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Lola Ya Bonobo, Claudine la protectrice des bonobos au Congo

Bonobo

"Il reste trois générations de bonobos avant qu’ils ne disparaissent". | © Flickr - arkangel8514

Environnement

Depuis plus de vingt ans, Claudine André donne sa vie pour conserver les bonobos au Congo. Elle vient en aide également aux populations locales. Aujourd’hui, elle revient en Belgique pour présenter un livre « L’animal est-il l’avenir de l’homme ? » qu’elle a co-écrit avec d’autres experts.

 

Née en Belgique en 1947, elle n’y a pourtant pas passé beaucoup de temps. Dès l’âge de quatre ans, elle suit sa famille en République démocratique du Congo. Son père, vétérinaire, soigne les vaches watusi d’une maladie due au charbon. La famille belge voyage de villages en villages. « C’était un moment où j’étais très heureuse, on avait une vie très sauvage » se rappelle-t-elle.

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Pendant la guerre en République démocratique du Congo, dans les années 90, tout le monde quitte Kinshasa. Claudine André découvre un zoo en ruines. « Ma vie a basculé : j’ai trouvé des animaux dans un état pitoyable mais aussi trente employés qui n’attendaient plus rien après les évènements. J’ai dit à mon mari « on a été tellement heureux dans cette ville, il faut sauver ce zoo ! » «  C’est de cette façon que son aventure commence. Pour aider les animaux, elle ira jusqu’à faire les poubelles pour les nourrir. Quand un jour, on lui propose un bébé bonobo à vendre, tous les employés du zoo la prévienne : « il ne survivra pas sans sa maman ». Elle réussit pourtant à le sauver. Il aura donc suffit d’un seul regard de Mineko (le bébé bonobo) pour que sa vie change : « Le bonobo vous observe mais pas seulement, on dirait qu’il vient voir votre âme ».

Loya Ya Bonobo et Ekolo Ya Bonobo, sanctuaires pour bonobos

À la suite de cette rencontre, Claudine décide de consacrer une grande partie de sa vie à sauver les bonobos. Elle crée deux deux domaines : le premier, Loya Ya Bonobo, « le paradis des bonobos » (NdlR : en lingala, la langue locale), une nurserie de 70 hectares qui accueille les petits orphelins et Ekolo Ya Bonobo, « école des bonobos », est un territoire s’étendant sur 20 000 hectares à Basankusu (nord du Congo), où se déroule la remise en liberté des singes dans leur milieu naturel.

bonobo claudine andré
Claudine et son équipe au Lola Ya Bonobo

Mais la création de tels projets ne fut pas un long fleuve tranquille. « J’ai été voir les autorités congolaises et je leur ai dit : « il faut que vous fassiez votre devoir de citoyen, la loi dit qu’on ne peut pas détenir un bébé bonobo à la maison, vous allez les saisir et moi je vais m’occuper d’eux » ». Avec sa chevelure rousse et ses yeux clairs, cette dame de 71 ans n’a rien d’une Congolaise mais le Congo est son pays de cœur. « J’aime être là pour vivre les évènements.  Pour moi, je fais partie de ce pays ». « Il reste trois générations de bonobos avant qu’ils ne disparaissent. Il y a 25 ans que je lutte mais on n’arrive pas à enrayer cela car il y a toujours autant de pauvreté », déclare la Belge.

J’aime être là pour vivre les évènements, pour moi, je fais partie de ce pays.

Histoire de famille

Claudine André est primatologue mais aussi mère de cinq enfants. Tous ont le même goût pour l’aventure, trois d’entre eux l’accompagnent d’ailleurs au quotidien. Fanny, une de ses filles, est directrice générale du projet. Le compagnon de Fanny,  Raphaël est vétérinaire et forme ses confrères congolais. Tout deux s’occupent de la gestion du  parc et coordonnent 80 personnes. C’est que le travail est considérable. Les bonobos restent la cible de braconniers qui les tuent pour leur viande. Les mères abattues laissent alors orphelins. Les petits restant accrochés à leur mère sont enlevés par les braconniers. Il faut donc, dans un pays où la débrouille est essentielle à la survie, éduquer et sensibiliser les villageois pour qu’ils soient partie prenante à la sauvegarde de l’espèce.

Chaleur humaine

En plus de prendre soin des bonobos, Claudine et son équipe réalisent un travail sociétal. Ils viennent en aide aux populations des villages alentours. Le sanctuaire leur offre en effet des emplois, de la nourriture ou encore du matériel pour les écoles primaires et secondaires voisines. Lola Ya Bonobo a ainsi changé la vie des populations. Des visites sur place sont organisées par les animateurs avec une visée éducative. Parce que « la conservation commence par l’éducation », assure la sexagénaire « les décideurs de demain sont ces enfants ». Elle veut également transmettre son savoir à travers le monde par l’écrit. Au travers de son livre « L’animal est-il l’avenir de l’homme », elle y expose, en compagnie d’autres spécialistes, les secrets de l’intelligence animale et de leur langage. L’homme devrait selon les auteurs, se servir de cette intelligence pour survivre et développer des solutions. Et même loin de son pays de cœur, Claudine André continue son combat et donnera une conférence à Liège le 16 novembre et Libramont le 25.

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