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Amal Clooney, la diva du barreau

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Amal Clooney. | © Damien MEYER / AFP

People et royauté

Amal Clooney est une des plus influentes avocates des institutions internationales. Et aussi la femme de George Clooney et la mère de ses deux enfants.

Le mardi 23 avril 2019, autour de la table ronde du Conseil de sécurité des Nations unies à New York, tout le monde paraît gris. La peau diaphane d’Amal Clooney capte la lumière. Les longues mains de l’avocate du cabinet Doughty Street Chambers ne tremblent pas. Elle est rompue aux grands raouts internationaux. Le 5 décembre, à quelques centaines de mètres de là, elle recevait le Global Citizen of the Year Award de l’UNCA (Association des journalistes correspondants à l’ONU), un prix honorifique couronnant son engagement dans de nombreuses causes humanitaires. Et l’on ne sait pas trop si l’ovation qu’elle y avait reçue célébrait son discours féroce contre le président Trump ou sa grâce surnaturelle.

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Cette fois encore, Amal Clooney est au croisement de toutes les attentions. Chevelure soyeuse, lèvres peintes, grands yeux sombres surlignés d’un trait d’eye-liner, avant-bras nus, elle porte une robe noire en laine William Vintage Balenciaga de 1958 piquée de boutons en bois. Jackie Kennedy aurait pu mettre la même. Elle se penche vers le micro, gracile. Et soudain, dans une voix de sirène et un anglais ciselé à l’université d’Oxford, le malheur entre à l’Onu.

Amal Clooney évoque la souffrance des femmes yézidies, les viols innombrables perpétrés par les hommes de l’Etat islamique dont elles ont été victimes dans les zones de guerre en Irak, en Syrie, et qui n’ont, pour l’heure, pas été punis : «  Nous sommes confrontés à une épidémie de violences sexuelles. Et je crois que la justice est la solution », articule-t-elle. Assise près d’elle, la Yézidie Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle de l’EI et Prix Nobel de la paix 2018, l’écoute en soutenant les regards des passe-murailles qui les entourent, pour la plupart peu enclins à se laisser submerger par les émotions. « Sierra Leone, Cambodge, Rwanda, Bosnie, Nuremberg, poursuit Amal Clooney. Une justice a été rendue pour ces dossiers. C’est votre moment Nuremberg. Votre chance de vous tenir du bon côté de l’Histoire. Vous le devez à Nadia et aux milliers de femmes et filles qui regardent les membres de l’Etat islamique raser leur barbe et surtout retourner à leur vie normale, ce qu’elles, les victimes, ne pourront jamais faire. »

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Le couple Clooney à l’avant-première de Catch 22, en Italie le 13 mai dernier. © Tiziana FABI / AFP

Ni la volubilité de l’avocate des droits de l’homme ni le regard de Nadia Murad n’ont obtenu gain de cause ce jour-là. Une résolution sur les violences sexuelles a bien été adoptée par 13 voix et 2 abstentions (Russie et Chine), mais vidée de sa substance par la Russie, la Chine et, surtout, les États-Unis. Le projet initial de résolution déposé par l’Allemagne était de créer un organisme international qui aiderait à poursuivre et juger les coupables, mais aussi à mieux protéger les survivantes, notamment les femmes enceintes. Pour satisfaire les lobbys opposés à l’avortement, les États-Unis ont fait retirer, lors des négociations, les mentions liées aux « droits sexuels et reproductifs ». En colère, l’ambassadeur de France à l’Onu, François Delattre, n’a pas mâché ses mots : « Nous sommes consternés par le fait qu’un Etat ait exigé le retrait de la référence à la santé sexuelle et reproductive. […] Il est intolérable et incompréhensible que le Conseil de sécurité soit incapable de reconnaître que les femmes et les filles qui ont subi des violences sexuelles en temps de conflit, et qui n’ont évidemment pas choisi d’être enceintes, ont le droit d’avoir le choix d’interrompre leur grossesse. »

Consternée, Amal Clooney a dû l’être aussi. Désarmée, loin s’en faut. Deux jours plus tard, accompagnée de son mari, elle se rendait à l’université Columbia pour annoncer que leur fondation commune (Clooney Foundation for Justice) s’associait à Microsoft afin de développer une application, Trialwatch, qui servira à scruter le fonctionnement de la justice à travers le monde en collectant les données dénonçant ses manquements, ses failles, ses abus. Les observateurs auront noté qu’Amal portait ce jour-là une robe bleue complétée par un trench-coat.

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C’est tout le paradoxe de la jeune femme, toute sa force aussi : elle est scrutée comme une princesse, s’habille comme une reine et s’exprime sur des thématiques terribles comme un ténor, terme qu’il faudra d’ailleurs songer à féminiser un jour. Une anti-Marie-Antoinette qui virevolte sous les flashs, dans les mots, pour les causes.

Amal n’a pas attendu George Clooney pour faire les gros titres. Elle a défendu Julian Assange, le fondateur du site WikiLeaks, Ioulia Tymochenko, l’ex-Première ministre ukrainienne, alors emprisonnée dans son pays, et Mohamed Fahmy, journaliste écroué en Egypte ; elle a plaidé la cause de l’ex-président des Maldives Mohamed Nasheed, s’est démenée pour le retour des frises du Parthénon en Grèce. On en passe.

Amal Clooney est partout. Son engagement, profond. Au point que son mari s’inquiète pour sa sécurité

Partout, Amal Clooney ferraille et combat, en tailleur Chanel, les ongles manucurés, les cheveux flottant dans une publicité permanente pour shampoing, à l’assaut de la misère du monde. Le glam au service du drame. Deux semaines avant sa prise de parole au Conseil de sécurité, elle assistait, à Dinard, à une conférence pour défendre la liberté de la presse lors d’un pré-G7 qui réunissait les ministres des Affaires étrangères des sept premières puissances mondiales. À cette occasion, le chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, l’a nommée « ambassadrice de la liberté des médias pour lutter en faveur de la liberté d’expression ».

Début avril, l’avocate défendait encore devant le tribunal de Munich la famille d’une petite fille yézidie que sa ravisseuse, une Allemande de l’Etat islamique, avait laissée mourir de soif. Le premier procès de ce type depuis la défaite militaire de Daech. Amal Clooney est partout. Son engagement, profond. Au point que son mari s’inquiète pour sa sécurité et celle de leurs enfants. En pleine promotion pour la série Catch-22, il s’en est ouvert cette semaine au Hollywood Reporter : « Mon épouse poursuit en justice le premier procès contre Daech. Nous avons donc de nombreux problèmes – de véritables problèmes de sécurité – à traiter quotidiennement. Nous ne voulons vraiment pas que nos enfants soient des cibles, nous devons donc être attentifs à cela. » Amal s’expose depuis toujours.

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Amal Clooney, à l’Assemblée Générale des Nations Unies, le 28 septembre 2018. © Angela Weiss / AFP

Au St Hugh’s college d’Oxford, les étudiants la surnommaient déjà « Juste Cause ». Avant d’entrer dans la célèbre université, cette bûcheuse a été formée dans un prestigieux lycée de filles, la Dr Challoner’s High School, à Little Chalfont, dans le Buckinghamshire, 17 000 euros l’année. On y délivre aux élèves une idée précieuse : les femmes peuvent tout faire, et souvent mieux que les hommes.

Sa mère, Baria Miknas, est une journaliste politique connue qui a interviewé Bill Clinton, Fidel Castro, Hussein de Jordanie…

Née à Beyrouth le 3 février 1978, issue de la grande bourgeoisie libanaise (les Alamuddin appartiennent à un puissant clan druze), Amal fuit la guerre avec ses parents à l’âge de 2 ans. En Angleterre, elle grandit dans un milieu cosmopolite, lettré, riche. Maison avec piscine, un grand-père ministre, l’autre médecin et directeur de l’hôpital américain de Beyrouth. Son père, Ramzi, dirige une agence de voyages et enseigne les sciences commerciales à l’université de Beyrouth. Sa mère, Baria Miknas, est une journaliste politique connue qui a interviewé Bill Clinton, Fidel Castro, Hussein de Jordanie et Indira Gandhi. Baria est aussi l’amie du leader palestinien Yasser Arafat. Depuis 2004, elle préside l’International Arab Charity, une association caritative qui œuvre pour le Moyen-Orient. Exégète des relations publiques, elle a transmis à sa fille les secrets pour traverser la vie en évitant les écueils de la médiatisation, tout en utilisant celle-ci à ses fins.

Amal l’a expliqué, après son mariage avec George Clooney, démocrate, philanthrope lui aussi engagé depuis des années au Darfour et en Syrie : « Je trouve merveilleux que les célébrités choisissent d’utiliser leur temps, leur énergie ou leur notoriété pour mettre des causes en lumière. Mais moi, je continue de faire le même métier qu’avant. » L’acteur vient d’ailleurs d’appeler au boycott des hôtels du sultan du Brunei (comme le Meurice ou le Plaza Athénée à Paris), afin de dénoncer un projet de code pénal inspiré de la charia.

« J’ai couché avec trop de femmes et touché à trop de drogues pour faire de la politique » plaisante George Clooney

Le couple le plus glamour du monde aurait pu se contenter de compter les bulles de champagne ; au lieu de quoi il s’expose, s’entête à rendre le monde un peu moins injuste, peut-être un peu moins bête. Au point de s’engager en politique ? « Un jour, George Clooney sera président. S’il est hétéro, je vous assure qu’il sera président », plaisantait, il y a quelques années, l’acteur Rupert Everett. Le comédien, dont le père s’engagea lui aussi en politique, s’est toujours montré intéressé par la chose publique tout en proclamant que son passé de patachon l’empêchait de franchir le pas : « J’ai couché avec trop de femmes et touché à trop de drogues pour faire de la politique. » C’était des années avant son mariage avec Amal. En attendant un hypothétique revirement, léger, sexy, le couple s’ingénie chaque jour à appliquer le conseil du poète autrichien Hugo von Hofmannsthal : « Il faut cacher la profondeur. Où ça ? À la surface. »

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