Véronique Sanson : « J’ai la rage de vivre »

Véronique Sanson : « J’ai la rage de vivre »

véronique sanson

Véronique Sanson, en juillet 2018. | © MAXPPP

People et royauté

La chanteuse a vaincu son cancer des amygdales et a bien l’intention de remonter sur scène. Notre grand entretien avec Véronique Sanson.

D’après un article Paris Match France par Catherine Tabouis

Paris Match. Comment allez-vous ?
Véronique Sanson. Je ne vais pas trop mal. Merci beaucoup. Aujourd’hui, même si vous m’offriez 600 milliards de dollars, je ne pourrais pas assurer un spectacle.

Il y a six mois, est-ce une autre vie qui a commencé pour vous ?
Non, elle continue mais avec un petit bordel de plus. Ce n’est pas très rigolo, car j’ai peur pour ma voix. Encore maintenant.

Que vous ont dit les médecins ?
“Vous avez une tumeur sur les amygdales.” Les cordes vocales sont intactes, mais tout ce qu’il y a autour a été beaucoup touché.

Quand le verdict est tombé, comment avez-vous réagi ?
Je n’ai pas réagi tout de suite car je me croyais invincible. Hélas. J’ai été obligée d’annuler mes concerts d’automne, moi qui n’ai jamais failli à mon public, même avec une rage de dents, des poignets cassés ou 40 de fièvre. Parfois les vrais fans font plus de 100 kilomètres pour venir me voir…

Rien ne peut me tuer, sauf l’ennui

Comment vit-on sachant qu’on est malade ?
Dès le premier jour, j’ai fait comme si de rien n’était. Je n’ai pas envie de me voir affaiblie. Parfois, j’oublie que je suis malade. Je me comporte comme si j’avais une jambe dans le plâtre. Je fais trois pas, je suis fatiguée. Mais je suis convaincue que cela va finir par repartir !

Vous avez quand même dû subir un traitement de radiothérapie pendant six semaines…
Tous les jours, sauf le week-end. Je n’ai vu presque personne pendant cette période. J’étais KO. L’accumulation des rayons est difficile à supporter, mais le plus dur arrive après. Je suis mille fois plus fatiguée maintenant. Aller à Paris, c’est comme faire Paris-Marseille en charrette à clous ! Et mes pertes d’équilibre dues à des acouphènes violents m’empêchent de marcher. Évidemment, la médecine a fait des progrès faramineux, normalement les rayons sont très ciblés, mais il y en a forcément qui s’en vont un peu partout et qui peuvent toucher l’oreille interne. D’où cette perte d’équilibre.

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Y a-t-il quelque chose qui vous soulage ?
J’ai vu un coupeur de feu. Ce sont des gens qui ont un don particulier, auxquels les médecins font appel pour certains patients. Ils ne vous touchent jamais mais ils peuvent vous enlever beaucoup de choses. C’est très important de dire que ces gens-là existent. Cet homme m’a évité différents effets secondaires. Les rayons m’ont brûlé la peau. J’avais une grosse tache dans le cou, comme une tache de vin. Il me l’a enlevée ! Je l’ai sentie partir… comme des volutes de fumée. Il a travaillé en complément des rayons, pour détruire cette tumeur. Une séance pouvait durer deux heures et demie. À la fin, il était dans un état incroyable, obligé de passer ses mains sous l’eau froide, avec des douleurs terribles. J’étais même inquiète pour lui. J’ouvrais un œil discrètement. Pour enlever la brûlure, je le voyais agiter ses bras et les balancer en jetant le « mal ». Je n’ai plus de salive… et c’est terrible. Je dois avoir une bouteille d’eau avec moi en permanence. Mais vous imaginez, chanter la bouche sèche ? C’est impossible. Il m’a beaucoup aidée, il a commencé par approcher ses mains de mes pieds, puis il est remonté jusqu’à la tête. Et… tout d’un coup, j’ai eu une montée de salive hallucinante.

J’ai tout eu, un infarctus, la carotide bouchée, des phlébites…

Avez-vous perdu le goût ?
Deux semaines avant la fin de mon traitement. Je dînais avec mon fils et j’ai commencé à saler mon saumon fumé, mes huîtres. Je lui demandais pourquoi on avait mis de l’eau dans le vinaigre aux échalotes. Christopher ne comprenait pas. Avec le sucré, c’était pire. J’étais très embêtée car à la maison, c’est moi qui fais la cuisine. Je suis obligée de faire goûter aux autres. Mais le goût revient petit à petit. Parfois tout semble amer, ou tout a le goût de pourri. Je n’étais pas bien grosse avant de tomber malade, aujourd’hui je pèse 44 kilos. C’est très difficile de se nourrir quand on perd le goût.

Lorsque vous étiez adolescente, vous avez déjà frôlé la mort…
Oui, à cause d’une méningite, j’avais 14-15 ans. J’ai même reçu l’extrême-onction. Je sentais que j’allais mourir. Mais j’avais déjà cette envie de survivre. Je crois que l’on naît avec la niaque. Même s’il est important, aussi, de savoir accepter l’idée qu’on va mourir. Avec grâce. Je ne m’inquiète jamais de rien, c’est pour ça que je suis toujours vivante. J’ai tout eu, un infarctus, la carotide bouchée, des phlébites… C’est comme si j’avais un sniper derrière moi. Il est là avec son fusil, mais il est gentil, patient, sympa, je commence à bien l’aimer. C’est comme le syndrome de Stockholm, avec mon sniper !

Le silence est devenu mon pire ennemi, à cause de mes acouphènes

Vous êtes un mélange de force et de fragilité…
Je n’ai ni une grande force ni une grande fragilité. Je vis le présent, au jour le jour. Je pensais que le cancer n’arrivait qu’aux autres. Je fais comme si je n’en avais pas. Je ne le traite pas par le mépris. Car, quand on y pense trop, ça finit par vous bouffer et ça vous fait mourir.

Quel est votre rythme de vie ?
M’endormir me prend un temps fou. Je me couche vers 23 h 30. Le soir, je regarde la télé. Les vieux films, comme Orphée avec Jean Marais, les vieux westerns… Ça m’embarque. Mais aussi les séries, Les petits meurtres d’Agatha Christie ou Engrenages. Je lis également beaucoup et je suis devenue une inconditionnelle des mots croisés de Michel Laclos. Pour m’endormir, je mets France 3, la Cinq ou Arte avec le son au plus bas. Le silence est devenu mon pire ennemi, à cause de mes acouphènes. Du coup, je dors très peu, par petits bouts ! Je ne peux pas commencer une journée sans faire de mots croisés. C’est devenu une drogue. Je reste chez moi, je fais un petit tour dans mon jardin, je vais voir mes poules qui font des œufs merveilleux. Une fois par semaine, je fais de la gymnastique mais cela m’épuise. Et j’ai le dos en vrac si je reste trop longtemps debout, c’est très énervant !

veronique sanson
Philippe de Poulpiquet / Le Parisien

Vous vous êtes remise au piano ?
J’ai essayé. Mais j’ai encore du mal avec mes doigts. Il faut que je fasse vraiment attention à tout mon corps.

Vous écrivez ?
Des petits bouts de texte, des phrases qui me viennent, comme je l’ai toujours fait.

L’amour de mon public est merveilleux. J’ai reçu tellement de messages et de lettres…

Comme vous avez souvent dit que vous n’écriviez pas quand vous étiez malheureuse, c’est plutôt bon signe !
Il ne faut jamais écrire quand on a de gros chagrins. J’ai fait des bêtises en écrivant des drames. Quand on écrit à chaud, c’est du mélo, c’est de l’impudeur. On balance tout. Mais si on attend un peu, tout est digéré, analysé, et on s’exorcise. Oui, j’ai le moral, mais je suis frustrée de devoir attendre. Je suis très impatiente de nature. Cette maladie n’est pas faite pour les gens comme moi.

L’amour fait-il tenir debout ?
Oui. Celui de mon public est merveilleux. J’ai reçu tellement de messages et de lettres… Certains me racontaient leur propre histoire, d’autres me soutenaient et me rassuraient. Tout le monde me disait : “Prenez votre temps, on n’est pas pressés.” Ça m’a beaucoup touchée, moi qui m’en voulais d’avoir annulé tous ces concerts. Et puis mes proches. C’est toujours bien d’être soutenue, aimée. Chez nous, on ne se laisse pas tomber quand ça ne va pas. Christian, mon compagnon, et ma sœur, Violaine, ne m’ont jamais lâchée. Et puis, il y a mon fils, Christopher, qui est venu pendant mon traitement. Il était pourtant en tournée dans tous les pays, aux Etats-Unis, en Europe… Mais il a toujours trouvé du temps pour s’occuper de moi. Toute la famille, on est soudés à vie !

Quelle joie de voir tous ces artistes heureux de partager ces duos avec moi !

Il est le père de deux petites filles. Quel genre de grand-mère êtes-vous ?
Passionnée… Jacoa a 13 ans et Sarenne, 12. Elles habitent aux Etats-Unis mais sont venues passer Noël avec moi. Jacoa s’intéresse au piano et à la composition. Elle chante merveilleusement bien. Et Sarenne est passionnée par tous les arts plastiques. Elle fait des tableaux, des sculptures, des trucs extraordinaires… Elles sont toutes les deux formidables.

Trouvez-vous toujours que le monde est triste ?
Tout va mal. Quand je vais à Paris, ce n’est plus le gai Paris. Tout le monde fait la gueule. Tout le monde râle tout le temps. Il n’y a plus de liberté, plus d’entraide. Quand je souris à des gens dans la rue, ils ont peur. Les Français ont perdu leur joie de vivre.

Votre dernier album, le seizième, ce fameux Duos volatils, n’a-t-il pas été une belle expérience ?
Quelle joie de voir tous ces artistes heureux de partager ces duos avec moi ! J’ai fait de merveilleuses rencontres. C’est un album multigénérationnel. J’écoute beaucoup la radio dans ma voiture. Les radios devraient avoir pour mission de nous faire découvrir la jeune génération et les titres inconnus de la vieille garde, au lieu de passer toujours les mêmes chansons incontournables.

Quand on est attaqué, on fait ce que l’on peut pour survivre

Etes-vous impatiente de remonter sur scène, le 24 avril ?
Bien sûr. Rien ne peut me tuer, sauf l’ennui. Et j’ai de la chance, je ne m’ennuie jamais. Ma convalescence est très longue, la frustration commence à me peser. Je ne sais même plus comment on fait pour chanter, alors qu’il n’y a même pas six mois que je suis malade. Je dois y croire pour y arriver. J’ai peur mais je vais donner le meilleur.

Et puis vous êtes une battante…
Ce n’est pas du courage. Quand on est attaqué, on fait ce que l’on peut pour survivre. C’est dans ma nature de me battre. Si je dois m’en aller, je m’en irai… Mais la vie est belle. La mienne a été tellement formidable ! Alors il faut s’y prélasser. Je n’étais pas du genre à faire ce qu’on me dit, là, pour une fois, j’obéis. Pour la première fois de ma vie, je suis une bonne élève. Je me repose, quitte à passer la journée en pyjama. Mais chaque matin, en me réveillant, je suis de bonne humeur, heureuse d’être vivante… pour le moment.

Numéro Paris Match Belgique du 17 au 23 janvier 2019.

Dignes, dingues, donc…, en concert les 24 et 26 avril 2019, à Paris (Dôme de Paris-Palais des sports) et en tournée dans toute la France et en Belgique.
Dernier album : Duos volatils (Sony Music).

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