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Propos racistes contre Cécile Djunga : les réactions se succèdent !

Unia va ouvrir un dossier à la suite de la vidéo postée sur Facebook par l'animatrice de la RTBF.

People et royauté

Unia va ouvrir un dossier par autosaisine (de sa propre initiative) à la suite de la vidéo postée mercredi soir sur Facebook par l’animatrice de la RTBF Cécile Djunga.

 

La présentatrice y dénonçait les propos insultants et racistes dont elle fait l’objet depuis un an. « Le racisme reste malheureusement une réalité en Belgique », déplore le Centre interfédéral pour l’égalité des chances. « Nous avons visionné la vidéo de Madame Djunga ce matin et avons décidé de nous saisir de ce dossier », a acquiescé le porte-parole d’Unia, Michaël François, en précisant que l’organisme n’avait pas encore reçu de plainte.

« Nous allons également prendre contact avec cette personne et Jean-Paul Philippot (administrateur général de la RTBF, NDLR) afin de déterminer les actions légales à intenter et pour réfléchir ensemble à ce que nous pouvons faire, alors que le racisme reste malheureusement une réalité dans notre société ». « Madame Djunga a lancé un appel important », poursuit M. François, qui rappelle que la « race » reste le premier critère menant à l’ouverture d’un dossier pour discrimination ou incitation à la haine. « Selon nous, il s’agit d’une minorité bruyante mais il est temps que la majorité silencieuse se fasse entendre », a conclu Unia.

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En soutien, Caroline Dossogne présentera la météo du jour vêtue tout de blanc

De son côté, la RTBF a réagi par communiqué en dénonçant des propos « inacceptables ». Sur Facebook, l’animatrice cite entre autres l’exemple d’une dame ayant contacté la chaîne du service public pour se plaindre que celle qui présente notamment la météo était « trop noire » et que « l’on ne voyait rien » à l’écran.

La RTBF confirme que Cécile Djunga a décidé d’entamer des poursuites judiciaires et qu’elle « soutient son animatrice et s’associe à sa démarche ». Caroline Dossogne, qui présentera la météo du jour, sera en outre vêtue tout de blanc afin d’exprimer l’indignation et la solidarité de l’équipe météo envers sa collègue.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) apporte également son soutien à Mme Djunga et déplore le manque de visibilité médiatique dont souffrent les personnes non-blanches. « Le fait d’être à la fois une femme et d’être issue de la diversité renforce l’invisibilité dans l’espace médiatique ».

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Seuls 3,78% des journalistes/animateurs sont en effet issus de la diversité, pointe le CSA dans son communiqué. Ces personnes se retrouvent généralement dévolues aux seconds rôles (5,23%), tandis qu’elles ne sont que 2,45% à exercer un rôle de premier plan.

L’instance de régulation invite dès lors « l’ensemble des acteurs du monde des médias à jouer leur rôle dans la construction d’une société plus harmonieuse ». Elle insiste finalement sur une meilleure représentation des genres et de la diversité dans les programmes pour mieux refléter les diverses composantes de la société.

Reporters

La classe politique indignée va-t-elle réagir ?

La classe politique, tous partis confondus, s’est indignée jeudi à l’occasion de la rentrée du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles de la banalisation du discours raciste, après le témoignage vidéo publié mercredi soir par la présentatrice météo de la RTBF, Cécile Djunga. « Ces dérapages sont inadmissibles dans une société comme la nôtre », a notamment commenté François Desquennes (cdH), plaidant pour la mise en place en Fédération d’une « vraie stratégie » contre le racisme.

Tout aussi interloqué, Olivier Maroy (MR) a appelé le gouvernement à en faire davantage pour renforcer la modération des commentaires sur les forums présents sur internet, ainsi qu’en matière d’éducation aux médias, aujourd’hui insuffisante, selon lui.

Tout en partageant cette indignation, Eliane Tillieux (PS), mais surtout Christos Doulkeridis (Ecolo), ont pointé un doigt accusateur envers certaines personnalités politiques – « parfois des membres du gouvernement » – qui, selon eux, ont encouragé cette libération de la parole raciste.

« Quand un homme politique dit qu’il va nettoyer un parc en parlant, non pas de déchets, mais de gens, alors il ne faut pas s’étonner (qu’il y ait cette libération des propos racistes)« , a lancé le député vert, en référence à la polémique l’an dernier autour des propos du secrétaire d’Etat Theo Francken.

Pressé par plusieurs députés de porter plainte avec la RTBF pour défendre Mme Djunga, le ministre des Médias Jean-Claude Marcourt a précisé que la Fédération ne pouvait exciper aucun préjudice direct dans cette affaire, ce qui mettait en doute la recevabilité d’une éventuelle plainte de la Fédération.

Le ministre a néanmoins apporté tout son soutien à la présentatrice météo victime d’attaques racistes récurrentes. « C’est l’illustration d’une société profondément malade, qui fait que certains se croient libres de tenir ces propos de manière libérée« , a-t-il jugé devant l’assemblée.

Ce racisme, qui est un héritage du passé colonial, a-t-il rappelé, se doit d’être combattu dès l’école, mais aussi dans les médias « pour faire passer un message de paix entre nous ».

M. Marcourt voit aussi dans cette expression raciste le résultat des discours ambiants « où les migrants, surtout africains, sont présentés comme la cause de tous les malheurs de l’Europe ». « Ce n’est pas l’étranger le problème, c’est la société qui l’est », a-t-il objecté, déplorant une société aujourd’hui davantage animée par un esprit de cupidité que par les valeurs humaines.

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