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Comment les selfies mettent les animaux sauvages en danger

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Des paresseux sauvages ne survivent pas plus de 6 mois en captivité. | © Flickr/SergioDelgado

Environnement

La course aux likes sur Instagram menace des espèces de la forêt amazonienne, selon un rapport de l’ONG World Animal Protection.

Un selfie avec un paresseux et les likes s’envolent. Plus l’animal est exotique, plus la photo a un potentiel « likes » sur les réseaux sociaux. L’Asie a déjà été de nombreuses fois pointées du doigt pour ses tigres, éléphants et singes drogués pour rester immobiles aux côtés des touristes inconscients. Cette fois-ci, c’est en Amérique du Sud que le bât blesse. L’organisation World Animal Protection alerte sur cette tendance de plus en plus présente chez les touristes, de se photographier avec des animaux sauvages. L’ONG a d’ailleurs compté une augmentation de 292% du nombre de selfies animaliers publiés sur Instagram ces trois dernières années. Des clichés qui menacent certaines espèces de la forêt amazonienne.

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L’ironie, c’est que le touriste qui se prend en photo avec un animal est en général une personne qui aime les animaux, mais ne se rend pas compte qu’il contribue à leur maltraitance.

Plus de 40% des photos analysées montrent des personnes « se comportant de façon inappropriée avec les animaux ». Selon l’organisation, citée par l’AFP, ces mises en scène cachent une autre réalité : ces animaux sont capturés et traités avec cruauté pour quelques minutes de poses avec des touristes qui ignorent tout de ces méfaits. « À l’abri des regards, ces animaux sont souvent frappés pour être soumis, séparés de leurs mères ou de leurs enfants et maintenus secrètement en captivité », explique le rapport. Des paresseux sauvages ne survivent pas plus de 6 mois en captivité, alors que les oiseaux sont blessés et les anacondas déshydratés, ont constaté les militants écologistes durant leur enquête.

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Moins la faute des touristes que des tour-opérateurs

« Trop souvent, la cruauté qui rend ces animaux soumis et disponibles est totalement invisible aux yeux des touristes », résume le rapport. Pour Roberto Cabral, responsable de l’Agence brésilienne de l’environnement (Ibama), « l’ironie, c’est que le touriste qui se prend en photo avec un animal est en général une personne qui aime les animaux, mais ne se rend pas compte qu’il contribue à leur maltraitance ». La faute à qui alors ? Selon l’ONG, ces animaux sont capturés, souvent illégalement, et maltraités par des tour-opérateurs irresponsables qui veulent suivre la tendance. Les animaux sont également sans cesse attirés avec de la nourriture, une alimentation différente « qui pourrait avoir un impact négatif à long terme sur leur organisme et sur leur comportement ». Steve Mclvor, le directeur de l’association, résume la situation : « un selfie unique peut signifier une vie entière de misère pour un animal sauvage ».

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Les enquêteurs ont observé un fourmilier, malmené et battu par son propriétaire. – World Animal Protection

Pratique répandue en Amérique du Sud

Cette pratique est très répandue dans la région amazonienne. À Manaus, au Brésil, par exemple, 18 agences de tourisme mentionnées dans le rapport offrent la possibilité de « toucher des animaux et prendre des photos avec eux » dans 94% de leurs excursions. Lors de son enquête, l’ONG a constaté qu’au Brésil et au Pérou, les animaux sont souvent « stockés » dans des boîtes ou des réfrigérateurs cassés, rapporte Le Monde.

Instagram visé

Certaines de ces espèces sont menacées d’extinction et protégés par la loi. L’association appelle donc les gouvernements concernés à faire respecter la loi, et les compagnies de voyage et les touristes à la respecter. Elle a également demandé à Instagram de prendre des mesures. Selon Le Monde, le réseau social a assuré dans un communiqué qu’ils étudiaient des moyens d’informer leurs utilisateurs de ces pratiques.

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