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Samuel Benchetrit : l’hédoniste discret

Samuel Benchetrit

Samuel Benchetrit au Festival International du Film Francophone de Namur en 2017. | © BELGA / BENOIT DOPPAGNE

People et royauté

Avec Reviens, son nouveau livre, le cinéaste romancier raconte l’histoire d’un homme paumé qui va peu à peu reprendre goût à la vie. Une forme d’autoportrait ? Nous le lui avons demandé.

Paris Match. Alcoolique, quitté par sa femme, votre héros est à nouveau au plus bas, comme dans Chien, sorti au cinéma en mars. Tout le contraire de ce qu’on peut fantasmer de votre vie en ce moment.
Samuel Benchetrit. Chien était l’histoire d’un type qui s’effondrait. Alors que Reviens, c’est un type qui trouve. Qui cherche l’inspiration et l’amour et finit inspiré et amoureux. Au début du livre, il picole, il regarde la télé, il ne va pas très bien, il est dans un état d’immobilisme terrible, complètement sclérosé, mais il va vers la lumière.

Ce narrateur, c’est vous dans une ancienne vie ?
C’est peut-être moi il y a quatre ans, oui… Mais je n’avais pas du tout prévu d’écrire Reviens. J’étais entre deux films, assez loin de la France, à me demander : « Qu’est-ce qu’un écrivain entre deux livres ? » Quand je me reconnecte à la réalité, en général j’ai laissé grandir un tas de soucis autour de moi. Le travail me protège et m’empêche de penser à des choses graves ou à des problèmes de factures. C’est un isolement joyeux. Le livre est né avec des histoires qui me sont vraiment arrivées ces derniers temps, comme la culpabilité de commander un livre sur Amazon…

Votre héros est constamment rivé sur un écran, qu’il s’agisse de celui de la télé ou celui de son Smartphone. L’écrit a quasiment disparu… Vous aussi, vous êtes accro ?
Avant, on reprochait souvent à mes films ou à mes bouquins d’être un peu surannés, coincés dans les années 1980. Mes personnages n’avaient pas de téléphone portable. Cette fois, je me suis vengé. Mon héros regarde beaucoup la télé, reçoit beaucoup d’e-mails, de textos… Moi, je suis accablé par tout ça, je ne suis pas monté dans le train de la technologie. J’en suis vraiment la victime naïve et bête.

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Etes-vous aussi obsédé par la télé-réalité que votre alter ego littéraire ?
Oui. J’ai beaucoup regardé 4 mariages pour 1 lune de miel. Chaque semaine, je m’attachais à ces gens comme à des acteurs d’une série. Ces mariés, sûrement que la production les embobine un peu pour dire autant de méchancetés à l’écran… En regardant cette émission, j’ai réalisé que, entre 19 et 20 heures, TF1 était catastrophique : tout le monde se note.

Que des gens décident de médiatiser leur mariage, vous qui l’avez subi, ça vous choque ?
C’est le quart d’heure de célébrité. Avant, à la télévision, il y avait une élite, des artistes qu’on aimait écouter et qui avaient des choses puissantes à dire. Aujourd’hui, c’est fini. Cette émission ressemble à Facebook ou Instagram. Des gens qui donnent des nouvelles d’eux, qui mettent des photos de leurs vacances…

Comment vivez-vous cette position paradoxale d’auteur discret mais qui doit vivre avec un objectif braqué sur lui depuis quinze ans ?
Il n’est pas braqué sur moi mais sur d’autres. Je travaille beaucoup, tous les jours, comme un artisan. Je n’ai pas de société, je ne suis pas riche. Ce qui m’intéresse, c’est de faire des livres, des films, du théâtre. Après, ma vie privée est très privée. Je n’en parle pas.

J’ai du mal avec les gens qui se sont séparés et qui vivent dans des rancunes.

Il y avait néanmoins une forme de masochisme dans le fait de revenir sur un épisode douloureux de votre vie avec Marie Trintignant dans La nuit avec ma femme, non ?
Je n’aurais jamais écrit ce livre plus tôt. Je ne suis pas quelqu’un d’intéressé par le sensationnalisme. Mais là, je trouvais qu’il y avait un sujet intéressant sur l’amour qui ne disparaît pas, même s’il a une fin tragique. J’ai du mal avec les gens qui se sont séparés et qui vivent dans des rancunes. Lorsqu’il y a des mômes, je trouve ça insupportable. Ça manque de noblesse et d’élégance.

Allez-vous beaucoup au cinéma ?
Oui, je vais tout voir ! Le dernier film qui m’a vraiment plu, c’est Un couteau dans le coeur. Au-delà de Vanessa [Paradis, son épouse, qui joue dedans], je l’ai trouvé vraiment extraordinaire. C’est un film d’un romantisme incroyable, d’une liberté absolue. Je le trouve hilarant, ce réalisateur me plaît beaucoup ! Et je sais combien il a eu du mal à monter ce film…

Vous-même avez du mal à financer votre prochain long-métrage. Qu’un film avec Vanessa Paradis n’arrive pas à se monter paraît incroyable…
Ce n’est pas le problème des acteurs ou de Vanessa Paradis. Le problème, c’est le sujet. D’autant qu’aucun des acteurs n’est une tête d’affiche. C’est une comédie chorale avec plein de rôles, François Damiens, Joey Starr, Vincent Macaigne, Béatrice Dalle… Mais je ne réalise pas des films qui font des millions d’entrées, alors je dois me battre. Je vais peut-être changer de pays si ça continue.

Le monde de la littérature est quand même plus doux que celui du cinéma.

Parce que vous êtes mis en avant, on a l’impression que c’est pourtant facile pour vous.
Oui, c’est marrant… Hier, je suis tombé par hasard sur Le masque et la plume. Il y avait une journaliste qui disait de moi : « Mais lui, tout lui réussit, il est avec des actrices, il fait des films, il fait des livres.» Je pense qu’elle n’a pas dû voir ce que je faisais parce que sinon elle se rendrait compte que ce n’est pas facile de monter un film comme Chien aujourd’hui. Le monde de la littérature est quand même plus doux que celui du cinéma…

Vous venez de participer à l’écriture du nouvel album de Vanessa Paradis, Les sources. Comment s’est passée cette collaboration ?
Vanessa était en train de travailler sur son disque. Elle m’a fait écouter les musiques qu’elle avait en me demandant de réfléchir à des textes, ce que j’ai fait. Et elle a aimé. Au final, il y a six chansons dont je signe paroles et musique, dont deux qu’on a coécrites, où j’ai signé les paroles sur ses musiques. Je n’ai jamais autant aimé travailler sur le projet de quelqu’un car la musique est un univers que je ne connais pas très bien. J’étais complètement libre, c’était une expérience merveilleuse ! La musique me semble être ce que j’ai toujours cherché dans l’écriture au cinéma.

Qu’est-ce qui vous a inspiré ? Pouvez-vous nous parler des chansons ?
Je ne veux pas trop en dévoiler, l’album n’est pas sorti, c’est délicat. Et puis c’est son projet, pas le mien. Et si j’en dis trop, je suis mort ! [Il rit.]

« Reviens », de Samuel Benchetrit, éd. Grasset, 252 pages, 19 euros.

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