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Décédé il y a 25 ans, le roi Baudouin était le « symbole de l’unité nationale »

Le roi Baudouin durant le discours de Noël. | © BELGA ARCHIVES

People et royauté

Il y a 25 ans, le 31 juillet 1993, la Belgique se réveillait orpheline de son Roi. Retour sur les moments d’intense émotion après la mort de Baudouin 1er.

« Le Roi des Belges Baudouin 1er est mort« . C’est par ces quelques mots que l’agence de presse espagnole EFE annonçait, le dimanche 1er août 1993 vers 00h30, le décès du roi Baudouin, survenu la veille au soir, à la suite d’un arrêt cardiaque, dans la résidence Astrida à Motril, en Espagne, où le souverain et la reine Fabiola passaient leurs vacances. La nouvelle, officiellement confirmée peu après 1 heure du matin par un communiqué laconique du Premier ministre belge, Jean-Luc Dehaene, va se répandre au fil des heures comme une onde de choc dans la population. Dès le lendemain, et pendant les jours suivants, des centaines de milliers de personnes vont s’associer au deuil de le famille royale et rendre à leur manière un dernier hommage au roi défunt. Le frère du Roi, le prince Albert, et la princesse Paola rejoignent l’Espagne depuis la France, où ils étaient en vacances. Après un bref conseil des ministres extraordinaire réuni le dimanche matin, le Premier ministre et le ministre de la Justice s’envolent également vers l’Espagne.

En soirée, à son retour en Belgique, Jean-Luc Dehaene s’adresse à la population dans un message télévisé pour l’inviter, à la surprise générale, à « se regrouper autour du successeur constitutionnel du Roi, le prince Albert« . Depuis plusieurs mois, des rumeurs laissaient en effet entendre que le prince Philippe, le neveu du roi Baudouin, lui succèderait un jour.

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Le gouvernement décrète en outre un deuil national jusqu’au 7 septembre, jour où le roi Baudouin aurait fêté son 63e anniversaire. Dès le lendemain, cette période de deuil est néanmoins ramenée à huit jours à la demande de la Reine Fabiola, conformément aux voeux du Roi défunt. Les funérailles sont fixées au samedi 7 août à la cathédrale Saint-Michel.

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Le Roi Baudouin et la Reine Fabiola en 1980, devant le Château de Laeken. © BELGA PHOTO ARCHIVES

À la toute fin de cette longue journée du 1er août, vers 23h30, un avion de la Force aérienne rapatrie la dépouille du roi Baudouin. À l’aéroport de Melsbroek, la reine Fabiola, le prince Albert et la princesse Paola sont accueillis par les membres du gouvernement fédéral, les présidents des entités fédérées et des assemblées parlementaires et les représentants du pouvoir judiciaire.

Un pays en deuil

Une foule déjà dense, qui durant toute la journée s’était massée devant le Palais de Bruxelles pour manifester son attachement au souverain décédé, attend devant les portes du Château de Laeken, où la dépouille mortelle est acheminée vers minuit trente. Elle y reposera trois jours durant, avant d’être transférée au Palais de Bruxelles, afin de permettre, jusqu’au jour des funérailles, aux autorités du pays mais aussi à des milliers d’anonymes de s’incliner une dernière fois devant le roi Baudouin.

Entre l’annonce du décès du Roi Baudouin survenu le samedi 31 juillet au soir et la célébration de ses funérailles en la cathédrale Saint-Michel le samedi suivant, le pays tout entier va partager un deuil marqué par l’ampleur de l’émoi de la population. Jours et nuits, des milliers de Belges se rassemblent devant le Palais de Bruxelles pour témoigner leur sympathie à la famille royale et honorer la mémoire du souverain défunt. Pendant toute la semaine, bouquets de fleurs, bougies et messages de condoléances s’amoncellent devant les grilles du palais, où en raison de la densité de la foule en ces chaudes journées d’été, certaines personnes sont prises de malaises voire d’évanouissements et doivent être évacuées par la Croix-Rouge.

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Un des moments d’intense émotion de cette semaine de deuil sera le mercredi 4 août, jour de la translation de la dépouille du roi Baudouin depuis le Château de Laeken vers le Palais de Bruxelles. Le cortège va parcourir le chemin que le Roi effectuait chaque jour entre son lieu de résidence à Laeken et la place des Palais à Bruxelles où il a exercé ses fonctions de chef de l’Etat pendant les 43 ans de son règne. Tout au long du parcours, une population nombreuse s’est massée, qui manifeste son émotion par des applaudissements discrets. De nombreux immigrés vivant dans les communes que traverse le cortège participent au deuil des Belges en arborant des photographies du Roi Baudouin à côté du drapeau de leur pays d’origine.

BELGA PHOTO FILES
BELGA PHOTO FILES

La foule s’amplifie encore le jeudi, premier des deux jours réservés au public pour s’incliner devant la dépouille du roi défunt au Palais royal de Bruxelles. De nombreuses personnes n’hésitent pas à attendre pendant plus de huit heures, certaines allant jusqu’à passer la nuit devant le Palais, pour voir le cercueil ouvert où repose le souverain, gardé par quatre militaires.

Le roi Baudouin, ce pacifiste populaire

Si la population est unie dans le deuil, le monde politique est lui aussi vivement ému par la mort du roi Baudouin. Le décès survient dans une Belgique qui vient d’achever la troisième phase de la réforme de l’Etat. Considéré par de nombreux Belges comme le « symbole de l’unité nationale« , le Roi qui était apparu pour la dernière fois en public lors du défilé militaire de la Fête nationale, dix jours à peine avant sa mort, avait apporté, dans son dernier discours considéré par certains commentateurs comme son « testament politique« , sa caution à la réforme de l’Etat, tout en lançant un appel à la tolérance et au civisme fédéral. De nombreux représentants des partis démocratiques vont évoquer en ces jours de deuil le rôle joué par le roi Baudouin dans le domaine de la pacification entre les différentes sensibilités communautaires du pays.

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En 1984, le roi Baudouin sur la Grand Place pour célébrer les 150 ans de l’Ecole royale militaire. © BELGA ARCHIVES

Cet élan populaire va connaître un important écho dans les médias qui relaient à profusion l’affliction de très nombreux Belges. Les taux d’audience des différentes radios et télévisions ainsi que les tirages des journaux vont littéralement exploser. La retransmission des funérailles du roi Baudouin est suivie, selon la RTBF, par 1 250 000 téléspectateurs francophones. Les tirages de certains quotidiens augmentent durant cette semaine de deuil parfois jusqu’à 250%. Des éditions spéciales sont vendues en librairie tous les jours de la semaine ainsi que le dimanche. Des journaux sont même proposés à la criée.

Partout dans les rues, dans les vitrines des magasins, derrière les pare-brise des voitures, des photos du Roi Baudouin cernées de noir apparaissent. Des bandeaux noirs ornent même les panneaux publicitaires. Les manifestations d’élan populaire et surtout la manière dont les médias ont couvert les événements qui ont suivi le décès vont provoquer de nombreux commentaires, parfois critiques, tant au lendemain des funérailles, dans la presse internationale, que dans les mois qui vont suivre, dans des ouvrages de réflexion.

Une cérémonie religieuse de « louange et d’espérance »

L’émotion populaire qui marque la semaine de deuil culmine le samedi 7 août lors des funérailles du chef de l’Etat. Conformément au voeu de la reine Fabiola, les obsèques vont être marquées du sceau de la simplicité. Au cours d’une cérémonie religieuse de « louange et d’espérance » lors de laquelle la Reine apparaîtra vêtue de blanc, les problèmes de société qui préoccupaient tout particulièrement le défunt souverain, comme le sort des faibles et des immigrés, la lutte contre le SIDA, la traite des êtres humains et plus précisément le trafic international de femmes en vue de la prostitution, seront évoqués à travers plusieurs témoignages.

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La Reine Fabiola, vêtue de blanc, aux côtés de son fils le futur roi Albert II. © BELGA PHOTO FILES

La cérémonie, qui débute à 11 heures, moment marqué par une minute de silence dans tous le pays, est rythmée par la musique de Jean-Sébastien Bach et par des interprétations orchestrales ou vocales d’artistes belges de renommée. Dans la cathédrale Saint-Michel, où le jeune Roi Baudouin avait épousé dona Fabiola de Mora y Aragon en 1960, de nombreux chefs d’Etat et de multiples personnalités étrangères et belges assistent à ses obsèques nationales, qui surprennent par leur côté étonnamment peu protocolaire. Au dehors, devant des écrans géants installés en plusieurs endroits de la capitale, où chez eux, devant leur petit écran, d’innombrables anonymes suivent les funérailles retransmises grâce à une collaboration des quatre chaînes de télévision du pays.

L’affût de canon, sur lequel le cercueil du Roi a été transféré en début de journée du Palais royal vers la cathédrale, portera ensuite la dépouille du souverain vers la crypte de Laeken, sa dernière demeure, devant laquelle la population continuera encore à défiler durant de nombreux jours. Deux jours plus tard, le 9 août 1993, le prince Albert prête serment en tant que 6e roi des Belges devant les chambres réunies. Après un règne de 20 ans, Albert II abdiquera le 21 juillet 2013 au profit de son fils Philippe. La villa Astrida de Motril où le roi Baudouin est mort le 31 juillet 1993 devrait, quant à elle, devenir un hôtel de luxe.

Avec Belga

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