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La Chine ferme officiellement ses portes aux déchets européens

Jusqu'à présent, un tiers des déchets triés en Europe était envoyé en Chine pour y être recyclé. | © Flickr :

Environnement

C’est officiel, l’Europe s’apprête à devoir gérer les millions de tonnes de déchets dont elle avait l’habitude de se débarrasser chez ses voisins Chinois. Inquiet, le secteur mondial du recyclage risque d’être secoué.

Elle nous avait prévenu en juillet dernier, qu’elle ne voulait plus être la poubelle du monde entier. Dès ce 1er novembre, la Chine décide de fermer pour de bon ses vannes à l’importation des déchets internationaux. Une mesure destinée à « protéger les intérêts environnementaux de la Chine et la santé des personnes » selon le ministère de l’Environnement chinois.

Ordures refourguées

Plastiques et autres détritus des Européens, les Chinois n’en veulent plus, après avoir pendant des années récolté les déchets venus du Vieux Continent. Bouteilles de lait, boîtes ou sacs en plastiques ; seuls deux tiers des déchets triés au quotidien par les Européens sont recyclés sur place. Le tiers restant était – jusqu’à présent – envoyé en Chine pour être recyclé en plastique ou en carton. Une importation qui atteignait en moyenne jusqu’à 50 millions de tonnes de déchets solides par an, dont 9 millions uniquement de plastiques, provenant principalement d’Europe et des États-Unis.

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L’objectif derrière cette décision historique, lutter contre la pollution (sous laquelle la Chine croule d’année en année) et privilégier sa propre filière de recyclage. Aussi, dans le cadre de son plan « National sword » (épée nationale), le pays veut s’attaquer au commerce illégal de déchets qui représenterait 20 % de ses importations totales.

Des poubelles publiques de recyclage, en Chine. © Flickr : Todd Mecklem Follow

L’Europe va-t-elle savoir gérer ?

Si la décision apparaît comme une bonne nouvelle pour la Chine, elle sonne comme une très mauvaise nouvelle pour les pays exportateurs. En effet, l’Europe – contrainte de devoir absorber les millions de tonnes d’ordures dont la Chine ne veut plus – a toutes les raisons de s’inquiéter. Aura-t-elle seulement les épaules pour assurer le recyclage de ses déchets ?

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En France, « de fortes turbulences » sont à prévoir dans les prochains mois, comme le rapporte BFM Business qui affirme que « dès demain, la France va crouler sous les déchets plastiques ». Le site français le confirme : ni l’Europe ni aucun autre pays du monde n’a les infrastructures nécessaires pour absorber les tonnes d’ordure que la Chine n’accepte plus. « Même pas la Turquie et l’Inde, qui importent déjà de colossaux tonnages venus d’Europe », souligne la fédération française des entreprises du recyclage (Federec).

« Impact dévastateur »

L’inquiétude est telle que même le BIR, le Bureau International du Recyclage, demande à Pékin de réviser sa décision. Au moment de l’annonce, le 18 juillet dernier, l’association mondiale de l’industrie de recyclage avait ainsi déclaré que si elle était introduite, « cette mesure aurait un impact important (…) sur l’industrie mondiale du recyclage et sur la production chinoise qui dépend de matériaux recyclés ». Pour les États-Unis, premier exportateur mondial de déchets, cette décision aurait un « impact dévastateur », avait déclaré Robin Wiener, président de l’ISRI regroupant les acteurs américains du secteur. Néanmoins, comme l’envisagent certains, la décision pourrait tout autant servir d’opportunité pour améliorer la filière de recyclage en Europe.

La Belgique positive

En Belgique, si l’on ne s’étonne pas de cette décision « tout à fait normale », on n’envisage pas non plus qu’elle soit définitive. « L’année prochaine, la Chine pourrait probablement revenir sur sa décision en imposant de nouvelles conditions », estime M. Annaert, directeur de la fédération des entreprises de l’économie circulaire Go4Circle. « À terme, nous pensons que nous serons à nouveau autorisés à exporter certains plastiques vers la Chine, mais plus dans les conditions dans lesquelles nous l’avons fait ces dernières décennies », ajoute-t-il.

On peut voir cette décision comme un problème mais aussi comme une opportunité.

Pour Go4Circle, le bannissement chinois risque de faire émerger du positif tout en insufflant un vent de renouveau sur le secteur. « Les déchets vont être plus soigneusement triés que par le passé, le secteur du recyclage va devoir investir davantage dans les centres de tri », explique-t-on. « Certes, tout cela va prendre du temps et pendant un ou deux ans, ça risque d’être très difficile », tempère M. Annaert tout en restant « très positif pour le futur ».

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