaux et le besoin de liberté que chaque animal sauvage partage », a-t-elle déclaré à The Independent. « Ils paient des gens pour soumettre ces êtres sauvages à une épreuve terrifiante, qui leur est incompréhensible et qui est simplement le début d’une existence sombre et réduite en captivité ».

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Pourtant, la vente d’éléphants est légal au Zimbabwe. Mais à certaines conditions. Selon la CITES, la destination doit être « appropriée et acceptable » et la vente doit bénéficier à la conservation dans le pays d’origine, rapporte The Guardian. Des conditions floues qui ont le don d’énerver les défenseurs des animaux. « Il n’y a pas de critères définissant ce que signifient « appropriée et acceptable » et ce qui contribue vraiment à la conservation« , explique Daniela Freyer de Pro-Wildlife, une organisation allemande qui cherche à améliorer la législation internationale à propos de la protection de la vie sauvage. « Il n’y a pas de règles communes et aucun suivi des conditions de capture, du nombre d’animaux échangés, de leur fin ou des conditions dans lesquelles ils seront conservés à leur destination« , ajoute cette activiste qui pointe du doigt les autorités du pays importateur.

Le ministre de l’environnement du Zimbabwe, Oppah Muchinguri-Kashiri, a quant à lui déclaré l’année passée, toujours au journal britannique, que la vente des éléphants était nécessaire pour récolter des fonds pour les parcs nationaux, qui sont touchés par la sécheresse et le braconnage.

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