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Peut-on parler aux arbres ?

© Flickr @benjgibbs

Environnement

Disney avait donc vu juste avec Pocahontas qui parlait à Grand-Mère Feuillage ?

 

Depuis plusieurs années, biologistes, écologistes, chercheurs etc. s’accordent à dire que les arbres communiquent entre eux. Pour beaucoup, c’est bien évidemment impossible de parler aux végétaux car bien que ce soit des êtres vivants, ce ne sont pas tous des ‘Grand-Mère Feuillage’. Une impossibilité pensée à cause d’une méconnaissance sur le sujet soulignée par de nombreux chercheurs. Car cela ne relève pas du conte de fée ou de Disney. Comme le rappelle le site Quartz dans un article, les arbres parlent, certes un langage non-humain, mais un langage que l’on pourrait connaître, identifier, apprendre.

Dans The Song of Trees, David G. Haskell, qui décrit les arbres comme des « philosophes de la biologie » à la sagesse tranquille, explique qu’avant de pouvoir parler aux arbres, il faut d’abord comprendre la nature et savoir l’écouter. Et que le meilleur moyen serait de se rendre en Amazonie Equatorienne où vivent les Huaorani, une tribu indigène qui croient en la communication entre tous les êtres vivants, végétaux et animaux. Le langage de cette tribu reflèterait même de cette idée de relation entre les arbres et toute autre forme de vie. D’ailleurs, dans leur langue, les choses ne sont pas nommées selon ce qu’elles représentent mais selon leur végétation environnante. Par exemple, un arbre Ceibo n’est pas un « arbre ceibo » mais un « ceibo enveloppé de lierre ».

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Les anthropologues ont ainsi beaucoup de difficultés à traduire cette langue. Et comme pour les Huaorani les arbres sont des êtres vivants, pour eux, il est alors tout à fait normal qu’un arbre peut crier quand il est coupé ou pleurer quand il est blessé. Haskell inviterait à réfléchir sur la question de « pouvons-nous trouver une éthique de pleine appartenance terrestre ? ». En rappellant que de tout temps, aussi bien en littérature qu’en musique, il y a eu des références au fameux chant des arbres : des feuilles crépitantes aux branches qui tombent. Il est certes difficile de parler de « langue » pour les arbres, mais ils parleraient bien, à leur façon. Le tout serait d’identifier leurs « signaux ».

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L’écologiste et chercheuse canadienne Suzanne Simard, professeure de sciences forestières à l’université de Colombie-Britannique (UBC), qui a passé près de 30 ans à étudier les propriétés de la forêt a donné une conférence Ted Talks en 2016, et qui compte aujourd’hui près de 2,5 millions de vues, intitulée « Comment les arbres se parlent entre eux ». Après avoir mené plus de 80 expérimentations scientifiques, elle explique que oui, les arbres parlent et ont une vie secrète que l’on ne soupçonne pas.

Elle y explique notamment : « Je veux changer votre façon de penser aux forêts. Vous voyez, sous cette terre, il y a cet autre monde, un monde de voies biologiques infinies qui relient les arbres et leur permettent de communiquer et permettent à la forêt de se comporter comme si c’était un organisme unique. Cela pourrait nous rappeler une sorte d’intelligence ». Les arbres sont interdépendants et échangent entre eux, il y a des « réseaux fongiques sous-terrains (un sorte de grand réseau internet appelé réseau mycorhizien alias le Wood Wide Web, ndlr) qui relient les arbres et facilitent la communication et l’interaction inter-arbres souterraines », et avec le vent, les oiseaux etc., il’s s’échangent de l’eau, du carbone, des nutriments, s’envoient également des graines, produisent des champignons… Et tout cet échange est bien une communication, bien qu’étrangère à la nôtre. Les arbres seraient ainsi comme une grande famille, l’une des plus vieilles au monde, l’arbre représentant l’évolution des êtres vivants depuis le début de la vie sur Terre il y a 3,5 milliards d’années

Nous devons traiter les arbres comme nous traitons les animaux, en leur évitant des souffrances inutiles.

Mais cette vie secrète des arbres n’est pas nouvelle, cela fait des années que des chercheurs démontrent que les arbres pensent, parlent, ressentent. Dans les années 60 déjà, Cleve Backster affirmait à la revue américaine International Journal of Parapsychology à la suite d’expérimentations, que les plantes avaient une « intelligence émotionnelle ». En 2015, Stefano Mancuso, fondateur d’un Laboratoire international de neurobiologie végétale, explique dans son livre que les études « les plus récentes du monde végétal ont démontré que les plantes sont sensibles (et donc sont douées de sens), qu’elles communiquent (entre elles et avec les animaux), dorment, se souviennent et peuvent même manipuler d’autres ­espèces. Elles peuvent être décrites ­comme intelligentes« .

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Plus récemment, en janvier 2017, c’est Peter Wohlleben, un forestier allemand, qui en s’appuyant sur des études scientifiques, affirme aussi que les arbres communiquent entre eux et que ce sont des êtres sociables, et que notre méconnaissance sur le sujet est dangereuse : « Quand on sait qu’un arbre est sensible à la douleur et a une mémoire, que des parents-arbres vivent avec leurs enfants, on ne peut plus les abattre sans réfléchir, ni ravager leur environnement en lançant des bulldozers à l’assaut des sous-bois (…) Comment s’étonner que les arbres soient traités comme des choses, même si personne n’ignore que ce sont des organismes vivants ? […] Nous devons traiter les arbres comme nous traitons les animaux, en leur évitant des souffrances inutiles »Si on coupe trop d’arbres, on empêche aux arbres de communiquer et donc de se défendre. Il est plus qu’urgent aujourd’hui de limiter la déforestation.


				
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