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Thierry Beccaro : « Ce que j’ai vécu me motive pour apporter du bonheur aux gens »

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Thierry Beccaro sort jeudi le livre "Je suis né à 17 ans..." dans lequel il parle pour la première fois de son passé d'enfant battu. | © Aurore Marechal / ABACAPRESS.COM

People et royauté

Derrière son sourire et sa bonne humeur, Thierry Beccaro cache des blessures indélébiles. Celles d’un enfant battu par son père. Pour la première fois l’animateur de « Motus » revient sur son passé et son parcours dans le livre Je suis né à 17 ans… Un témoignage plein de pudeur qui renferme parfois, malgré le propos douloureux, une certaine lumière.

Juin 1973, Thierry Beccaro a 17 ans et ne devrait avoir qu’une seule préoccupation : le baccalauréat qu’il passera bientôt. Pourtant, une scène d’une violence qui « dépasse l’imaginable » qui s’est déroulée devant ses yeux le hante. Un soir dans le salon, une dispute entre ses parents a dégénéré, son père a pointé son fusil sur sa mère. Ce moment difficile s’ajoute à tous ceux qui ont jalonné l’enfance de l’animateur et comédien qui a grandi avec un père brutal. « Dès qu’il (son père) est sous l’emprise de l’alcool, ce qui est très fréquent, le moindre prétexte, une note, un regard ou un geste, suffit pour entraîner un véritable déluge de gifles et de coups », écrit Thierry Beccaro dans son livre témoignage Je suis né à 17 ans…, qui sort en librairie jeudi.

Paris Match. Vous expliquez avoir écrit ce livre pour aider à libérer la parole des victimes de violences, vous leur délivrez aussi un message d’espoir, celui que malgré les souffrances, on peut toujours s’en sortir…
Thierry Beccaro. Quand vous avez une enfance torturée, vous pouvez devenir méchant, revanchard, amer. Moi j’ai eu cette chance de basculer vers la lumière. Ce livre n’a d’intérêt que si on le prend dans son ensemble et pas si on s’attarde seulement sur mes blessures d’enfance. Je voulais montrer ce qu’est la résilience, comment on peut se reconstruire malgré tout et aussi faire comprendre aux gens que les petites gifles, les coups, les humiliations, les phrases maladroites que l’on reçoit quand on est enfant, ça vous abîme et ça donne des adultes fragilisés.

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Vous évoquez à plusieurs reprises l’entourage des enfants maltraités qui, par son silence se rend coupable de complicité…
J’ai écrit ce livre pour dénoncer cette fameuse omerta sur la maltraitance subie par les enfants. Le silence des voisins, de la famille… Comment voulez-vous qu’on se défende quand on est enfant face à des adultes violents ? À mon époque, il n’y avait pas le numéro 119, ni d’associations… La personne qui nous gardait avec ma sœur nous disait : « Attention ce soir c’est votre père qui vous garde, soyez sages ». C’est une phrase terrible qui m’a hanté. Il y avait des gens qui se doutaient que ce n’était pas facile tous les jours pour moi et qui n’ont rien dit.

Êtes-vous réconcilié aujourd’hui avec ce passé ?
J’ai un sac à dos plus léger que ce qu’il a été, il est toujours un peu sur mes épaules, mais ça ne m’a pas empêché de faire un joli parcours. Désormais, je veux réussir à être plus insouciant. J’ai toujours été discret sur ce passé, les seules fois où j’en ai parlé, c’était chez le psy. Je peux aujourd’hui raconter ce que j’ai vécu parce que j’ai fait tout le chemin pour comprendre et pardonner. Je ne peux pas vivre éternellement dans la colère, l’amertume, la frustration, ça détruit. Même si aujourd’hui encore quand j’assiste à des scènes violentes, je ne peux pas les supporter. Il m’est arrivé d’aller voir un papa qui avait giflé son fils en public et de lui dire « Il ne faut pas faire ça ». Au début, le type m’avait reconnu et m’a parlé de la télé pour brouiller les pistes, mais j’ai fini par lui dire le fond de ma pensée.

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Mon manque de confiance en moi m’a fermé des portes.

Malgré les coups de votre père, vous ne parlez jamais de lui avec rancœur, vous lui trouvez toujours des circonstances atténuantes pour sa violence…
Notre relation était paradoxale. Quand tout allait bien, c’était un père formidable. Grâce à lui, j’ai découvert Sinatra, Dean Martin, Brassens, il m’a fait décrocher mon premier stage à la radio, ce qui m’a ouvert des portes incroyables. Je m’éclate au théâtre, ça fait 28 ans que je présente « Motus » avec le même bonheur, pareil quand j’anime « Télématin », j’ai exposé certaines de mes toiles au Grand Palais après une rencontre du destin…C’est une jolie route. Je sais pas ce qu’aurait été ma vie si tout avait été paisible, calme et aimant. Je me suis juste dit : « Je vais faire de mes premières douleurs quelque chose de positif ». Ce que j’ai vécu me motive pour apporter du bonheur aux gens, leur donner le sourire.

Quand votre père était sur son lit de mort inconscient, vous lui avez dit que vous lui pardonniez, qu’il pouvait partir serein. Est-ce que vous regrettez de ne pas lui avoir dit ces mots plus tôt quand il aurait pu les entendre ?
Oui j’aurais bien aimé, mais le contact entre nous était difficile parce que je me suis éloigné de ma famille, j’ai coupé les ponts. On est jamais arrivé à se dire les choses essentielles en tête à tête. Moi, je m’applique désormais à le faire avec mes trois enfants. J’aime à penser que quelque part, le message est passé et qu’il a entendu mes mots. Il fallait que ça se termine comme ça entre nous.

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Votre mère est moins présente dans le livre que votre père. Vous écrivez que vous ne savez pas si elle avait conscience de la violence que vous subissiez, est-ce que vous avez discuté avec elle de la sortie de ce livre ?
Oui, et je lui ai dit qu’il y aurait sans doute des choses difficiles à encaisser, mais que c’était avant tout un livre d’amour. Ma mère a été d’un courage incroyable tout au long de sa vie. Quand j’étais petit, j’ai été blessé doublement car je me retrouvais seul avec ma souffrance d’enfant et sa souffrance à elle. Sa peine que je devinais seulement parce que les rares fois où je l’ai vue pleurer, je ne comprenais pas pourquoi ses larmes coulaient. Je croyais que c’était de ma faute parce que j’avais fait une bêtise. Entre les lignes de ce livre où elle apparaît moins que mon père, je lui dis : « Bravo il fallait beaucoup de courage pour tenir le coup ».

On découvre un Thierry Beccaro très différent de l’animateur. Un homme peu sûr de lui, solitaire, naïf parfois…
Mon manque de confiance en moi m’a fermé des portes, je le reconnais, mais en même temps, j’ai fait des jolies rencontres.

Vous qualifiez ces gens qui vous ont tendu la main d’« Anges ». Pourquoi les appeler ainsi ?
Parce que je crois en ces choses-là. Quand je pense à ma grand-mère ou à des copains partis trop tôt, je me dis que quelque part, ils veillent sur moi. Il y a certainement eu des anges gardiens sur mon chemin qui m’ont aidé à avancer. De la même manière, j’espère que ce livre aidera certaines personnes comme je peux le faire parfois avec mes émissions. Un jour, une femme est venue me voir alors que je me baignais à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Elle a nagé vers moi et m’a dit : « Je sors d’une dépression et vous m’avez aidée à m’en sortir, merci ». Elle a fait demi-tour et elle est repartie. Ça a été un moment magnifique que je n’oublierai pas.

« Je suis né à 17 ans », Thierry Beccaro et Jean-Philippe Zappa, éditions Plon, 274 pages, 17,90 euros

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