Gérard Darmon : « Il faut arrêter de dire que la France est un pays pourri »

Gérard Darmon : « Il faut arrêter de dire que la France est un pays pourri »

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Gérard Darmon, le 22 février 2019. | © Thomas Padilla/MAXPPP

People et royauté

Que ce soit à 20 ans, 50 ans ou 70 ans, pour cet angoissé, la paternité a été une source d’équilibre sur laquelle il lève le voile pour la première fois.

 

Paris Match. Gérard, vous nous présentez vos enfants pour la première fois. Et nous découvrons que cinquante ans séparent votre aînée, Virginie, de votre petite dernière, Léna… 
Gérard Darmon. Je suis fils unique et j’ai toujours voulu avoir une famille nombreuse. Mes enfants sont le centre de ma vie, ma colonne vertébrale. Ils m’ont donné l’envie de persévérer, ont boosté mon existence. J’ai eu Virginie à 20 ans. Je n’étais qu’un gamin, j’ai grandi en même temps que mon enfant. Vingt-sept ans plus tard, avec Sarah et Jules, je peux dire que ma paternité n’a pas été la même. Un homme ne devient vraiment adulte qu’à 40 ans. Il ne devrait pas faire d’enfants avant!

Votre petite Léna n’a que 18 mois. Elle est née alors que vous approchiez de 70 ans. Cela ne vous a pas posé de problème?
Je ne vous cache pas que j’aurais préféré avoir dix ans de moins ! Cela -faisait des années que ma femme et moi tentions d’avoir un enfant ensemble, mais cela ne venait pas. Puis, à notre grande surprise, Christine est tombée enceinte. Le ciel avait parlé. Il nous a fait ce cadeau qui a tellement changé notre vie, cette petite fille que mon épouse désirait tellement. Elles entretiennent toutes les deux une relation complètement fusionnelle.

« Un homme ne devient vraiment adulte qu’à 40 ans. Il ne devrait pas faire d’enfants avant! »

Avez-vous la crainte de la voir grandir moins longtemps que vos autres enfants?
Je me dis qu’elle a des frère et sœurs, une maman plus jeune, qu’elle sera toujours très entourée et qu’il lui restera une trace de son père. Jean-Paul Belmondo avait mon âge lorsque sa fille Stella est née. Elle a aujourd’hui 15 ans et, quand on les voit ensemble, on perçoit tout l’amour qui existe entre eux. Ma fille me procure une énergie folle et, curieusement, depuis sa naissance, les propositions de travail affluent à nouveau. Ce qui ne m’empêche pas de me questionner sans cesse : « Jusqu’où ? Jusqu’à quand ? Comment ? »

Quel type de relation entretenez-vous avec vos aînés?
Une relation fondée sur l’amour et l’admiration, même si je n’ai jamais voulu être un papa copain. Un père doit rester un père. Virginie, mon aînée, est à la fois maquilleuse de cinéma et naturopathe. Son fils Tom, mon petit-fils, a 21 ans, soit un an de moins que mon fils, Jules, -l’artiste de la famille, batteur et guitariste. Un garçon passionné dans lequel je me retrouve, même s’il est beaucoup plus structuré et armé que je ne l’étais à son âge. Sa sœur, Sarah, 24 ans, vient d’obtenir un master de marketing et travaille dans une start-up. 

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Avec Sarah, Virginie et Jules : des enfants très différents mais un même papa poule. © Vincent Capman/Paris Match

« J’ai été longtemps borderline avec la drogue… Mais j’ai tout arrêté il y a sept ans »

La mère de Jules et Sarah s’appelle Mathilda May. Pas trop difficile, pour eux, de garder les pieds sur terre avec deux parents acteurs? 
Leur maman et moi leur avons inculqué très tôt que nous étions des parents comme les autres. Nous avons voulu les protéger en leur apprenant la valeur des choses. À la sortie d’ »Astérix », ils ont commencé à se la péter un peu car, à ce moment-là, ils me voyaient constamment sur tous les écrans. Mais je les ai vite recadrés. Sinon, il n’y a jamais eu d’interdits à la maison. Je ne sais pas si cela a un rapport, mais mes enfants sont restés parfaitement clean, ils n’ont jamais touché à rien.

Contrairement à vous?
Moi, j’ai été longtemps borderline avec la drogue… Mais j’ai tout arrêté il y a sept ans. J’ai senti que mon corps me disait de freiner. A mon époque, fumer de l’herbe était culturel. Je suis ensuite passé aux drogues plus dures. J’ai tout essayé mais je ne me suis jamais piqué.

Malgré votre nature très pudique, vous venez de publier « Le dictionnaire de ma vie » où vous vous dévoilez beaucoup…
Dire les choses telles qu’on les ressent, ce n’est pas être impudique. Il est vrai que je ne me livre pas facilement, mais, moi qui n’ai jamais fait d’analyse, j’ai trouvé l’exercice assez excitant. Ça me permettait de voir où j’en étais sur certains des points les plus importants de ma vie : l’amour, l’amitié, l’engagement.

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Vous révoltez-vous toujours aussi facilement?
Quand vous avez du caractère, les gens disent de vous que vous avez mauvais caractère… Moi, je suis très soupe au lait mais bienveillant ; j’aime les gens, même si je suis capable de grimper aux rideaux. L’injustice me met en rage, comme l’abus de pouvoir, cette raison du plus fort qui fait que les gens sans défense se font toujours avoir. Et puis aussi ces privilèges inhérents à ma profession. Il y a un tel cirque dans ce métier, à partir du moment où vous avez du succès, avec tous ces gens qui gravitent autour de vous ! C’est un puits sans fond. Je revendique un côté misanthrope, pour moi une forme de rigueur.

Pour un acteur, la reconnaissance est tout de même essentielle, non?
Bien sûr ! D’autant que le succès rend beau, aide à avoir confiance en soi, à se délester des faux-semblants. Il faut se faire une place dans le métier, subir des déceptions et même des humiliations. Avec le temps, on accumule les connaissances, on sait mieux résister aux tempêtes tout en se souvenant que rien n’est jamais gagné, que tout peut -basculer d’un instant à l’autre.

« Il faut arrêter de dire que la France est un pays pourri où rien n’arrive »

Que vous inspire la crise que notre pays traverse actuellement?
Les gilets jaunes se révoltent contre la justice à deux vitesses, contre ceux qui ont le pouvoir et étouffent les scandales. C’est le départ… Et à mesure qu’on avance dans le goulot, les relents nauséabonds de la question juive remontent. Je garde l’espoir que la France, ce beau pays que j’aime, n’est pas un pays antisémite. Il faut arrêter de dire que la France est un pays pourri où rien n’arrive, où l’on fait tout à l’envers. J’ai confiance : ils ne passeront pas.

Votre femme, Christine, a-t-elle su apaiser vos colères?
Christine est mon amarre. Elle a su faire appel à ce qu’il y avait de meilleur en moi et me faire réagir autrement face à certains problèmes. Née à Abbeville, dans la Somme, elle vient d’une famille de grands cultivateurs de Picardie et a été élevée dans les champs, les deux pieds bien ancrés dans le réel. Avant elle, j’étais instable.

L’entente est-elle également cordiale avec vos aînés?
Elle est parfaite ! Sarah et Jules ont toujours connu Christine, puisqu’elle était leur nounou quand ils étaient tout petits. Sarah avait 2 ans et demi et Jules 1 an quand elle est entrée dans leur vie. En grandissant, ils lui ont fait des confidences qu’ils ne faisaient ni à moi ni à leur maman. Elle est très fine, très intelligente. Voulez-vous une confidence? Aucun de mes enfants n’était très chaud pour participer à ce sujet. Christine les a appelés un à un. Je ne sais pas ce qu’elle leur a dit, mais les trois ont fini par accepter.

Revoyez-vous les mamans de vos autres enfants?
Je n’aime pas rester ami avec mes ex. Même si nous continuons à entretenir des rapports de courtoisie intelligents et harmonieux.

Peut-on dire, aujourd’hui, que vous avez enfin trouvé la sérénité?
Avec mes autres compagnes, j’avais tendance à me regarder le nombril. C’est vrai que cela va mieux. Même si je reste un angoissé, un peu perturbé du ciboulot. On se pose toujours les mêmes questions. Les réponses changent, mais le ferment reste le même.

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