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Serena Williams : « Je n’ai pas dit mon dernier mot »

Serena Williams le 4 juillet 2019. | © GLYN KIRK / AFP

People et royauté

À nous deux Wimbledon. Son Âge, sa maternité, ses jeunes rivales… Beaucoup la voyaient prendre sa retraite. Erreur : Serena Williams a toujours soif de victoire. Interview.

« Bien sûr que je trouve ma fille mignonne ! Mais je ne lui répète pas à longueur de journée qu’elle est une jolie princesse. Je lui dis qu’elle est intelligente, qu’elle peut devenir doctoresse ou joueuse de foot, qu’elle peut devenir qui elle veut. Je lui apprends à avoir confiance en elle. » La plus grande joueuse de l’histoire du tennis élève sa fille en championne. « J’ai toujours voulu avoir des enfants, mais pas à ce stade de ma carrière. Ça ne faisait pas du tout partie de mon plan. » C’est pourtant exactement ce qu’il s’est passé, lors de l’Open d’Australie, en janvier 2017. A 35 ans, la légende du tennis réalise un exploit d’une ampleur sans précédent. Face à sa rivale de toujours, sa sœur, Venus, elle remporte son 23e tournoi de Grand Chelem et bat le record de victoires de l’ère Open. Le moment est historique, Serena redevient numéro 1 mondiale. Et depuis deux jours, elle sait qu’elle est enceinte.

Serena pose pour Paris Match, avant de se rendre au 5e gala de charité de la fondation Champ’Seed créée par son mentor, Patrick Mouratoglou. © Vincent Capman / Paris Match

Dans la chambre d’hôtel où elle se maquille avant d’aller au gala de la Mouratoglou Academy, la star nous raconte ce combat qu’elle revit en boucle. « Je ne sais même pas comment j’ai fait pour gagner. J’ai le sentiment que l’être que je portais m’a aidée. J’étais si calme ! Je n’avais aucune pression, parce que je savais que si je perdais, j’avais la meilleure excuse du monde. Physiquement, je n’étais pourtant pas en forme. C’est pourquoi j’ai voulu expédier le match en deux sets : en trois, je n’aurais pas tenu. » Résultat : 6-4, 6-4. Serena s’effondre de joie au sol. Dans les gradins, c’est une standing ovation. Plus tard, sa sœur en plaisantera : « C’est injuste, elles étaient deux contre une ! »

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Pour la première fois de sa vie, Serena va décider de faire passer sa vie privée avant le tennis. Et le père ? Depuis 2016, on dit qu’ils filent le « parfait amour ». Alexis Ohanian est le cofondateur de Reddit, un des sites les plus visités au monde. « Il est blanc, je suis noire. J’ai passé ma vie dehors, sur un court de tennis ; lui, derrière un ordinateur dans la Silicon Valley. Nous sommes totalement opposés, mais nous savons ce que travailler dur signifie. Je ne pensais pas vivre une si belle histoire d’amour, mais j’étais prête dans ma tête à être en couple et, quand nous nous sommes rencontrés, tout s’est fait naturellement. » Il fait alors sa demande en mariage, ils attendent une petite fille. Tout s’annonce rose… Ça ne le sera pas.

Le 23 juin, au Mouratoglou Resort, à Biot, Serena et son mari, Alexis Ohanian.
Le 23 juin, au Mouratoglou Resort, à Biot, Serena et son mari, Alexis Ohanian. © Vincent Capman / Paris Match

Si la grossesse de Serena se passe bien, l’accouchement manque la tuer. « Je suis censée être une des plus grandes athlètes au monde ! Je voulais que la première chose que ma fille voie soit une femme forte. Sauf que, à ce moment-là, je me sentais si faible que j’ai accepté la césarienne. » Le 1er septembre 2017, Olympia Alexis Ohanian Jr naît à West Palm Beach, en Floride. Très vite, la jeune maman n’arrive plus à respirer. Elle, qui connaît son corps mieux que personne, comprend vite : elle souffre d’une embolie pulmonaire. La même que celle qui a failli l’emporter en 2011. Trois opérations et cinq jours plus tard, Serena va bien, mais la convalescence sera longue. Au point qu’elle se demande si elle « reviendra » jamais. « J’ai pensé que, peut-être, je n’avais plus besoin de jouer. J’avais tout gagné, tout réussi, même remporter un tournoi de Grand Chelem enceinte ! A peine avais-je émis cette hypothèse que j’ai été submergée par l’émotion. Je ne veux pas partir à la retraite. Le tennis est ma passion, ce que j’aime faire le plus au monde ! » « Olympia deviendra une grande championne de tennis », pronostique son père. « Sauf si je suis toujours dans le circuit ! » répond-elle.

21 août 2018, elle partage les jeux de sa fille, Olympia, 1 an.
21 août 2018, elle partage les jeux de sa fille, Olympia, 1 an. © DR

Après plusieurs semaines, Serena reprend l’entraînement auprès de son coach, le Français Patrick Mouratoglou. Comme il le répète souvent : Serena ne revient jamais pour être présente, elle revient pour gagner. Mais la fameuse 24e victoire en Grand Chelem, celle qui lui permettrait d’arracher à l’Australienne Margaret Court son record absolu, se fait encore attendre. « Je savais que faire mon retour serait dur. Je ne pensais pas que ça le serait à ce point. Et puis il y a la peur. Ce sentiment a toujours été nécessaire dans mon sport. Là, j’ai peur de ne pas réussir à être en même temps la meilleure athlète au monde et la meilleure mère au monde. » Sauf que, avec son mental de tueuse, Serena ne lâche rien et est une fois encore présente à Wimbledon début juillet. Championne avant tout.

Dans la surprenante tenue qui sera interdite lors du tournoi de Roland-Garros en 2018 .BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Même pour son mariage, le 16 novembre 2017, elle n’a pas quitté ses baskets Nike, à paillettes cette fois. Parmi les invités : Beyoncé, Eva Longoria, Kim Kardashian et Anna Wintour. Plus que le succès, la gloire. Ce qui n’interdit pas de penser à l’avenir. Pour cela, Serena a développé une entreprise de fonds d’investissement, Serena Ventures, destinée à financer des sociétés et à aider des femmes et des entrepreneurs issus de la diversité à accéder au sommet de la hiérarchie. Elle aurait déjà choisi une trentaine de start-up. A quoi s’ajoute la création d’une marque de vêtements sobrement appelée Serena. Championne, mère, épouse, créatrice, businesswoman… et icône féministe. Un statut qu’elle s’est octroyé grâce à ses multiples prises de parole sur la place des femmes dans le sport. Sans peur de la polémique. Comme à l’US Open, où elle a cassé sa raquette et traité l’arbitre de menteur. Il venait de la pénaliser parce que son coach lui avait donné une indication depuis les gradins. Un geste qu’elle n’avait même pas vu ! Pour elle, un arbitrage sexiste.

Superstitieuse sur le court Philippe-Chatrier, en 2019. On peut lire les mots : déesse, mère, championne.
Superstitieuse sur le court Philippe-Chatrier, en 2019. On peut lire les mots : déesse, mère, championne. © Tim Clayton – Corbis / Getty Images

Quand elle laisse parler sa fragilité, on explique que c’est de l’énervement, un caprice de star. Pas du tout, maintient-elle. « Devenir mère a fait ressortir mon côté sensible. C’est un aspect de ma personnalité que tous mes proches connaissent, mais que j’ai toujours caché sur le court et dans les vestiaires. Parce que quand on est une athlète féminine il faut jouer les dures à cuire. Depuis la naissance d’Olympia, je n’ai plus peur de montrer ma fragilité. » Roland-Garros a banni sa combinaison moulante noire, spécialement créée pour favoriser la circulation sanguine. Elle est revenue l’année suivante avec une tenue floquée des mots « mère », « déesse », « reine » et « championne », en français dans le texte.

Aujourd’hui, Serena Williams est bien plus qu’une championne. L’exemple ultime pour les jeunes Noires américaines, qui trouvent dans son histoire tous les ingrédients de la success-story : comment une petite Afro-Américaine venue des mauvais quartiers de Los Angeles peut devenir la sportive la mieux payée de la planète. Selon Forbes , sa fortune est estimée à 225 millions de dollars. Alors, Serena… une surfemme, comme on dit un surhomme ? Sûrement pas, se récrie-t-elle. « Je suis la personne la plus simple du monde. Il se trouve juste que je joue particulièrement bien au tennis. »

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