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Grâce à Laeticia, Johnny s'est refait une santé financière

Le grand public l’imagine multimillionnaire. Il n’en est rien. Johnny a toujours été panier percé. | © Reporters / Abaca

People et royauté

Généreux et impulsif, Johnny Hallyday a longtemps été un panier percé. Laeticia l'a aidé à assagir son rapport à l'argent. 

Laeticia, ce jour-là, est un peu malade. « Tu vois, lance Johnny quand il débarque à Burbank dans les studios où nous avons rendez-vous, elle m’a organisé un anniversaire surprise et on était tous déguisés à la Gatsby. Je ne sais pas d’où elle sort ce genre d’idées. Elle est forte, quand même ! Mais, du coup, elle n’est pas en forme. » Johnny est en pleine préparation de sa prochaine tournée. Ce 17 juin 2017, il décide d’écourter la répétition. « T’es déjà venu chez moi ? Ça te dit de venir dîner ? Ma femme va préparer quelque chose. » Le rockeur vient alors d’acquérir une sublime Bentley bleue. « Elle te plaît ? » C’est Sébastien Farran qui la conduit, ce qui permet à Johnny de fumer fenêtre ouverte sur la I-95. Arrivé dans la maison d’Amalfi Drive, Johnny change d’avis. « Mon amour, ça t’embête si on sort dîner ? »

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Tant pis pour Mamie Rock qui a déjà dressé la table. Alors que Jade et Joy se ruent sur lui pour l’embrasser, le voilà qui tonne : « Jade, emmène mon ami dans la salle de cinéma. Et après, on ira voir mes motos. » Dans ce garage, près de la Bentley à 300 000 dollars, une Harley noire. « Je la vends, si ça t’intéresse. Je vais en acheter une autre. On prépare un road trip avec mes potes l’année prochaine. T’aimes bien rouler à moto ? » Johnny a besoin qu’on acquiesce mais se fiche éperdument des réponses. Il est drôle, sympathique, avenant. En un tour de Bentley voilà le rockeur à Santa Monica, devant le Water Grill, l’un de ses restaurants préférés. « Ils ont des super cocktails. C’est moi qui les commande. » Yarol Poupaud, sa femme Caroline de Maigret et Sébastien Farran sont de la partie. Régulièrement, Johnny sort fumer. Taciturne. Puis rigolard. Il choisit le vin sans prêter attention au prix et sort sa carte bancaire pour payer l’addition.

© DR

« Toute sa vie, Johnny a été généreux, raconte un proche. Il a vu les gens se greffer à son porte-monnaie. Cela lui permettait de ne pas être seul. Mais il n’a jamais été dupe. » Le grand public l’imagine multimillionnaire. Il n’en est rien. Johnny a toujours été panier percé. Avec ses premiers cachets, il achète un appartement dans le XVIe arrondissement. Mais ne mène pas une vie de petit épargnant. Voitures de sport, dîners dehors tous les soirs, vêtements et cigarettes sont ses principales dépenses. En 1978, il a 35 ans quand Sylvie Vartan le pousse à acheter une maison au sein de la villa Montmorency, toujours dans le XVIe. Il lui laissera volontiers cette maison qu’il n’aime pas lors de leur divorce, en 1980. « En réalité, poursuit ce proche, Johnny fonctionnait au coup de tête. Et, très vite, il a fallu que quelqu’un l’empêche de faire n’importe quoi. Pour éviter la banqueroute systématique. »

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Johnny a inventé sans le savoir la phobie administrative avant l’heure. Dans les années 1990, il a surtout un homme de confiance, Pierric Le Perdriel, discret, effacé, qui gère son business et négocie les avances avec sa maison de disques, Universal. Les ventes d’albums permettent à Universal de se rembourser. Si le disque se vend bien, tout le monde y trouve son compte. Mais si c’est un échec, Johnny doit filer en studio pour s’atteler à un nouveau projet afin de renflouer les caisses.

© BENAROCH/SIPA

C’est aussi l’argent qui sera la raison réelle de la séparation de Johnny et de Pascal Nègre, le patron d’Universal, puis de Johnny et de Jean-Claude Camus, le producteur de ses spectacles. Au premier, il réclame le droit d’enregistrer un album de blues aux États-Unis (donc des séances de studio à prix élevé) et une avance de 2 millions d’euros. Au second, il demande un à-valoir de 8 millions d’euros pour envisager une nouvelle tournée après avoir frôlé la mort en 2009. Les deux refusent et Johnny se dirige alors vers Warner pour ses disques puis vers Gilbert Coullier pour ses concerts. Ce dernier lui octroie 5 millions d’euros. Pierric Le Perdriel était donc l’homme qui tenait (jusqu’à un certain point…) les cordons de la bourse. « Johnny pouvait flasher sur un bateau en voyant une pub. Alors il prenait son téléphone : “Dis donc, Pierric… Le bateau, là, je crois que je vais l’acheter.”» Perdriel avait ainsi pour rôle de dire si oui ou non cela était possible, pas de décider de la pertinence de l’achat. Johnny sera ainsi l’heureux propriétaire d’un premier yacht, l’« Only You », puis du « Wild Eagle 2 », à bord duquel il naviguera avec Laeticia dans les Caraïbes.

Lors de leur rencontre, Johnny possède une immense garçonnière sans âme à Paris, que Laeticia transforme en foyer paisible. Mais la perspective d’avoir des enfants la pousse à dénicher la propriété de Marnes-la-Coquette, ancienne demeure du banquier Maurice Schlumberger, achetée 3,5 millions d’euros en 1999 et rebaptisée La Savannah. Elle est évaluée à 4,7 millions d’euros en mai 2007, quand Johnny décide de créer la SCI SLJ avec Laeticia et leur fille Jade, qui détiennent moins de 1 % du capital. Aujourd’hui La Savannah reste à vendre pour un prix tombé de 35 à 18 millions d’euros. De l’avis des spécialistes, sa valeur ne dépasserait guère les 10 millions. Dans cette enclave pour millionnaires, elle est en concurrence avec la somptueuse propriété de l’ex-émir du Qatar Hamad ben Khalifa Al-Thani, père du monarque actuel, et La Louque de Maurice Chevalier, proposée à 8 millions d’euros. Surtout, Johnny n’aimait pas cette maison depuis que le gardien, ivre, avait tiré sur des passants qui s’intéressaient d’un peu trop près à la demeure. Lors de ses dernières tournées, il préférait descendre dans des hôtels cossus.

Il avait décidé, en 2006, de se faire construire la plus belle villa de Saint-Barthélemy, sur les hauteurs de Lorient.

Son réel domicile est, depuis 2007, à Los Angeles. Décidé à vivre son rêve américain, il fait d’abord, en février 2007, l’acquisition pour 3,1 millions d’euros d’une villa au 2959 North Berverly Glen Circle, à Bel Air, non loin de la maison de Sylvie Vartan. Le côté froid et sans âme ne lui plaît pas. En 2013, elle est revendue pour seulement 2,4 millions d’euros, soit une moins-value de près de 700 000 euros ! Mais Johnny s’en fout, car entre-temps, avec Laeticia, ils ont acheté sur plan leur demeure de Pacific Palisades, livrée en juin 2009 contre 3,6 millions d’euros. Il n’en est pas à son premier coup de tête, il avait aussi décidé, en 2006, de se faire construire la plus belle villa de Saint-Barthélemy, sur les hauteurs de Lorient.

« C’est là que j’aimerais finir mes jours, face à la mer, avec ma guitare », nous disait-il en 2015. Johnny fait travailler les artisans locaux (certains attendent encore que leurs factures soient honorées) et prend possession des lieux à l’été 2008. « Pour lui, explique un ami, c’était la maison du bonheur, avec ses cinq bungalows où il pouvait loger du monde en permanence. Laeticia et lui aimaient ce côté auberge espagnole. Et n’étaient pas vraiment regardants à la dépense. » La villa Jade ne leur appartient pas tout à fait. Ils en ont l’usage en août et en décembre janvier. Le reste du temps, la demeure est proposée par Eden Rock Villa Rental (une agence de luxe) à la location pour 4 000 euros la nuit, avec un minimum de huit nuits. Après la disparition de Johnny, Laeticia a momentanément suspendu cet accord.

© Gilles Bensimon

Depuis 2009, en effet, la jeune femme a progressivement pris le contrôle des affaires de son époux. Avec son consentement. Après la signature de son contrat avec Warner, Johnny commence à se refaire une santé financière. Les arriérés d’impôts sont réglés, l’argent rentre à nouveau. À Los Angeles, il peut fréquenter les meilleurs restaurants, partir un week-end à Santa Fe. Une vie « normale » pour le plus anormal des chanteurs. Début 2010, après la sortie du coma de Johnny, Laeticia fait le ménage. Les copains historiques sont mis à la porte du jour au lendemain. Johnny se sépare également de Pierric Le Perdriel et fait enfin appel à un manageur, l’agent historique de NTM et de JoeyStarr, Sébastien Farran, qui se prend très vite d’amitié pour le couple. Quand il est à L.A., Farran vit chez Johnny. Et c’est lui qui lui conseille de monter sa propre société, Born Rocker Tour, en 2013, pour produire ses concerts à venir. Johnny écoute, signe ce qu’on lui donne à signer.

 

Le rockeur, sentant sa mort prochaine, vire le 2  décembre les 75 000  euros de son compte courant sur celui de son épouse

 

« Seb lui a fait un bien fou, parce qu’il l’a déchargé de tout un tas de trucs dont il ne voulait plus entendre parler », estime-t-on dans son entourage. C’est aussi l’année où Johnny et Laeticia obtiennent la carte verte qui fait d’eux une famille résidente américaine. C’est encore Farran qui est à la manœuvre pour l’album hommage des jeunes artistes On a tous quelque chose de Johnny, paru en novembre dernier chez Universal. La maison de disques est à la manœuvre pour tenter de faire revenir Johnny chez eux. Après tout, ses chansons les plus célèbres appartiennent en partie à la firme. En mai, les quatre directeurs de label d’Universal vont dîner à Pacific Palisades. En septembre, Johnny donne son accord pour un nouveau contrat qui prévoit une avance de 10 millions d’euros. Mais quand Vincent Bolloré demande un bilan de santé complet de l’artiste, celui-ci fait marche arrière.

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Le rockeur, sentant sa mort prochaine, vire le 2 décembre les 75 000 euros de son compte courant sur celui de son épouse. « Johnny n’a jamais rendu de comptes à qui que ce soit, rappelle un intime. Il détestait être attaqué sur les histoires d’argent, parce qu’il a passé sa vie à courir après. » Quand Laura et David revendiquent un quelconque droit de regard sur le disque posthume, dont la sortie est désormais en suspens, le clan Hallyday se défend : « C’est Laeticia qui a porté ce disque, qui était tous les jours à côté de lui en studio avec Maxim Nucci. Et c’est ce projet qui a permis à Johnny de tenir, malgré la maladie. » Longtemps donc il sera dit que Johnny a déshérité ses aînés. Lui qui a choisi jusqu’à sa propre mort ne s’est jamais laissé dicter quoi que ce soit. En homme libre. Jusqu’au bout.

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