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Gilles Vandeweerd, meilleur espoir masculin du cinéma belge

Gilles Vandeweerd

L'acteur liégeois crève l'écran au cinéma dans le dernier Jean Becker | © Benoît Do Quang

People et royauté

Gilles Vandeweerd était promu à un brillant avenir dans le management, avant de décider d'envoyer valser ses études à Solvay pour se lancer dans la comédie il y a 5 ans. Un potentiel scénario catastrophe que le comédien liégeois, à l'affiche du dernier Jean Becker, a transformé en pari gagnant. 

Il a beau avoir donné la réplique à Marie Gillain dans Souviens-toi, Suzanne Clément dans La Forêt , Nicolas Duvauchelle ou encore François Cluzet, Gilles Vandeweerd est loin d'être blasé. Au contraire : à l'écouter parler, tout est "formidable" et "incroyable", et il est difficile de ne pas se laisser gagner par son enthousiasme. Venu au cinéma et à la télévision par le biais du théâtre, il en a gardé une certaine façon d'habiter l'espace, et c'est avec force gesticulations qu'il se raconte dans un café du centre de Liège; la ville qui l'a vu grandir et dont il s'est éloigné pour mieux se retrouver.

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Car si Gilles a lui aussi quitté sa province à 18 ans, ce n'était en effet pas le coeur léger. Un père vétérinaire, une mère kiné, une soeur avocate et un frère parti pour suivre les traces paternelles : quand Gilles hésite sur son avenir au sortir des humanités, c'est par élimination qu'il se retrouve à Solvay; parce qu'il est bon en maths et qu'il faut bien faire quelque chose de sa vie. Sauf que le jeune Liégeois a beau enchaîner les succès académiques, le coeur n'y est pas, et lors de son blocus de Noël 2012, c'est l'épiphanie.

Gilles Vandeweerd
Benoit Do Quang

"Un soir, j'étais en train d'étudier mon cours de finances publiques, puis j'ai posé mon bic et je me suis dit stop. Je n'oublierai jamais ce moment, j'ai téléphoné à mon meilleur ami et à ma soeur pour leur dire que j'arrêtais et ils m'ont tous les deux encouragé. C'est le lendemain que ça a été moins drôle, quand il a fallu prévenir mes parents", se souvient Gilles Vandeweerd avec un sourire en coin. Pas facile, en effet, de passer de la sécurité d'emploi assurée à un métier notoirement difficile d'accès. Et moins facile encore pour des parents inquiets d'accepter ce choix. "Mes parents ont flippé par amour pour moi, ils pensaient que je perdais la tête et que je ne me rendais pas compte de la réalité de la vie". Restait à leur prouver qu'ils avaient tort, une tâche à laquelle le jeune Liégeois s'est attelé sans tarder.

De Solvay au Cours Florent

"J'ai d'abord bien angoissé, parce que je savais ce que je voulais faire, mais je ne savais pas comment y arriver. Heureusement, quelques mois après ma décision, un concours a été organisé dans le cadre du Festival du Film Policier de Liège, avec à la clef, une formation au Cours Florent. Je n'ai pas gagné, mais je leur ai suffisamment tapé dans l'oeil pour remporter un stage à Paris, où on m'a proposé d'intégrer le cours en 2e année. Au même moment, Bruxelles ouvrait sa filière du Cours Florent, et même si ça voulait dire commencer en 1e, j'ai choisi de m'inscrire là-bas". Une décision que l'acteur ne regrette pas.

 

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Benoit Do Quang

"Au début, c'était compliqué parce que tout le monde se connaissait et moi je sortais de nulle part. J'ai décidé de me donner à fond pendant trois ans, sans compter mes heures. En parallèle de mes cours, je travaillais dans un café-théâtre à Liège, La Bouffonnerie, et il m'arrivait souvent de partir de chez moi à 6h15 et de ne pas rentrer avant 1h du matin pour mieux recommencer le lendemain". D'aucuns y verraient de la torture, Gilles, lui, est galvanisé: "c'était incroyablement intense, et parfois, ce rythme de fou où je ne faisais que jouer me manque". Car si en ce moment, le jeune acteur semble être partout, des écrans de télévision aux salles de cinéma, il s'agit là d'un hasard de calendrier, en contraste avec le calme de ces derniers mois. "C'est un métier compliqué, parce que tout ce qui sort maintenant, je l'ai tourné il y a un an. Il y a parfois des périodes de désert professionnel, c'est assez déroutant". Tout comme cette célébrité toute fraîche avec laquelle il lui faut désormais jongler.

Nouveau regard

"Depuis que j'ai tourné "Souviens-toi" avec Marie Gillain, je sens que le regard que les gens du métier portent sur moi a changé. On voit qui je suis, les directeurs de casting me disent qu'ils sont très contents de me voir, c'est dingue. En parallèle, il y a aussi plein de gens qui se rappellent à mon bon souvenir, et dont j'avais oublié qu'on était meilleurs potes... Mais au final, ça reste très gentil, il y a beaucoup de curiosité. Les gens s'en foutent de savoir comment je joue, ils veulent savoir si Marie Gillain et François Cluzet sont sympas et je ne les blâme pas, à leur place, je ferais pareil". Sauf que désormais, Gilles est de l'autre côté de l'appareil.

La première fois qu'on m'a arrêté dans la rue pour me demander une photo, c'était assez embarrassant : j'ai été tellement surpris que je n'ai pas compris que la personne voulait un selfie avec moi et je lui ai dit "bien sûr, donnez moi votre téléphone, je vais vous photographier".

En 7 pièces, deux films et deux séries télé, Gilles Vandeweerd s'est prouvé qu'il avait eu raison de se lancer, et en a profité pour faire taire ceux qui doutaient du bien fondé de son changement radical de carrière. Un temps inquiet, ses parents sont aujourd'hui ses premiers fans, et Gilles avoue en riant qu'ils viennent voir ses pièces tellement souvent qu'au bout de la quatorzième fois, il doit leur dire que ça ne sert à rien et que le scénario ne change pas. De son tournage avec Suzanne Clément, égérie de Xavier Dolan à qui il donne la réplique dans la série La Forêt, il confie avoir réalisé un rêve, celui de jouer avec son "actrice préférée au monde". Autre rêve : celui de figurer au générique du Collier Rouge, le dernier film de Jean Becker, scion d'un monument du cinéma français dont Gilles a dévoré les films.

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"Tourner avec Jean Becker, c'est incroyable : il est de la vieille école, et il ne filme qu'avec la lumière du jour. Concrètement, ça veut dire qu'il y a des jours où on a attendu sur le plateau de 11h à 20h sans rien tourner parce qu'il n'y avait pas la bonne lumière. C'est quelqu'un de très exigeant et d'incroyablement humain, comme Nicolas Duvauchelle et François Cluzet, d'ailleurs". De ceux avec qui il partage l'affiche dans Le Collier Rouge, Gilles dit qu'ils sont "des crèmes" ajoutant que d'expérience, "souvent, plus l'acteur va être connu, plus il va être humble et accessible. En règle générale, ce sont plutôt les célébrités moins connues qui vont avoir un ego impossible". Une règle dont l'acteur liégeois est fort heureusement l'exception.

Gilles Vandeweerd
Benoit Do Quang

Depuis qu'il est apparu sur M6 et France 3 mais aussi au théâtre et au cinéma, il reçoit de plus en plus de messages sur les réseaux sociaux et avoue être souvent embarqué "dans 14 000 discussions à la fois. Je suis très poli, je réponds toujours aux messages qu'on m'envoie, mais parfois, c'est compliqué à gérer". D'autant que si la progression de sa carrière continue à l'avenant, Gilles risque de ne bientôt plus être en mesure de répondre à toutes les sollicitations. Une perspective qu'il anticipe avec un enthousiasme mâtiné d'un soupçon de saine angoisse : "je sens que je suis au bord de quelque chose. Je ne veux pas m'emballer, mais c'est clair qu'en ce moment, je me trouve à un des plus grands carrefours de ma vie". Et la route vers le succès semble toute tracée.

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