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Laura Smet : « J’ai hérité du côté animal de mon père »

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Laura Smet. | © Paris Match / © Alexandre Isard.

People et royauté

Laura est enfin bien dans sa peau, et ça se voit.  Au festival créé par Dominique Besnehard, la fille de Johnny a présenté son premier court-métrage.

« Là-haut, quelqu’un doit être très fier. » Dans la salle, le plus beau compliment vient du dernier rang. D’une dame venue assister à la projection du premier film de Laura Smet, présenté ce mercredi 22 août au Festival du film francophone d’Angoulême. Chez les professionnels aussi, Thomas, son court-métrage, a reçu de très bons échos. « Jacques Doillon l’a trouvé super », dit Dominique Besnehard, qui a cocréé il y a dix ans ce rendez-vous du cinéma français désormais incontournable. Rayonnante et toute bronzée, la fille de Johnny arbore un sourire détendu. Surf à Faro, au Portugal, et au Cap-Ferret, croisière en Grèce… Après la mise en boîte de son « premier bébé », la jolie blonde a pu profiter à fond de ses vacances. Mais une demi-heure avant la présentation à Angoulême, le stress avait repris le dessus.

Laura dirige sa mère

Dans Thomas, l’histoire d’une femme qui retrouve son fils après l’avoir perdu de vue pendant plusieurs années, Laura dirige sa célèbre mère. Un premier défi de taille. « Plus j’écrivais et plus le visage de ma mère s’imposait, confie Laura. J’étais tellement heureuse quand elle a accepté le rôle ! C’est quand même une des plus grandes actrices françaises… » Les deux femmes sont très proches. Au moindre problème, Laura sait qu’elle peut compter sur l’amour inconditionnel et sur les conseils de celle qu’elle considère comme son modèle. Mais, pour une fois, c’est la mère qui a dû écouter la fille. Au début, la novice n’osait pas lancer le fameux « Action ! » et préférait ménager la star avec un « Quand tu veux… ». Puis son statut de réalisatrice s’est imposé. Laura Smet et Nathalie Baye partageaient déjà une complicité professionnelle. Elles ont tourné ensemble la série Dix pour cent en 2015 et le long-métrage Les gardiennes, en 2017. Mais depuis quelque temps, Laura se faisait plus rare à l’écran et pensait déjà à la mise en scène. En 2015, elle avait réalisé un clip pour une chanson du musicien The Avener, qui a dépassé les 5 millions de vues sur YouTube. Un coup d’essai qui a séduit Dominique Besnehard : le directeur du Festival d’Angoulême lui propose alors de coproduire le court-métrage qu’elle est en train d’écrire. « Je suis son parrain, c’est mon rôle de l’aider. » Le premier scénario avait le cancer en trame de fond. Mais à l’annonce de la maladie de son père, le projet est vite abandonné. Trop dur, trop personnel. Elle s’empare alors d’une histoire réelle entendue par Raphaël, son amoureux, chez Darty. Celui d’une femme qui, grâce à l’ordinateur du magasin, ouvert sur la fiche d’un client, retrouve la trace de son fils.

J’ai toujours eu sous les yeux des parents combatifs, qui m’ont appris à ne jamais baisser les bras

Pour Dominique Besnehard, l’ami de la famille, ce court-métrage représente bien plus qu’une étape supplémentaire dans la carrière de Laura. Il a été comme une bouée de sauvetage pour traverser les épreuves. Derrière la caméra, la fille de Johnny a trouvé la force de supporter la mort de son père, puis de faire face à la bataille judiciaire qui, depuis, déchire le clan Hallyday. Pourtant, la réalisation de Thomas s’est, d’emblée, annoncée difficile. Le début du tournage était programmé pour le 5 décembre. Dans la nuit, le rockeur meurt et tout s’arrête. Mais, résiliente, Laura ira jusqu’au bout de son projet. « J’ai toujours eu sous les yeux des parents très combatifs, qui m’ont appris à ne jamais baisser les bras », dit-elle.

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Cette histoire d’abandon, de solitude et de retrouvailles, elle y tient. Et elle admet volontiers qu’elle a des résonances avec sa vie personnelle, sans vouloir en dire plus. « Est-ce que c’est la quête du père ? » s’interroge le parrain. De ce père dont elle dit encore : « Il est tout pour moi », et à qui elle ressemble tant. Même regard hypnotisant, même timidité, même tempérament imprévisible. « Nous sommes des êtres instinctifs, affirmait la comédienne en 2015. J’ai hérité du côté animal de mon père. » Aujourd’hui, elle ajoute : « On se sentait, on n’avait pas vraiment besoin de se parler. » Besnehard dit encore de celle qu’il a connue tout bébé : « Laura est mystérieuse. De temps en temps, elle a des réactions surprenantes. Elle peut ne pas parler pendant toute une journée, intérioriser, comme Johnny. Quand elle était petite fille, je me souviens qu’il ne fallait pas lui adresser un mot sur le chemin de l’école. Elle était de très mauvaise humeur, on ne savait pas pourquoi. Peut-être qu’on avait interrompu ses rêves… » 

À l’école, je ne portais aucun vêtement de marque, aucun signe qui puisse montrer que j’étais la « fille de »

Il faut dire que, de l’école, Laura ne garde pas de bons souvenirs : « Je ne portais aucun vêtement de marque, aucun signe qui puisse montrer que j’étais “la fille de”, raconte-t-elle. Ce qui ne m’a pas empêchée de me faire cracher dessus par des élèves. J’ai même eu un prof qui m’a dit devant tout le monde : “Toi, t’as pas besoin de travailler. Ton avenir est tout tracé !” » Comme sa mère, comme son père, Laura va devenir comédienne. Mais elle aime rappeler que, en 2002, lorsque Xavier Giannoli la choisit pour incarner l’héroïne des Corps impatients, il ne savait pas qui elle était. C’est seulement à la sortie du film que la jeune femme se rend compte du poids de son patronyme. « J’ai eu l’impression de ne plus être qu’un bout de viande qu’on exposait. » Dans ce premier rôle, elle révèle tous les talents dramatiques d’une grande comédienne. S’ensuivirent pourtant des années de turbulences, de mal-être et d’amours tumultueuses. Le temps a passé. Laura a mûri. Aujourd’hui, plus question de se laisser happer dans des spirales autodestructrices. L’artiste a trouvé sa voie, une façon de marquer son empreinte sans souffrir de comparaison. « La réalisation me donne des ailes, dit-elle. Peut-être parce que personne dans ma famille ne s’y est jamais essayé. Et qu’enfin je peux être la première sur un terrain artistique. À la hauteur. » Moins vulnérable, moins dépendante, fière d’elle.

Avec Raphaël, Laura se sent aimée pour elle-même

Dans sa vie privée, l’embellie date de 2013, l’année où sa route croise celle de Raphaël Lancrey-Javal : « J’ai trouvé l’apaisement à 30 ans. Peut-être parce que j’ai rencontré la bonne personne. Je suis devenue quelqu’un de serein. » L’homme d’affaires a été un soutien sans faille pendant la maladie de Johnny. Il est au côté de Laura à la Madeleine, et à Saint-Barthélemy à l’enterrement du chanteur. À Angoulême, jour de bonheur et de reconnaissance pour Laura, il est là aussi, bien sûr. Toujours dans l’ombre, attentif à ses moindres besoins. Quelques minutes avant qu’elle ne monte sur scène, il lui tient son sac, lui tend un éventail. Ensemble, ils ont monté une société de production pour les besoins du court-métrage. Et, clin d’œil à celui qu’elle aime, elle a donné le patronyme de Lancrey aux personnages de son film. Avec Raphaël, Laura se sent aimée pour elle-même. Elle est enfin bien dans sa peau, et ça se voit : « Je me respecte beaucoup plus. Je fais attention à ma santé, à mon alimentation, je fais du sport trois fois par semaine… Je me veux du bien. À 20 ans, prendre soin de moi ne m’intéressait pas du tout. » À près de 35 ans, Laura espère enfin pouvoir fonder une famille : « Je rêve d’avoir des enfants, et j’en aurai. J’ai un désir immense de transmission, de donner à mon tour ce que l’on m’a offert. »

En attendant, elle fourmille de projets. Et Dominique Besnehard se dit confiant : « Laura est courageuse. Je crois que, dans la vie, il y a toujours un effet boomerang. » La jeune femme compte à présent s’attaquer à un long-métrage. Elle travaille sur le scénario depuis deux ans. « Un très bon sujet. Et je suis prêt à produire son film si elle me le demande », confie son parrain. Fin septembre, elle réalisera un clip pour son frère, David Hallyday : « Pour une très très belle chanson extraite de son nouvel album, une chanson particulière, une belle surprise », dévoile-t-elle. Lui élevé aux États-Unis, elle en France, les deux aînés de Johnny Hallyday ont mis du temps à faire connaissance. Désormais, ils forment une fratrie complice et unie. Et si le testament du rockeur a pu opposer certains membres de sa famille, il n’a fait que renforcer les liens entre le frère et la sœur : « Dans toutes les épreuves, il y a de belles choses », déclare Laura.

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Dans les jardins de l’hôtel Mercure d’Angoulême, c’est une Laura Smet apaisée qui, à la sortie de la projection, signe des autographes et se fait prendre en selfie. Les réseaux sociaux, elle ne les fuit plus. Elle est même revenue sur Instagram. Pas pour jouer les stars ni se montrer, mais parce qu’elle accepte à présent de se dévoiler un peu. L’artiste a posté les étapes de son court-métrage, des paysages qui l’inspirent et une photo de vacances où elle tient la barre d’un bateau. « Accrochez-vous ! Captain L aux commandes », écrit-elle. Comme pour dire qu’elle a bien pris son destin en main. Et qu’elle tient le bon cap.

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