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Brigitte Bardot : « Serge était ma passion et moi sa muse »

L’homme à tête de chou a su séduire la plus belle femme du monde. Les deux amants répètent « Bonnie and Clyde » pour le « Bardot Show » qui sera télédiffusé le jour de l’An 1968. © Patrice HABANS / PARISMATCH

People et royauté

Entre Brigitte Bardot et Serge Gainsbourg, ce fût une histoire d’amour à la folie mais aussi la rencontre de deux artistes. 

À cette époque, Brigitte était mariée à Jacques Charrier. Elle était enceinte de huit mois et venait de signer le contrat de « La vérité », qui allait devenir son meilleur film. Henri-Georges Clouzot, tyrannique et intraitable, n’avait pas retenu Jean-Paul Belmondo pour le premier rôle masculin. C’est Sami Frey qui l’obtint… Brigitte vivra une histoire d’amour torride avec son partenaire.

Fou de rage, Jacques Charrier voulut interdire à Brigitte de faire le film au prétexte que le scénario allait déshonorer sa femme ainsi que lui et le reste de sa famille. Brigitte l’ignora. Le couple vécut des affrontements réels, jusqu’à une tentative de suicide qui laissa des traces psychologiques importantes.

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La naissance était imminente. Charrier fut appelé sous les drapeaux en septembre 1959. La guerre d’Algérie était à son paroxysme. Le long-métrage « Babette s’en va-t-en guerre » sur le tournage duquel Brigitte avait rencontré son mari, sortit simultanément dans les salles.

Pour fêter la venue au monde de son fils, Jacques Charrier reçoit journalistes et photographes au Royal Passy. © Philippe LE TELLIER / Paris Match

Comme toutes les célébrités de l’époque, Bardot réserva une chambre à la clinique du Belvédère à Boulogne-Billancourt pour son accouchement. Mais elle n’avait pas imaginé la déferlante médiatique qui allait s’abattre sur elle ! Témoin de l’événement irrationnel, j’avais vu, depuis la mi-décembre 1959, des dizaines de photographes de presse, des reporters radio français et étrangers, des cameramen de tous les pays commencer à planquer jour et nuit sur les trottoirs du 71 avenue Paul-Doumer, à Paris.

Dans la nuit du 10 janvier 1960 à 2 h 10, dans son salon transformé en unité médicale, Brigitte mit au monde un beau bébé de 3,5 kg

Les chambres de service du quartier furent louées à prix d’or. De là, des journalistes braquaient leurs téléobjectifs sur les fenêtres de la star, en rêvant de les voir s’ouvrir. Mais les volets de fer restaient désespérément clos. Brigitte vivait prisonnière chez elle. Elle tournait en rond comme une lionne en cage. Sur le point de mettre au monde son enfant, elle vivait comme une bête traquée. Impossible pour elle de sortir, à peine l’espace d’une demi-heure quotidienne pour prendre l’air. En 1996, dans ses Mémoires, « Initiales B.B. », elle écrira : « Devant ce raz-de-marée journalistique international qui en aucun cas ne m’aurait permis de partir en clinique au jour J sans une manifestation hurlante, flashante et horrifiante, mon médecin, mes parents, mon mari et moi-même dûmes prendre des mesures immédiates. Il fallait installer une salle d’accouchement dans l’appartement d’en face, réservé au bébé ».

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Dehors, sur le trottoir, plus de 200 représentants de la presse internationale occupaient les lieux, 24 heures sur 24. Les voisins de la comédienne, furieux de cette invasion, faisaient régulièrement appel aux forces de l’ordre, sans grand résultat.

Dans la nuit du 10 janvier 1960 à 2 h 10, dans son salon transformé en unité médicale avec son médecin et trois infirmières, Brigitte mit au monde un beau bébé de 3,5 kg. Le lendemain matin, 11 janvier, « l’émeute » devant sa porte atteignit son paroxysme. Pas une voiture qui ne fasse hurler son avertisseur sonore en passant dans la rue, les bouquets de fleurs arrivaient par centaines. Jacques Charrier descendit au café du coin où l’attendaient des dizaines d’envoyés spéciaux et déclara : « J’ai un fils, il est grand comme ça [en écartant les bras] et s’appelle Nicolas, je suis le plus heureux des pères ». Ce que le monde ignorait, c’est la réaction de rejet de Brigitte, épuisée par les conditions surréalistes de cette naissance et toute l’agitation indécente autour d’elle, qui sembla dédaigner son nouveau-né. Elle l’écrira plus tard : l’arrivée rocambolesque de ce bébé était la cause directe d’une « bardolâtrerie » invivable.

Nicolas sera élevé et éduqué par son père, mais des liens filiaux s’établirent entre elle et son enfant, qui ne seront jamais rompus. J’en fus le témoin au cours de l’été 1980. Venus passer quelques jours à La Madrague, nous avons assisté avec des amis à une scène d’une grande tendresse. Magnifique et solaire dans l’éclat de ses 20 ans, Nicolas était venu passer des vacances auprès de sa mère. Un matin, au cours du petit déjeuner, nous l’avons vu tel un chaton blotti contre Brigitte, si féline. Ils riaient et plaisantaient dans une connivence affective précieuse. Inoubliable !

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Face à face, Serge et Brigitte étaient très intimidés l’un par l’autre

On ne se rappellera pas non plus, sans émotion, la pluie de roses qui s’abattit quelques années plus tard sur La Madrague, lancée depuis un hélicoptère par Gunter Sachs, couronnement de la cour effrénée que fit le milliardaire allemand à la star française, lui demandant sa main dans la foulée. Brigitte, fascinée par ses extravagances, accepta, comme on fait sauter un jéroboam de champagne ! Un mariage hors norme l’attendait. Son futur mari proposa un tour du monde. L’actrice et le playboy embarquèrent sur Air France, sous un faux nom : Gunter devint un certain M. Sahatz et le billet de Brigitte avait été émis au nom de Mme Bordat. Première escale : Las Vegas, le 13 juillet 1966. Après quelques heures passées dans la capitale du jeu et des noces minute, Gunter choisit le 14 juillet pour passer la bague au doigt de sa promise. À 1 h 30 du matin, heure française, Bardot devint Mme Sachs, le jour de la fête nationale…

Gainsourg et BB dans la peau de « Bonnie and Clyde » © DR

Le voyage se poursuivit en Polynésie, avec un passage obligé par Bora Bora. La nouvelle de leur mariage fut dévoilée et l’ensemble des journaux de la planète titra sur cette union très « people ». Certains notèrent que Brigitte se mariait tous les sept ans : Roger Vadim en 1952, Jacques Charrier en 1959, Gunter Sachs en 1966 ! Leur mariage leur procura de jolis moments, mais ils connurent des épisodes douloureux et traversèrent des tempêtes. Brigitte découvrit que son célèbre mari était aussi un époux volage… C’est ainsi que, contre toute attente, un certain Serge Gainsbourg entra dans son existence. En effet, au-delà de sa carrière au cinéma, Brigitte connaissait un très joli succès en chansons, parmi lesquelles « La Madrague ».

L’idée de composer pour l’actrice germa dans l’esprit de Gainsbourg, poète et bohème, en avance sur les modes. Il sollicita un rendez-vous qu’elle lui accorda, chez elle. Face à face, Serge et Brigitte étaient très intimidés l’un par l’autre. Le musicien se mit au piano et joua les premières mesures de « Harley-Davidson ». Brigitte ne connaissait rien au monde de la moto et fredonna sans trop y croire « Je n’ai besoin de personne / en Harley-Davidson »… Pour détendre l’atmosphère, Serge proposa une coupe de champagne. Alors Brigitte, imperceptiblement, se laissa aller. Avec insolence et sensualité, elle se mit à chanter ce qui allait devenir un énorme tube. Serge était heureux, Brigitte riait aux éclats. Le lendemain, il lui faisait livrer une caisse de dom-pérignon. Entre eux la glace était plus que rompue.

Entre Serge et moi ce fut une immense passion comme un incendie de forêt qui brûle tout.

C’est au studio Barclay, avenue Foch, que fut enregistré le clip sulfureux où Brigitte, ses longues jambes gainées de cuissardes, chevauche la célèbre moto. A cette période de sa vie, l’échec de son dernier mariage la crucifiait. Elle avait un besoin viscéral d’être aimée, désirée, d’appartenir corps et âme à un homme qu’elle puisse admirer et qui la respecte. Entre Gainsbourg et Bardot commença un amour fou.

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Quelques années plus tard, Brigitte me confia à propos de Serge : « Entre lui et moi ce fut une immense passion comme un incendie de forêt qui brûle tout ». Et elle me raconta la genèse de « Je t’aime moi non plus », œuvre qui fit scandale. Un soir, elle demanda à Serge de lui écrire la plus belle chanson d’amour au monde. Alors qu’elle allait s’assoupir, Gainsbourg créa la musique et les paroles uniques de cette ballade sulfureuse. Elle ne fut pas, comme on le croit, composée pour Jane Birkin, qui la chantera plus tard, mais bel et bien pour Brigitte, qui écrira : « De ce jour, de cette nuit, de cet instant, aucun autre être, aucun autre homme, ne compta pour moi. Il était mon amour, me rendait la vie. Il me faisait belle. J’étais sa muse ». Ils enregistrèrent ensemble le titre chez Barclay, côte à côte, se tenant la main, sans autre témoin que le technicien du son. Cependant, au-delà de cette passion qui la dévorait, Brigitte restait l’épouse de… Gunter Sachs !

Un nouvel épisode très délicat se profila, à la veille de la sortie prévue du disque sur lequel devait se trouver « Je t’aime moi non plus », chanté par Brigitte et Serge. L’apprenant, Gunter menaça sa femme d’un scandale judiciaire à même de ternir définitivement son image si le titre était mis en vente et diffusé sur les antennes. Gainsbourg accepta donc de supprimer la chanson de son 33-tours. La bande originale fut enfermée dans les coffres de la firme Philips. En 1969, Serge offrit la balade à la nouvelle femme de sa vie, Jane Birkin, qui l’enregistra à son tour et en fit un succès mondial. Gainsbourg est mort – seul – chez lui, rue de Verneuil à Paris, en 1991. Près d’une photo grandeur nature de Brigitte, toujours en place dans son salon noir.

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