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Un attentat dans une centrale nucléaire toucherait des millions de Belges, dénonce Greenpace dans un rapport

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Pour l’organisation environnementale Greenpeace Belgique, les centrales nucléaires belges et françaises ne sont pas assez protégées en cas d’attaque terroriste. Pour soutenir leurs propos, Greenpeace sort un rapport d’experts indépendants.

Ils sont sept. Sept experts venant d’Angleterre, France,États-Unis et Allemagne qui ont remis, à la demande de Greenpeace, un rapport qui devait vérifier si si les centrales nucléaires belges et françaises pouvaient résister à des agressions extérieures telles qu’une chute d’avion ou une attaque à l’arme lourde. Selon Greenpeace, aucun doute : les bassins de stockage des barres de combustible usagé, situés à l’extérieur des bâtiments blindés du réacteur, sont extrêmement vulnérables.

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Pourquoi l’enquête porte-t-elle sur les bassins de refroidissement et pas sur les réacteurs eux-mêmes ? Parce que, comme l’explique le communiqué, la quantité de combustible stocké dans ces bassins de refroidissement présentent également une radioactivité beaucoup plus concentrée que les réacteurs. Si ces bassins étaient endommagés lors d’une attaque entraînant la vidange de l’eau de refroidissement, les barres de combustible seraient mises à nu, entraînant une hausse de la température et des rayonnements. Un tel scénario conduirait à une catastrophe nucléaire avec un impact radiologique important.

Des villes belges et françaises hautement exposées à une déficience des centrales nucléaires

« En raison de la proximité de grandes villes comme Anvers, Liège et Namur, la vulnérabilité des bassins de refroidissement de Doel et Tihange est un sujet de préoccupation supplémentaire. Il est donc incompréhensible que l’AFCN n’ait pas imposé de mesures de protection additionnelles lorsqu’elle a autorisé la prolongation pour dix ans des réacteurs les plus anciens et les moins protégés, Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 », déclare Eloi Glorieux, expert nucléaire chez Greenpeace Belgique.

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La situation n’est pas meilleure en France, note le rapport. Avec 58 réacteurs nucléaires et autant de bassins de refroidissement remplis de combustible nucléaire usagé, la situation est, si possible, encore plus problématique. Parmi les centrales françaises concernées figure Gravelines qui représente une menace potentiellement grave, avec six bassins de refroidissement situés à 30 kilomètres seulement de la côte belge. « La menace et les conséquences d’une éventuelle attaque contre nos centrales nucléaires doivent cesser d’être un sujet tabou. En Belgique comme en France, ces scénarios doivent faire partie intégrante du débat social et politique sur la pertinence de l’énergie nucléaire », précise Eloi Glorieux.

Gravelines
La centrale de Gravelines en France est avec ses 6 réacteurs un danger potentiel pour la Belgique. AFP PHOTO PHILIPPE HUGUEN / AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN

Une attaque est-elle plausible ?

Le rapport, consultable en version résumée en ligne, tempère les risques d’un tel scénario puisque jusqu’à présent les terroristes n’ont pas tenté de telles attaques. Mais, rebondit le rapport, « il ne faut pas écarter l’idée que cette piste soit développée, comme différents signes d’intérêt d’individus avec des intentions criminelles pour des installations ou activités nucléaires le suggèrent ».

Greenpeace Belgique transmettra le rapport confidentiel complet à l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN), au Centre de crise et au ministre de l’Intérieur Jan Jambon, compétent en matière de sécurité nucléaire.

Les experts indépendants ayant contribué à la rédaction de ce rapport sont : Oda Becker (Allemagne), Manon Besnard (France), David Boilley (France), Ed Lyman (États-Unis), Gordon MacKerron (Royaume-Uni), Yves Marignac (France) et Jean-Claude Zerbib (France).

Les conséquences seraient « les plus graves jamais vues »

Pour les experts qui ont rédigé le rapport, une attaque réussie sur un bassin de refroidissement d’une de nos centrales serait cataclysmique. Des millions de personnes seraient touchées dans un rayon de 75 à 150 km. Et le rapport insiste: « compte tenu de l’absence de plan d’urgence et de protection des populations à cette échelle, et de la désorganisation des secours que l’attaque externe risquerait d’engendrer, les conséquences radiologiques d’une telle situation seraient potentiellement sans précédent ».

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