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Vincent Callebaut imagine les villes du futur

Vincent Callebaut. | © Ronald Dersin

Environnement

Les bâtiments passifs ont déjà une guerre de retard. Arrive le temps de l’écologie positive, des constructions dépolluantes et productrices d’énergies. Rencontre avec Vincent Callebaut, un architecte visionnaire.

Visionnaire, l’architecte belge Vincent Callebaut veut transformer les villes en écosystèmes, les quartiers en forêts, les terrasses citadines en terres agricoles, les tours en arbres. Il anticipe ce que pourrait être notre futur urbain, des immeubles végétalisés composés de matériaux biosourcés, des constructions dépolluantes aux formes inédites et inspirées par l’observation de la nature, des bâtiments produisant plus d’énergie qu’ils n’en consomment, annonçant le temps de la solidarité énergétique dans des mégacités toujours plus peuplées… Paris lui a confié la tâche d’imaginer ce que pourrait être sa métamorphose verte en 2050.

©Vincent Callebaut Architectures – Paris en 2050, selon la vision de Callebaut ; Une ville plus dense, plus verte, dépolluée.

Nul n’est prophète en son pays : Bruxelles, où il a fait ses études, ne l’a pas encore accueilli. C’est donc sous d’autres latitudes que s’exprime ce génie créatif. « Plusieurs chantiers sont en cours dans le monde. Ils apporteront la preuve que je suis un bâtisseur et non un rêveur », nous dit Vincent Callebaut. C’est dans les pays émergents alliant taux de croissance élevé et boom démographique que son bureau d’architecture rencontre le plus de succès. Entamé à Taipei, il y a sept ans déjà, son premier grand chantier y sera terminé au début 2018. Baptisée « Tao Zhu Yin Yuan », cette tour « spiralée », inspirée de la double hélice de l’ADN, ne ressemble à aucune autre. Lorsqu’il en parle, l’architecte belge a des accents poétiques : « Chaque double hélice est représentée dans le projet par deux unités de logement formant un niveau complet et qui peuvent être raccordées pour former un appartement plus grand. Ainsi, à partir de leur base vers le sommet, les vingt niveaux habités en double hélice s’étirent et se vrillent à 90°. La sinuosité obtenue correspond au symbole musical universel de l’harmonique révélant la notion d’équilibre ultime loué par cette tour. » Haute de 120 mètres, elle comprendra 45 000 m2 de logements situés dans un havre de paix au cœur de la capitale taïwanaise. Comme un roseau, cet immeuble est capable de plier pour supporter des typhons et des tremblements de terre d’une magnitude de 10 sur l’échelle de Richter. Ses 23 000 plantes et arbres répartis sur ses extraordinaires balcons-jardins pourront stocker jusqu’à 135 tonnes de CO2 chaque année, par photosynthèse naturelle.

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©Vincent Callebaut Architectures – La tour Tao Zhu Yin Yuan, « mangeuse » de CO2, sera inauguré à Taipei en janvier 2018.

Au Caire, c’est sur les traces d’un autre belge que Vincent Callebaut construit un projet ambitieux. Au tout début du XXe siècle, le baron Edouard Empain avait fait sortir Héliopolis du désert, tout près de la capitale égyptienne. Avec le temps et l’accroissement démographique, cette ville est devenue un quartier qui accueillera « The Gate », un gigantesque complexe de 450 000 m2, soit mille appartements et une centaine de duplex, un hôtel cinq étoiles, des bureaux et un centre commercial de 250 000 m2. Balcons, jardins, promenades, piscines, le lieu s’annonce enchanteur mais comme dans tous les projets de l’éco-architecte belge, il fait la part belle aux technologies les plus récentes et durables de production d’énergie et de récupération des déchets, réduisant de 75 % la facture énergétique par rapport à une construction classique.

©Vincent Callebaut Architectures – Aux portes du Caire, en Egypte, un immense centre commercial réduisant de 75 % la facture énergétique par rapport à une construction classique.

En Inde, dans les environs de New Delhi, c’est un « écoquartier vertical à énergie positive » qui est à l’étude. Baptisé « Hypérion », du nom du séquoia le plus haut du monde, ce projet de six tours-arbres de 36 étages, comportant des logements, des bureaux et des espaces maraîchers, affiche une ambition de « renaturation urbaine ». Il s’agit de créer des zones cultivables pour « urbaculteurs » dans une région de l’Inde où les sols ont été complètement lessivés par des décennies de culture intensive, impliquant l’usage massif de pesticides.

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©Vincent Callebaut Architectures – Des « tours-arbres » pour « urbaculteurs ».

Vincent Callebaut vient de décrocher un très beau projet de chantier au Luxembourg. Toutefois, il est trop tôt pour l’évoquer plus avant… Il est aussi l’auteur de très nombreux projets étonnants qui cherchent à répondre aux défis de l’avenir. Par exemple, sa « tour agricole » baptisée « Dragonfly » offre des espaces de logements et de bureaux mais aussi des espaces cultivables, des champs, des vergers, des potagers. Son but : rapatrier l’agriculture au sein des mégacités de demain qui seront de plus en plus peuplées. Et comme la Terre est recouverte à 70% par les océans, ce visionnaire a aussi imaginé des « gratte-mer » et autres flottantes qui pourraient accueillir les « mériens » de demain…

©Vincent Callebaut Architectures – Des fermes verticales, des gratte-mer, des îles flottantes.

 

Pour en savoir plus, lire le dossier complet et le portrait de Vincent Callebaut dans l’édition papier de Paris Match Belgique, ce 19 octobre.

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