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Franck Dubosc : "Laissez-moi une chance de vous étonner"

Franck Dubosc. © Patrick Fouque / Paris Match

People et royauté

Dans Tout le monde debout, l’humoriste met en scène un premier film tendre sur l’histoire d’amour entre un dragueur et une femme paraplégique, incarnée par Alexandra Lamy. Une bonne surprise.

 

Paris Match. Vous traitez du handicap dans votre film. D’où vous est venue cette idée ?
Franck Dubosc. Elle est en fait au carrefour de plein de choses dans ma vie. Et puis aussi, pouvoir faire un croche-pied au personnage de dragueur qui me colle à la peau. Parfois, je me suis trouvé lâche face aux autres. Alors, oui, le film évoque le handicap mais, surtout, il parle d’un homme sans courage, et des choses qui vont le faire changer profondément.

C’est un film très tendre mais à l’humour parfois cash, notamment cette scène où vous interrogez des handicapés sur leur quotidien…
Je l’ai réduite dans le montage final du film car elle était encore plus longue. Je crois qu’il fallait y aller, sans se voiler la face, quitte à déstabiliser ou choquer. Je ne voulais rien m’interdire mais ne pas tomber dans le voyeurisme. Dire qu’il y a un humain derrière le handicap, c’est très beau mais aussi très démago si on ne va pas jusqu’au bout du propos. Il faut explorer le fond du sujet si l’on veut pouvoir, même un peu, faire évoluer les esprits. La maturité aidant, je m’autorise davantage cet humour dérangeant au cinéma et sur scène. Surtout, je suis prêt aujourd’hui à assumer les critiques.

Quelles sont vos influences en comédie ?
Les frères Farrelly, les frères Coen. Mel Brooks aussi, même si je n’ai pas vu tous ses films. J’aime ce type d’humour qui peut paraître différent du mien, je le conçois.

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L’autre bonne idée de votre film est le choix d’Alexandra Lamy, une actrice plutôt éloignée de votre univers.
Je ne trouve pas. Je cherchais une femme populaire, solaire, jolie et qui puisse entrer dans mon univers. Eric Lavaine, avec qui j’ai tourné trois films, m’a toujours dit : “Alexandra, c’est toi en fille.” Elle s’est beaucoup investie, elle a beaucoup travaillé le handicap mais aussi le violon, ou le tennis. Elle a le talent de préparer ses rôles sans que cela se voie à l’écran.

La bande annonce de "Tout le monde debout"

Au Festival international du film de comédie de l’Alpe-d’Huez, dont vous avez présidé le jury, on a beaucoup vu de films sociétaux. C’est une tendance lourde selon vous actuellement dans le cinéma français ?
Ce sont plutôt des films avec du fond, des tragi-comédies. Elles ont beaucoup surfé sur les questions ethniques ces dernières années et elles s’engagent désormais sur des thèmes plus universels. Prenez “La finale” de Robin Sykes, où Thierry Lhermitte joue un grand-père atteint d’Alzheimer. C’est l’exemple parfait qui n’a pas peur d’émouvoir. J’ai d’abord écrit une trame dramatique avant d’y infuser de la comédie. Et finalement, plus le montage et les premières projections avançaient, plus j’ai coupé ces éléments comiques. Je me suis rendu compte que le réel traité avec tendresse suffisait à déclencher les rires.

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La critique, pas tendre avec vous, accueille votre film de manière plutôt positive. Cela vous surprend ?
Je l’espérais en tout cas, car c’est la première fois que je propose quelque chose de différent et surtout de très personnel. J’ai beaucoup parlé de ce projet, parfois presque pour me défendre de certaines choses que j’ai pu faire auparavant. C’était mon “Laissez-moi une chance de vous étonner”. J’ai commencé au cinéma avec un personnage certes populaire mais qui ne force pas l’admiration. C’est un mec en maillot de bain dans un camping. Et puis, j’ai appris mon métier d’acteur de cinéma au fur et à mesure.

Votre personnage de “Camping” vous correspond-il encore ?
Patrick Chirac, je l’ai joué dans le premier film sans le dominer. Puis, dès le deuxième volet, j’ai pris la liberté de le faire évoluer à ma guise. Il est devenu plus émouvant, plus poétique. S’il y avait un “Camping 4” aujourd’hui, Patrick serait sûrement trop éloigné de ce qu’en attend le public. Donc, c’est très peu probable qu’il revienne.


« Tout le monde debout », en salle actuellement.

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