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David Hallyday sort de son silence

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David Hallyday, en concert en mars 2018. | © PHOTO JOHAN BEN AZZOUZ LA VOIX DU NORD

People et royauté

Un an après la mort de Johnny, son fils David Hallyday, meurtri et pudique, tient à rétablir sa vérité.

D’après un article Paris Match France de Benjamin Locoge

 

La Savannah est étonnamment calme, ce mercredi 6 décembre 2017 à 2 heures du matin. Johnny est décédé depuis quatre heures. Passé le choc, Laeticia et Sébastien Farran s’attellent encore à la rédaction du communiqué qui va bientôt être transmis à l’AFP. Laeticia n’avait jamais voulu imaginer ce moment. Alors, entre deux crises de larmes, elle tente de trouver les mots pour dire l’indicible. David, lui, a décidé de ne pas se rendre à Marnes-la-Coquette. Comme convenu avec les professeurs David Khayat et Alain Toledano, c’est ce dernier qui a prévenu l’aîné des enfants à 23 heures. « J’ai tout de suite compris que c’était à moi d’appeler Laura », a raconté David, dimanche dernier, aux caméras de « Sept à huit ». David connaît l’impulsivité de sa sœur, sa fragilité, comme son caractère explosif. Alors il surmonte sa peine pour d’abord prévenir Nathalie Baye. Il sait qu’il peut compter sur elle pour aider Laura dans l’épreuve qui s’annonce. Puis il compose le numéro de sa cadette. « Il est parti », lui dit-il tout de go. David choisit de se rendre auprès d’elle plutôt que d’aller veiller un père à qui il n’a pas pu dire au revoir.

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Pendant le «Tour 66», ils s’étaient retrouvés. Car oui, le mardi 5, en début d’après-midi, David est venu sans s’annoncer à Marnes pour remettre une lettre à son père. « J’ai trouvé ça étrange de devoir m’annoncer pour le voir durant les trois dernières semaines de sa vie », a avoué David. Lui, le grand pudique, le garçon de 51 ans qui n’est pas du genre à s’ouvrir facilement. Comme son père. Depuis le 15 novembre, il savait que les jours de Johnny étaient comptés. Alain Toledano l’avait prévenu, la veille, de l’aggravation de son état. Sans pour autant parler d’une fin imminente. Mais David et Johnny ont cela en commun : ils sont des fauves, reniflent les situations, les personnes. Et David avait bien senti qu’il fallait se préparer à perdre ce père hors norme.

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Cet après-midi là, ni Laeticia, ni Jade, ni Joy, ni Hélène Darroze, ni Sébastien Farran, ni Laurence Favalelli ne prennent le temps de le recevoir. Tous se relaient auprès de Laeticia, qui veut passer le plus de temps possible avec « [son] homme ». Dans le bureau de Johnny désormais transformé en chambre d’hôpital, elle lui tient la main, l’embrasse, tente de lui parler. Elle aussi sait que la fin approche. Et elle ne veut surtout pas qu’il parte sans elle. Épuisée mais amoureuse, Laeticia ne le lâcherait pour rien au monde. Personne, hormis les infirmières et les médecins, n’est admis auprès du malade. Les consignes viennent directement de Johnny : il ne veut voir personne. Il ne veut surtout pas que ses enfants le voient dans cet état. Laeticia applique donc strictement la règle, elle ne cherche pas à contrarier son époux. A-t-elle été prévenue de l’arrivée de David le mardi 5 dans l’après-midi ? Probablement. « J’ai attendu longtemps, a raconté David. Et j’ai fini par remettre ma lettre à l’infirmière qui était là. Elle m’a promis qu’elle la donnerait à mon père, qu’elle la lui lirait. » Mais quand Johnny s’éteint à 22 heures 10, c’est sans avoir pu prendre connaissance des mots de son fils. « Ça, a expliqué David, je ne le surmonterai pas. On m’a empêché de lui dire au revoir. C’est très dur à vivre. »

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Johnny Hallyday et son fils David sur scène, en 1993. © Belga

Dans les jours qui suivent, plus rien ou presque ne l’étonne. Quand Mamie Rock, la grand-mère de Laeticia, l’appelle pour lui demander s’il veut bien faire partie de la procession qui descendra les Champs-Elysées derrière le cercueil de son père, David s’offusque. Pourquoi n’est-ce pas Laeticia elle-même qui prend la peine de lui passer ce coup de fil ? Donc, non, David ne sera pas dans ce qu’il nomme avec Laura « le défilé ». Il estime que beaucoup de gens n’ont rien à faire dans ces voitures, que les amies de Laeticia n’étaient pas proches de Johnny. Sylvie Vartan n’hésite pas à parler alors en privé de « cirque ». Et David se fixe un principe : il ne dira rien, il ne fera rien pour abîmer l’image de son père. Il convainc Laura que la dignité est la meilleure des attitudes possible. Et c’est ensemble qu’ils accueillent le cercueil blanc de Johnny sur le perron de l’église de la Madeleine. Les crispations auraient pu s’arrêter là. Mais elles vont terriblement s’aggraver lors du voyage à Saint-Barth.

David s’est pris un coup de massue sur la tête quand il a découvert la réalité de la situation.

Ni David ni Laura n’ont envie de monter à bord de « Warner One », l’avion affrété par la maison de disques de Johnny. Ils s’y rendent ensemble par leurs propres moyens – un jet privé payé par David. Une fois sur place, pas question de prendre part aux « célébrations » : ce dîner à la villa Jade, cet hommage en chansons devant le cercueil au funérarium. Tout cela leur semble grotesque, déplacé, malsain. Laeticia les a privés, estiment-ils, de leurs derniers instants avec leur père. Alors que l’inhumation est prévue dans la plus stricte intimité le 11 décembre, ils s’étonnent du nombre de personnes finalement présentes dans le cimetière de Lorient. Alors dès le 12 décembre, ils regagnent Paris sans même prévenir Laeticia. Depuis ce jour, en réalité, la guerre est déclarée. Elle n’en sera que plus violente quand, quelques semaines plus tard, ils découvrent par le truchement de leurs avocats que Johnny les a déshérités. Et bien évidemment cet « homme exceptionnel » n’a pas pris la peine de le leur dire. La coupable est donc toute trouvée : Laeticia est celle qui a laissé faire. Celle qui n’a pas cherché à remettre Johnny dans le bon chemin. Et c’est désormais devant les tribunaux que la famille Hallyday va discuter.

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« Il est blessé, mais il a une grande force mentale », dit Sylvie. © Jacques Witt/ Pool/ABACAPRESS.COM

Laura dégaine la première, le 31 janvier, en informant David qu’elle envoie un courrier recommandé à sa belle-mère pour récupérer une partie de l’héritage de son père. David hésite à la suivre. Mais admet qu’il ne peut pas la laisser partir seule dans cette bataille. David l’a juré devant les caméras de TF1 : « Un héritage, c’est la preuve qu’on a existé. Nous voulons, tous les quatre [il inclut Jade et Joy dans sa démarche] un droit de regard sur son image. Et moi, sur sa musique, vu que c’était ce qui nous liait. » Mais pour l’heure d’héritage il n’y a point. En mettant toute sa fortune aux Etats-Unis dans un trust, Johnny a rendu l’impensable possible. « David s’est pris un coup de massue sur la tête quand il a découvert la réalité de la situation, résume ce proche. Certes, il n’avait jamais parlé de l’après avec son père. Mais il ne l’imaginait pas capable d’un tel geste. C’est très dur pour un fils, pour une fille, d’apprendre après le décès d’un homme qu’on a tellement aimé qu’il vous a effacé de sa vie d’un trait de plume. »

Dépassé par la résonance médiatique de son combat, David a d’abord choisi de s’enfermer dans un étonnant silence

Au fond, David connaissait-il vraiment Johnny ? Il a admis dimanche que les relations avec son père adoré ont totalement changé depuis son hospitalisation au Cedars-Sinai de Los Angeles en 2009. « À partir de ce moment, ça a été plus dur de le voir. » David ne veut pas croire que ce soit un choix délibéré de son père et laisse planer le doute sur les intentions de sa belle-mère. Du côté de Laeticia, on rappelle volontiers « que David ne prenait jamais de nouvelles de Johnny. Quand on lui a annoncé son cancer, il n’a pas jugé utile de venir le voir ».

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Dépassé par la résonance médiatique de son combat, David a d’abord choisi de s’enfermer dans un étonnant silence. Dès mars, il repart sur les routes et profite de ses concerts pour rendre hommage à son père. Certes, il se produit dans des casinos et des salles des fêtes. Mais le public répond présent : 450 personnes à Pougues-les-Eaux, 500 à Roissy-en-France viennent voir le « fils de Johnny ». Tous découvrent alors « Ma dernière lettre », chanson émouvante, qui clôt ses prestations dans une ferveur rare. « Je mets mes émotions dans la musique, a déclaré David au “Parisien”. C’est comme cela que je communique. Je reste fidèle aux valeurs que mes parents m’ont inculquées : ma mère et mon père sont des gens très pudiques, je suis trop vieux pour changer. La musique est le seul endroit où je n’ai pas peur de me livrer, où je me sens protégé et libre. »

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David, Laeticia et Laura lors des funéraille de Johnny Hallyday, le 9 décembre 2017. © Yoan VALAT / POOL / AFP

Une chose est sûre aujourd’hui : David ne renonce pas à sa carrière, démarrée en 1988, dont l’apogée fut la chanson « Tu ne m’as pas laissé le temps » en 1999, il y a bientôt vingt ans. Depuis, il n’a jamais retrouvé les radios ou les charts. Peu importe. David ne chante pas pour la gloire mais pour son plaisir. Depuis son mariage avec Alexandra Pastor, dont la famille est l’une des plus fortunées de Monaco, il s’est notamment installé à Londres. David passe aussi pas mal de temps au Portugal, prend toujours plaisir à participer à des courses automobiles. S’il a eu des velléités télévisuelles (grâce à son ami Cyril Viguier), il a vite fait marche arrière pour privilégier la musique. Le temps d’une vie, paru en 2016, s’est vendu à moins de 10 000 exemplaires…

Mardi 27 novembre s’ouvrira un nouveau chapitre judiciaire au tribunal de Nanterre. Les juges devront décider de la résidence fiscale de Johnny au moment de sa mort.

J’ai quelque chose à vous dire, qui sortira le 7 décembre – soit un an et deux jours après la mort de Johnny –, est son treizième album studio. Du côté de Laeticia, on estime cette parution « assez mal venue ». L’interview de « Sept à huit » a également été mal vécue. « David est en train de récrire l’histoire pour assurer la promo de son disque », estime-t-on outre Atlantique. « La relative discrétion de Laura », sourit ce proche de Laeticia, serait due à la différence de leur situation : « Laura va avoir besoin de négocier avec Laeticia car elle a besoin d’argent. D’autant que ses projets d’avenir, un mariage, un bébé, l’incitent voir la vie autrement. David, lui, est entêté car sa situation financière lui permet de prendre le temps de rattraper sa filiation. »

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Mardi 27 novembre s’ouvrira un nouveau chapitre judiciaire au tribunal de Nanterre. Les juges devront décider de la résidence fiscale de Johnny au moment de sa mort. Son héritage tombe-t-il sous le coup du droit français ou du droit américain ? Le verdict n’est pas attendu avant 2019, si l’audience n’est pas renvoyée d’ici là… Quoi qu’il en soit, David n’a pas l’intention de négocier avec sa belle-mère. « Je laisse la justice faire son travail », dit-il en privé à ses amis, relativement serein. Ce dimanche, sur TF1, il a assuré mener la bataille pour laver l’honneur de son père. « Lui qui aimait ses quatre enfants plus que tout au monde. » Il n’a toujours pas réussi à écouter jusqu’au bout Mon pays c’est l’amour. « Trop dur ». Et surtout dommage. Peut-être aurait-il pu se reconnaître dans les mots que Johnny chante en clôture de l’album : « Comment rester debout quand l’orage se réveille au fond du cœur des hommes ? La rage en moi me rappelle que je ne suis qu’un homme. » Avec ses hauts, ses bas, ses mensonges, ses hésitations, ses espoirs, ses promesses non tenues. Et ses blessures. Bien définitives, celles-là.

Benjamin Locoge est l’auteur de La ballade de Johnny & Laeticia (Made in Rock’n’Roll), éd. Fayard.
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