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Angelina Jolie : « La beauté peut être une forme de pouvoir »

Elle fait de la beauté une manière d’être engagée. L’icône de la fragrance Mon Guerlain a reversé son cachet à sa fondation. Dans la boutique des Champs-Elysées, le 29 janvier. | © Alvaro Canovas / Paris Match

People et royauté

A l’occasion des 190 ans de la maison Guerlain, nous avons rencontré son égérie, Angelina Jolie.

 

On la salue hollywoodienne, robe noire fendue, lèvres rouges. On la retrouve sans maquillage, vêtue d’un cachemire italien, dans le costume sage du rôle qu’elle tient depuis seize ans, celui d’ambassadrice du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ses yeux clairs dévisagent, elle sourit peu ; elle n’est pas là pour séduire mais pour convaincre. « J’ai eu un déclic en voyageant, j’ai pris conscience de ce qu’il se passait ailleurs, ce qu’on ne m’avait jamais inculqué avant », dit-elle pour expliquer son premier engagement, en 2001, en Sierra Leone. Depuis, elle est une habituée des camps de réfugiés, à qui elle accorde une grande partie de son temps et de sa notoriété. « Je suis toujours frappée par leur dignité, leur grâce, leur résilience. Et je me demande souvent si, dans ces terribles circonstances, j’y arriverais aussi bien qu’eux. »

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Son discours est prudent, diplomate : « Il faut espérer que les politiciens ont en eux une part d’humanité et que les philanthropes ne sont pas simplement guidés par leur cœur, mais qu’ils comprennent le système et la bureaucratie. » Souveraine du box-office à l’époque de Tomb Raider, l’ancienne Lara Croft est désormais la reine du compromis. Voilà ce qui la met en colère : « Quand certains leaders ne prennent pas les choses en main. » On n’en saura pas plus. L’un de ses combats est la prévention des crimes sexuels lors des conflits ; pour autant, elle refuse de commenter l’affaire Harvey Weinstein, dont elle a raconté avoir été l’une des victimes. Elle ne répond pas non plus aux questions sur son divorce d’avec Brad Pitt. Comme une élue, Angelina Jolie évite les sujets qui la fâchent. Et pour s’en assurer, elle s’est constitué un entourage aux allures de cabinet politique, composé de deux Anglaises, ex-conseillères de William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères. Arminka Helic, 49 ans, et Chloe Dalton, 38 ans, ont remplacé agents et attachés de presse ; elles la suivent partout, gèrent son image et ses prises de parole.

J’élève mes enfants pour qu’ils soient fiers de qui ils sont.

L’actrice délaisse aujourd’hui son premier métier pour se consacrer à celui de réalisatrice et de productrice. Le sujet central de ses films est la guerre, en Bosnie et au Cambodge dernièrement. « J’aimerais aider des cinéastes à monter des documentaires dans des pays où c’est compliqué. En Syrie, par exemple. » Un engagement professionnel autant que familial. Elle a adopté trois de ses six enfants au Cambodge, au Vietnam, en Ethiopie, et balade son clan accompagné d’instituteurs à travers le monde, au gré de ses missions humanitaires. « Je les élève pour qu’ils soient fiers de qui ils sont, dit-elle. Et je veux qu’ils comprennent que c’est l’ignorance qui provoque le rejet et la discrimination. »

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Pour parler du parfum dont elle est le visage, elle reste sur le même thème : « La féminité a son importance pour les rescapées de guerre, pour retrouver leur dignité. En ce sens, la beauté peut être une forme de pouvoir… » Dans ses mains, des fiches écrites par les communicants de l’illustre maison française. Elle y jette un coup d’œil et se reprend : « Je trouve le parfum sexy… Certaines senteurs me rappellent ma mère ou des amies. Ça fait ressortir ma féminité. Parfumée, je me sens plus distinguée… » La voilà qui hésite, puis elle sourit franchement : « Parler de beauté, ce n’est vraiment pas mon truc ! » 

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