Comment la mort de Michael Jackson a « sauvé » Johnny

Johnny Hallyday

Le Johnny de 2009 est un homme aux abois. Qui n’a aucune envie que sa carrière se termine. | © EPA/STR / ASA

People et royauté

À l’occasion du septième et dernier volume des hors-séries « Les décennies Paris Match », consacré aux années 2010, notre magazine revient sur les dernières années de Johnny Hallyday. En 2009, le chanteur s’était soumis à un examen de santé au lendemain de la disparition de Michael Jackson. Un examen qui lui a sauvé la vie…

D’après un article de Paris Match France de Benjamin Locoge

Enfin ! Le 24 novembre 2009, quand Johnny Hallyday s’installe à bord de l’Airbus A380 d’Air France qui s’apprête à décoller pour Los Angeles, le chanteur est soulagé. Il n’arrive pas vraiment à en vouloir à Jean-Claude Camus, son producteur, qui lui a vendu début 2008 l’idée de se lancer dans une tournée d’adieu. « Comme ça, on est sûr de vendre des centaines de milliers de places, de jouer dans les stades, de retrouver le Stade de France », a-t-il argumenté.

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Johnny s’est laissé convaincre. Une véritable tournée de stades, comme les Rolling Stones, comme U2… ça, il ne l’a jamais fait. Alors il a dit banco. Certes, l’arrivée dans son foyer de Joy, son quatrième enfant, est prévue pour bientôt. Et Johnny sera absent la majeure partie de l’année 2009. Mais Laeticia sait qu’elle ne peut retenir son homme. Il a besoin de son public, de la route, d’être sur scène pour se sentir vivant. Et puis, qui sait, peut-être que ces faux adieux vont finir par lui plaire ? Peut-être va-t-il avoir envie de réduire le rythme ? Et passer plus de temps avec sa femme et ses filles dans leur maison de Los Angeles. Qui sait ce qui peut bien se passer dans la tête de Johnny ? Même Laeticia, parfois, a du mal à interpréter ses silences, son air renfrogné, ses nuits blanches qui s’enchaînent.

Johnny
©  EPA/CHRISTOPHE KARABA

Quand les répétitions démarrent, fin avril, au Zénith de Saint-Etienne, c’est un Johnny célibataire qui débarque en France. Laeticia a préféré rester aux États-Unis avec Jade et Joy. Elles seront bien sûr présentes pour les concerts parisiens prévus fin mai, mais pour l’heure, Johnny prépare ses adieux seul. Enfin si l’on peut dire… Car en tournée, Johnny n’est jamais seul. Il a son chauffeur, son garde du corps, son coiffeur, son habilleuse, sa maquilleuse, ses musiciens, ses techniciens, son producteur, l’assistant de son producteur, ses vendeurs de tee-shirts et de programmes. Johnny est à la tête d’une vaste PME. Il fait vivre 40 personnes pendant un an et se doit d’être en forme pour assurer la centaine de concerts qui se profilent. Seulement voilà. Au fond, cette idée d’adieux ne lui plaît plus. « Je me suis encore laissé avoir par ce con de Camus », dit-il volontiers en privé (« con » est à prendre de manière affectueuse). Cette tournée ne lui plaît pas non plus. L’absence de sa femme, l’éloignement d’avec ses filles le font souffrir plus qu’il ne l’avait imaginé. D’ailleurs, Jauni reste à l’heure californienne pendant toute la préparation. Il se lève à 16 heures, répète une bonne partie de la nuit, vide le bar de l’hôtel à partir de 4 heures du matin et monte se coucher vers 7 heures, quasiment au même moment que sa famille, à 11 000 kilomètres de là. L’ambiance à Saint-Etienne n’est pas tendue, elle est électrique. Laeticia n’apprécie pas tellement ces soirées de débauche ; elle connaît assez son rockeur d’époux pour comprendre qu’il est complètement cuit et affiche, en France, sa mine des mauvais jours.

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Quand le 8 mai, soir de première, Camus frappe à la porte de la loge de son artiste, il se fait rembarrer. « C’est toi qui chantes ce soir ? lui balance un Hallyday comateux. Alors c’est moi qui te dirai quand je serai prêt à chanter ». Camus connaît son Johnny. Les crises d’angoisse avant chaque première sont la règle. Johnny fait tout pour ne pas y aller. Et puis, une fois en scène, tout est oublié.« Ma gueule » ouvre les concerts de 2009. Le chanteur apparaît dans un jaillissement de flammes et reste deux longues minutes sans bouger devant les spectateurs. Immédiatement, la salle l’ovationne. Puis il démarre. Va puiser dans ses plus intimes ressources pour envoyer avec une force incroyable « Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? » Dès ce 8 mai, son producteur comprend que cette tournée va être fabuleuse. Car en réalité, le Johnny de 2009 est un homme aux abois. Qui n’a aucune envie que sa carrière se termine. Et qui, du coup, se donne à chacun de ses concerts comme s’il s’agissait du dernier. Johnny retrouve une intensité folle, chante divinement, redevient l’acteur de ses morceaux. Le climax est atteint au cours des trois soirées parisiennes au Stade de France. Durant ses trois concerts, l’artiste donne vraiment l’impression de faire ses adieux. Le 29 mai, il fond même en larmes et sort de scène en remerciant les 80000 spectateurs. « Toutes ses années, je ne les oublierai jamais. Je vous aime. Voilà, c’est tout »,dit-il devant un parterre de célébrités et de politiques.

Johnny Hallyday
© BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Si Johnny s’était vraiment arrêté ce soir-là, sa sortie aurait été majestueuse. Mais qu’on ne se méprenne pas. Le titre de l’album qui accompagne cette série de représentations n’est autre que Ça ne finira jamais. Manière subtile de dire aux fans que tout peut recommencer d’un moment à l’autre. D’ailleurs, devant le succès des concerts de l’été, Camus met en vente une tournée d’automne. Seul hic : Michael Jackson meurt le 25 juin 2009. L’industrie du disque perd certes une icône, mais doit surtout faire face à un nouveau problème : le roi de la pop devait monter sur scène à Londres trois semaines plus tard. Aucune assurance n’avait prévu le décès du chanteur. Qui va donc payer la facture de l’annulation des 50 dates prévues ? Jackson à peine inhumé, toutes les compagnies d’assurances réévaluent leurs pratiques et leurs procédures : Johnny doit se soumettre à un bilan de santé afin de mesurer « le risque potentiel ». Il s’y prête de mauvaise grâce. Mais quand « un petit cancer du côlon » est détecté et opéré dans la foulée, Johnny comprend qu’il doit la vie sauve à Michael Jackson. Evidemment, quand la France apprend sa maladie, elle tremble. Et sa tournée devient le thermomètre de son état de santé : tant que Johnny chante face à son public, c’est qu’il est immortel.

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