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The Rock, le nouveau poids lourd de Hollywood

A Venice Beach. Ils n’ont pas encore ses muscles, mais déjà ses tatouages : des motifs tribaux liés aux origines polynésiennes de l’acteur. © DR

People et royauté

Dwayne Johnson, ancienne star du catch, est le successeur de Stallone et de Schwarzenegger. Son arme fatale : il est costaud, rigolo... Et ambitieux : après Trump, tout est possible en Amérique, et il envisage sérieusement de se lancer dans la campagne en 2024.

The Rock pèse beaucoup moins que son compte en banque : 120 kilos pour 185 millions d’euros, car l’ancien catcheur a été en 2017, selon Forbes, deuxième acteur le mieux payé au monde. L’Amérique sait récompenser ses héros bodybuildés. Certains diront qu’il a surtout joué dans des navets. Mais grâce aux blockbusters Fast & Furious, Jumanji ou Baywatch, il a, en quelques années, su imposer son style. Au point d’avoir son étoile sur Hollywood Boulevard, à Los Angeles. Un succès d’autant plus enivrant que son passé, lui, tient plutôt du parcours du combattant.

L’enfance, d’abord. Né à Hayward, en Californie, Dwayne Johnson fait partie d’une dynastie de catcheurs professionnels. On lui a promis davantage de sueur et de stéroïdes que de tapis rouges hollywoodiens ! Son grand-père Peter Maivia était une des figures du ring dans les années 1960 ; sa grand-mère Lia, originaire des Samoa, en Polynésie, organisait des matchs ; quant à son père, Rocky Johnson, il a connu ses heures de gloire au Canada entre 1970 et 1980. Une lignée d’athlètes qui, enfant, le faisait rêver : « Jusqu’à l’adolescence, je ressemblais à une espèce de grande tige, pas très virile ! À 10 ans, j’avais une coupe de cheveux afro, les filles se moquaient de moi, les garçons voulaient me botter les fesses. Je suis allé voir mon père et je lui ai demandé de m’inscrire dans une salle de gym. Il aurait préféré que je sois médecin ou avocat ! »

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Car chez les Johnson, on a peut-être le catch dans la peau, mais le frigo, lui, reste désespérément vide. A cette époque, la discipline génère peu de profits. Les exploits de Rocky Johnson lui rapportent à peine 500 dollars par mois, qu’il investit dans le crédit d’un petit deux-pièces à Tampa, en Floride. La famille déménage à Hawaii. Décor idyllique et finances cauchemardesques… « Un jour, en revenant chez nous, mes parents ont trouvé un verrou posé sur la porte. C’était le propriétaire qui l’avait mis car nous ne pouvions plus payer le loyer. On était à la rue ! »

Il a 15 ans lorsque cette misère semble atteindre un point de non-retour. Un traumatisme dont il se souvient avec angoisse : « Ma mère a essayé de mettre fin à ses jours sous mes yeux. Elle est sortie de la voiture alors qu’on était sur l’autoroute, à Nashville, et s’est mise à marcher face aux voitures qui arrivaient. Des semi-remorques ont fait des écarts pour l’éviter. J’ai dû la rattraper et la tirer sur le bas-côté ». Lui-même perd pied. Il intègre une bande de délinquants, vole, conduit sans permis, se bagarre et finit souvent au commissariat. Son avenir de gros dur semble tout tracé.

C’est par le sport, et grâce à un homme, qu’il trouvera son salut : « J’étais au lycée Freedom High School de Bethlehem, j’avais encore fait une connerie. Je suis allé m’excuser le lendemain auprès de l’enseignant, Jody Cwik, qui était également coach de l’équipe de foot américain de l’école. Au lieu de me punir, il m’a longuement serré la main et a décidé de m’enrôler. Je n’oublierai jamais ce moment. À partir de là, tout a changé. Mes notes se sont améliorées, ma façon de réfléchir a évolué ». Finies les sorties et les mauvaises fréquentations. Il s’entraîne tous les jours. Des efforts récompensés. Dwayne obtient une bourse et intègre, à 19 ans, l’université de Miami. Mais des blessures à répétition mettent un terme à son rêve de gloire. Retour à Tampa. C’est la déprime. Il ne voit pas d’autre solution que devenir catcheur, comme papa. Dwayne doit d’abord changer ses habitudes, pousser son corps et son mental au-delà de leurs limites. Lever à 4 heures du matin, une ou deux séances de sport dans la journée, entre 6 000 et 8 000 calories de repas protéinés, pas de sucres. Le quotidien d’un ascète. Repéré par la WWE, plus grande fédération organisatrice de combats de catch, il devient rapidement une star et gagne son surnom de « The Rock ».

En quelques années, Dwayne Johnson remporte sept fois le titre de champion de la WWE, l’un des plus prestigieux dans sa catégorie. Et bien d’autres encore : deux fois champion du monde de la WCW, deux fois champion intercontinental de la WWF, vainqueur du tournoi Deadly Games. Sa vie professionnelle est au top, comme sa vie personnelle. Il a 25 ans, tout lui réussit enfin. Il se marie en mai 1997 avec son amour de jeunesse, Dany Garcia. Ensemble ils ont une fille en 2001, Simone Alexandra. L’année suivante, la WWE crée ses studios de production pour promouvoir ses athlètes dans des longs-métrages. Dwayne est le premier choisi pour incarner le rôle principal du film Le roi Scorpion. Le succès est immédiat. Plus de 165 millions de dollars de recette dans le monde. Du jour au lendemain, l’apprenti est devenu un poids lourd dans l’industrie du cinéma. Un pari osé pour celui qui n’a jamais pris un seul cours de théâtre ! Heureusement, il y avait eu le catch. « Les combats sont filmés, donc j’ai dû apprendre très tôt à dompter la caméra et à jouer avec elle. Je me suis entraîné à faire des grimaces, à moduler mon visage pour galvaniser le public et les téléspectateurs. Tout cela me sert dans ma carrière de comédien ».

Il serait plus réaliste d’envisager l’élection de 2024. Mais c’est une réelle possibilité. Je suis actuellement dans une position où je peux avoir une influence.

Mais arriver si vite au sommet n’est pas gage de durée. Vient le temps des échecs commerciaux. Classé dans la catégorie ringard, le catcheur comédien est prêt à tout pour se donner une nouvelle image. Quitte à s’afficher en tutu rose bonbon dans la comédie « Fée malgré lui ». Son capital sympathie gonfle et ses punchlines enflamment. Il devient un personnage culte. Qu’importe s’il ne gagne pas toujours la reconnaissance de ses pairs, il surfe sur sa popularité. L’ancien cancre se transforme en businessman avisé. Il crée sa ligne de vêtements, apparaît dans de nombreuses publicités, puis monte sa boîte de production, Seven Bucks (Sept Dollars) : toute sa fortune au début de sa carrière. Parallèlement, il exploite les réseaux sociaux, poste des photos et des vidéos amusantes, n’hésite pas à se tourner en ridicule. Son nombre d’abonnés explose sur son compte Instagram. Ce qui n’empêche pas son mariage de prendre l’eau. Après dix-sept années de vie commune, il divorce en 2007. Dany, qui jusqu’à présent gérait ses affaires, continue pourtant à travailler à ses côtés. Pas de drame ni de bataille financière entre les anciens amants qui sont restés amis.

Cette même année, il fait la connaissance de Lauren Hashian, une jeune chanteuse de hip-hop de douze ans sa cadette. Elle est la fille du célèbre batteur d’origine arménienne Sib Hashian, du groupe de rock Boston. Ils se rencontrent sur le tournage du film Maxi papa. C’est le coup de foudre. Dwayne a retrouvé son équilibre. En 2015 naît Jasmine Lia, leur premier enfant, puis, en avril 2018, une seconde petite fille, Tiana Gia. Les photos de famille se partagent sur les réseaux sociaux, accompagnées de grandes déclarations : « J’ai été élevé entouré de femmes aimantes et puissantes. Mais, après avoir assisté à la naissance de Tia, j’ai du mal à exprimer ce nouveau degré d’amour, de respect et d’admiration que j’ai pour Lauren ! »

Dwayne Johnson
Dwayne Johnson avec sa femme Lauren Hashian et leur fille, Jasmine. © Lionel Hahn/ABACAPRESS.COM

L’ancien délinquant est devenu une icône de la culture pop américaine. Héros de sa propre vie, il est aussi celui de toute une génération. De là à l’imaginer président des Etats-Unis… Une carrière qui ne lui déplairait pas : « Je suis très attaché à notre pays et j’ai un profond respect pour notre peuple, surtout en ce moment. Mais lorsqu’on regarde mon agenda… il est rempli jusqu’en 2020, voire 2021. Il serait plus réaliste d’envisager l’élection de 2024. Mais c’est une réelle possibilité. Je suis actuellement dans une position où je peux avoir une influence ». Après Ronald Reagan, le cow-boy, et Donald Trump, la star de la télé-réalité, pourquoi pas un chasseur de monstres à la Maison Blanche.

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