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Laura Smet et David Hallyday : L’union sacrée

Laeticia Hallyday, Laura Smet et David Hallyday aux côtés du président français Emmanuel Macron lors des funérailles de Johnny, le 9 décembre 2017. | © AFP PHOTO / POOL / ludovic MARIN

People et royauté

Laura Smet a longtemps été « fille unique ». En 2009, au chevet de Johnny, une relation très forte se noue avec David.

 

Cette Electre moderne a entraîné dans la blitzkrieg son grand frère David… et bientôt tout un clan, abasourdi par cette révélation : l’idole – réputée pour sa générosité – a fait montre, en déshéritant ses deux aînés, d’une incompréhensible mesquinerie. Le frère et la sœur ont franchi un pas de plus en intentant une action en référé pour obtenir un droit de regard sur l’album inachevé, le 51e. Yarol Poupaud, son guitariste, a annoncé que l’album était prêt à sortir. Après avoir demandé à leur belle-mère de le leur communiquer « afin de pouvoir confirmer son intégrité artistique », Laura et David ont saisi le tribunal de Nanterre, assortissant leur démarche d’une demande de gel des biens immobiliers de Los Angeles, Saint-Barth’ et Marnes-la-Coquette. Ils réclament aussi la mise sous séquestre de ses droits d’auteur. Laura et David n’ont plus rien à perdre. Même pas leurs illusions. Dans le testament américain du 11 juillet 2014, leur cas a été expédié en deux lignes.

« Je ne comprends pas que l’on puisse déshériter ses enfants », s’exclame Eddy Mitchell en apportant son soutien à Laura, sa filleule. C’est dire le malaise. Qu’as-tu fait, Johnny ? Quel père as-tu été pour David et Laura ?

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La naissance de David le 14 août 1966 affole les fans du couple yé-yé le plus emblématique des sixties. Juste après les photos de circonstance à la clinique, le chanteur de 23 ans reprend la route avec ses potes pour un concert à Venise. Comment pratiquer l’art d’être père quand on a été abandonné ? David connaît surtout le pas de Johnny, la nuit… « Tu rentrais vers 4 heures du matin dans l’appartement de l’avenue du Président-Wilson. Et puis, j’entendais les hurlements… Passons sur les détails… », confie-t-il à Paris Match, dans un entretien croisé en 2009. C’est l’époque où Jimi Hendrix, Bob Dylan et Jerry Donahue s’invitent à la maison. « Montre à mes potes comment tu sais jouer de la batterie », souffle papa à l’oreille de David, 6 ans.
« Je trouvais ça très rigolo…
– Ta maman trouvait ça moins drôle. »

Le 4 juin 2017, Laura poste sur les réseaux sociaux cette photo souvenir d’elle bébé avec David, 17 ans, et leur père. © Instagram

Au moment du divorce, en 1980, David a 14 ans. Il grandit en Californie. Johnny ? « Il m’a manqué lorsque j’avais 16 ou 17 ans. Je lui en ai voulu, sans d’ailleurs trop savoir de quoi. En fait, pour moi, il est une sorte de héros national. » C’est de ce portrait magnifié que David tirera les paroles de l’album « Sang pour sang », qu’il compose pour Johnny près de vingt ans plus tard. « Face aux mille cataclysmes / Père ne vois-tu pas ton fils / Qui tombe et qui t’appelle. » Le public ne se trompe pas sur la sincérité de l’œuvre. Plus de 2 millions d’exemplaires : jamais Johnny n’a autant vendu ! Jaloux, Johnny ? Dur, en tout cas. À Amanda Sthers, il confie en 2013 : « Le problème de David, c’est ceux qu’il n’a pas eus. Il a été heureux. Moi j’avais envie, j’avais faim. On ne peut pas avoir été élevé dans le confort et avoir la rage au ventre. […] David ne sait pas quoi faire de son talent. » Ce jugement brutal, inhabituel, préfigure étrangement les dispositions du testament signé un an plus tard.

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Laura aurait pu être mieux traitée. À sa naissance, en 1983, papa Johnny se déclare « fou de joie » et, bien entendu, « totalement gâteux ». Au point que le signe astrologique de Laura, le Scorpion, sera son premier tatouage. Johnny jure alors à qui veut l’entendre qu’il sera plus attentif à l’éducation de sa fille qu’il ne l’a été à celle de son fils. Avec Nathalie, il s’installe dans un (grand) pavillon de banlieue, dans les Yvelines, et interprète « Laura », dont les paroles prennent aujourd’hui une saveur amère : « Je n’attendais rien de toi / Qu’une raison d’être là / Juste une trace avant de partir. » Quelques mois plus tard, Laura est seule avec sa mère. Elle comprend vite que, pour garder l’amour de Johnny, il faudra batailler.

« Il m’aime, je l’aime, c’est tout ce qui importe » Laura sur Johnny

L’enfant hypersensible laisse place à une adolescente rebelle. Deux Laura se succèdent. Côté Creuse, dans le hameau retapé par sa mère. Verts pâturages et nourriture bio. Et côté Ramatuelle, à la Lorada, où Johnny tient logis et table ouverte. Laura, déchaînée, parodie la légende paternelle. En 2000, la Lorada, nommée d’après les prénoms des deux enfants, est vendue. Fin d’une époque. Laura débute brillamment comme actrice et décroche le prix Romy-Schneider. Elle enchaîne, Chabrol, Thomas, Garrel… Mais sa vie est celle d’une rock star. Jusqu’à l’overdose et la cure de désintoxication. Fragile comme la fille de Johnny, indestructible comme la fille de Johnny. Et maintenant, écorchée et combative. « Il m’aime, je l’aime, c’est tout ce qui importe », s’épanchait-elle dans « Psychologies » en 2010. Même si elle reconnaît que, lorsqu’ils déjeunent ensemble, ils n’ont rien à se dire.

L’absence du père a rapproché David et Laura. Sa maladie aussi. En 2009, alors que le chanteur est placé en coma artificiel, ils se découvrent. Laura, hébergée chez Sylvie Vartan à Los Angeles, se disait jusqu’alors « fille unique ». Elle s’enthousiasme : « Un lien particulièrement fort s’est noué entre nous. Mon frère ! Avant, je disais mon demi-frère. » Ensemble, ils interprètent « On se fait peur ». Dix-huit ans plus tard, par une jumelle exclusion, Johnny leur rappelle leur fraternité. Comme s’il fallait toujours qu’il les enfante dans la douleur.

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