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Qui a tué Dian Fossey, la voix des gorilles ?

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Dian Fossey et un gorille, au Rwanda. | © Flickr/Jason B.

Environnement

Dans une série de documentaires, National Geographic revient sur la vie de Dian Fossey, primatologue américaine qui a contribué à la lutte contre le braconnage des primates au Rwanda.

32 ans après le drame, le mystère plane toujours. Le 27 décembre 1985, Dian Fossey a été retrouvée assassinée dans une chambre de sa hutte dans les montagnes des Virunga, au Rwanda. Son crâne a été fendu en deux par six coups d’une machette qu’elle avait placée chez elle comme objet de décoration. Elle était âgée de 53 ans.

Une des primatologues les plus célèbres de l’histoire venait de s’éteindre. Sa cause -la protection des grands singes, notamment le gorille des montagnes- venait quant à elle de faire le tour du monde. Dans une série de documentaires intitulée Dian Fossey, secrets dans la brume, National Geographic revient sur la folle vie de cette Américaine, qui a tout donné pour défendre ses protégés. On voit Dian au milieu des singes, établir plans d’action et stratagèmes pour affronter les braconniers. « Elle faisait n’importe quoi pour les protéger et si un humain se mettait en travers de son chemin, alors tant pis pour lui », se souvient Sir David Attenborough, qui a filmé avec elle dans les années 1970. Sans avoir reçu aucune formation scientifique, Dian avait établi une relation sans précédent avec les singes. Elle était même surnommée « la femme qui vit dans la forêt sans homme » par les locaux. Grâce à son acharnement, elle s’était constituée une place de choix dans une famille de gorilles et avait noué des liens très forts avec Digit, un spécimen qui avait un doigt cassé.

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Mais en 1967, alors qu’elle était retournée dans la forêt pour observer le primate comme à son habitude, elle constate l’horreur. La tête de Digit était découpée et son corps démembré. Les braconniers sont eux aussi partis en guerre et rendent coup pour coup. À sa manière, la primatologue se bat avec virulence, en tentant de jouer les sorcières pour faire peurs à ces hommes qui croyaient en la magie noire, ou en les ligotant, en les enduisant de crottes de gorilles, ou même, en fouettant leur testicules avec des orties. Dian a même dépassé les bornes en vandalisant la maison d’un braconnier et kidnappant son fils. Même s’il avait ramené l’enfant le lendemain, elle fut condamnée à une amende et contrainte de retourner quelques temps aux États-Unis, où elle sensibilisa le public au sort des gorilles.

Mais au moment où Dian avait recueilli assez d’argent pour retourner au Rwanda, le gouvernement américain projetait de lancer un business avec les singes, en envoyant de riches touristes pour les observer. Par peur que ses primates soient infectés par les maladies humaines, elle tenta d’arrêter ce projet, menaçant de dévoiler les réseaux de contrebande de l’or dans les parcs nationaux du Rwanda. Elle fut assassinée peu après.

Que sont devenus les gorilles des montagnes ?

S’ensuit une gigantesque enquête pour connaître l’auteur du crime, toujours inconnu de la justice à ce jour. La police a d’abord accusé de meurtre son assistant, Wayne McGuire, pour avoir voler les recherches menées par la primatologue avec le traqueur Emmanuel Rwelekana. Ce dernier est mort en prison, d’un soi-disant suicide, bien que les gardes pensent qu’il a été assassiné pour cacher la vérité. Puis d’innombrables indices ont été détruits en 1994, dans le génocide rwandais. Aujourd’hui, le mystère plane toujours mais des sources proches de Dian Fossey ont la certitude que sa mort a été orchestrée par des contrebandiers rwandais. « Dian savait qu’elle allait être tuée. Elle disait que si on entendait des tirs le soir, ils seraient pour elle », expliquait Wayne McGuire.

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Sa mort a fait le tour du monde, comme la cause qu’elle a défendu. À l’époque, les Gorilla beringei, de leur nom scientifique, n’étaient que 275, un seuil critique pour le renouvellement de l’espèce. Aujourd’hui, le parc des Volcans compte près de 480 spécimens, répartis en huit groupes. C’est mieux mais d’autres problèmes sont apparus. « L’espace est beaucoup trop restreint pour tous les accueillir et la population continue d’augmenter. La réserve s’étend seulement sur 160 km, soit environ 1,5 fois la superficie de Paris intra-muros. Les affrontements entre groupes sont six fois plus fréquents qu’il y a dix ans, ce qui accroît les risques de blessure, d’infanticide et le niveau de stress. Ce dernier provoque une plus grande exposition aux pathologies. Un groupe de gorilles a récemment quitté sa forêt natale, dans la montagne, pour descendre vivre dans des zones d’eucalyptus et de bambous. Et il s’approche dangereusement des villes. Or les animaux ne sont pas immunisés contre les maladies humaines et leur placidité à l’égard de l’homme les rend vulnérables », explique National Geographic.

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