Entre aquaponie et serre connectée, bienvenue à l’ère du potager surdoué

Entre aquaponie et serre connectée, bienvenue à l’ère du potager surdoué

Jardin, champ, terrasse, toit, la serre connectée est aussi tout-terrain | © Myfood

Environnement & Animaux

Le pari de Myfood ? Proposer un potager surdoué, adapté aux besoins et aux disponibilités des citadins, et qui marie les techniques ancestrales d’aquaponie avec une serre connectée. 

«Les Français sont mûrs pour cultiver la terre, mais il faut les aider », assure Johan, cofondateur de Myfood, qui teste une serre connectée de 3,5 mètres carrés en banlieue parisienne. « Je suis le premier à vouloir m’occuper de mes salades, mais en vêtement de ville et dès le retour du bureau. Dix  minutes, pas plus. Tout en récoltant les fruits de mon travail, bien sûr ! » En quatre  ans, ces trentenaires – Mickaël Gandecki, Johan Nazarely et Matthieu Urban – ont quitté la finance, la banque et l’industrie pour les courgettes, les carpes et la menthe poivrée. Ils ont mis au point la serre connectée dans leur jardin en  2016 et l’ont installée chez une cinquantaine de volontaires en France et à l’étranger.

Entre 200 et 350 kilos de végétaux par an

Ce réseau croissant, actif, les aide à affiner le modèle de 22  mètres carrés à 8 000  euros, installé en une journée, dont la production atteint entre 200 et 350  kilos de végétaux par an et de 20  à 30  kilos de poissons d’eau douce. On peut y ajouter des panneaux solaires ou un poêle à granulés pour y déjeuner en famille. Les plans sont disponibles en Open Source. Qui le souhaite peut se l’approprier et l’adapter à sa guise, avec des matériaux de récupération par exemple. « Une façon de redonner à la communauté du Web qui nous a formés et soutenus », affirme Mickaël qui teste la version de 22  mètres carrés aux alentours de Metz. Leur volonté de « produire des aliments 100 % traçables et de renforcer l’autonomie alimentaire des individus dans le monde entier » fait mouche. L’équipe a ainsi levé en septembre son premier million d’euros pour un développement accéléré. Avec l’espoir de mettre en place une offre de leasing, comme pour une voiture.

L’aquaponie, méthode millénaire en Asie, a des vertues inouïes

De fait, l’aquaponie semble idéale pour les reconversions potagères, néorurales ou périurbaines. Cette méthode millénaire, utilisée en Asie, a des vertus inouïes, mais elle s’est très peu développée en Occident. L’histoire peut en effet effaroucher les habitués du prêt à consommer : les déjections des poissons transformées en nutriments (ammoniaque, nitrates et nitrites) nourrissent les plantes qui, à leur tour, filtrent l’eau des poissons. Frisée, kale, basilic se plaisent au-dessus de l’eau. Le gain de place est substantiel. L’économie d’eau atteint  ainsi 90 %. Sans oublier que ce cycle aquatique ne tolère aucun intrant. Un hors-sol écolo, donc, complété si on le souhaite par quelques buttes en permaculture pour les racines profondes, carottes, poireaux, ail…

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Il restait à connecter le tout pour créer un système vertueux qui puisse à la fois décider de l’ouverture d’un panneau d’aération et informer d’un filtre bouché. Mais aussi gérer le potager pendant deux semaines de vacances sans que grillent au soleil les (modestes) efforts d’une année. Récolter les informations des serres pour en optimiser rapidement l’usage. Envoyer des fiches cuisine pour accommoder les tilapias….

Champ des possibles

Le champ d’exploration est vaste et encore sous-exploité. Dans la métropole lyonnaise, un retraité qui a retrouvé la joie de désherber debout teste avec succès l’élevage d’écrevisses. Le chef Aurélien Gauthier, qui a lancé il y a quelques mois à Paris le restaurant Luzzu, cultive ses herbes aromatiques rares et oubliées en banlieue ouest. Un horticulteur visionnaire explore la version florale. En ce moment, les serres produisent des épinards, de la mâche, des haricots et toute la palette des herbes aromatiques. Mais aussi des tomates jusqu’en novembre, pourvu qu’on sache s’y prendre. Au printemps, ce sera la fête; fraises, laitues, concombres, courgettes, poivrons. Il n’y a qu’en janvier que rien ne pousse. Sauf les pensées – les comestibles, bien sûr. Et les autres, qui feront germer le monde de demain.

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