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La princesse Haya sous la protection de la Reine d’Angleterre

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La princesse Haya et Elisabeth II en 2016. | © JUSTIN TALLIS / AFP.

People et royauté

Fille de Hussein de Jordanie et épouse de l’Emir de Dubaï, la princesse Haya s’est réfugiée à Londres et demande le divorce.

 

Voici un nouveau dossier sensible sur la table de la baronne Shackleton de Belgravia. Du lourd et du juteux comme l’affectionne l’honorable lady, une star du barreau londonien. L’avocate britannique est une spécialiste des divorces de haut vol. À son actif, ceux du prince Charles et de lady Di, et du prince Andrew et de Sarah Ferguson.

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Cette fois, c’est Haya Bint Al-Hussein, princesse de sang et d’alliance, qu’elle va défendre. La demi-sœur du roi Abdallah de Jordanie est mariée au cheikh Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum, l’émir de Dubaï, l’un des cinq souverains les plus riches de la planète. Mais elle vient de lancer une procédure de divorce depuis l’Angleterre où elle s’est réfugiée avec ses deux enfants, Al-Jalila, 11 ans, et Zayed, 7 ans.

Depuis quelques semaines, elle vit enfermée dans sa maison de 100 millions de dollars à Kensington Palace Gardens, l’enclave londonienne des ambassades et des résidences de milliardaires. Avec la peur d’être enlevée pour être « rendue » à son mari. Comme quoi les scandales conjugaux ne sont pas l’apanage de la cour britannique. Sauf que, dans les royautés musulmanes, le linge sale ne se lave pas en public. Généralement, on ne connaît ni la tête ni le nom des femmes des souverains des émirats. La princesse Haya fait figure d’exception : c’est une princesse qu’on affiche, lors des nombreuses manifestations caritatives ou des événements mondains du gotha.

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La princesse et son mari, le Sheikh Mohammed Bin Rashed Al Maktoum, en mai 2008. © Abacapress.

Dubaï est à l’Orient ce que Monaco est à l’Occident : un micro-Etat devenu super-riche, dirigé par un souverain qui sait organiser sa promotion et dont la meilleure publicité est la First Lady, titre jamais aussi bien porté puisqu’il y en a tellement d’autres …

Elle prétend être la seule femme à avoir le permis poids lourd en Jordanie

Cheikha Haya est la sixième épouse, aussi souriante et chaleureuse que son mari est glacial et sévère. Elle est la fille du roi Hussein, le père de la Jordanie moderne, et de la reine Alia, fervente partisane de l’émancipation de la femme arabe. De cette mère, disparue dans un accident d’hélicoptère alors qu’elle-même n’avait pas 3 ans, Haya a hérité un esprit libre, le goût de l’engagement pour les déshérités et un passeport britannique. Née en Jordanie, elle s’est envolée à 11 ans vers l’Angleterre, le cœur gros, pour y suivre toute sa scolarité avant de revenir à Amman diplômée d’Oxford en philosophie, sciences politiques et économiques.

« Elle déclare se passionner pour la fauconnerie et l’artillerie lourde, et elle prétend être la seule femme à avoir le permis poids lourd en Jordanie », rapporte la BBC. Elle a aussi confié au magazine britannique Tatler qu’elle aurait adoré piloter un 30-tonnes, comme le routier tatoué du « Convoi de l’extrême », son reality show préféré. Aujourd’hui, elle conduit des bolides et avoue avoir un faible pour l’Aston Martin chère à James Bond. Athlète, de surcroît, qui troque volontiers ses Cartier et autres Rolex contre une montre connectée qui lui permet de vérifier qu’elle effectue bien ses 10000 pas par jour.

Il y a trois ans, elle s’entraînait pour les 90 kilomètres du Walkathon, une marche de vingt-quatre heures organisée à Dubaï. La princesse a toujours encouragé le développement du sport féminin dans les pays arabes.

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La princesse avec le prince Charles et Camilla en septembre dernier. © Daniel LEAL-OLIVAS / AFP.

En 2004, on la retrouve dans les gradins, à Dubaï, pour soutenir la première équipe de football féminine des Emirats. Mais au ballon rond et aux crampons, elle préfère la cravache et les bottes. Depuis ses 10 ans, âge auquel son père, cavalier émérite comme tout bon souverain arabe, lui offre son premier poulain, la princesse s’adonne à sa passion: l’équitation.

La princesse est la première femme à intégrer l’équipe jordanienne d’équitation

À 20 ans, Haya se consacre à la compétition hippique de haut niveau. Une belle Orientale immergée dans l’univers très masculin des paddocks, parcourant le monde à bride abattue, cela ne s’était Sur le yacht «  Maiden  » avec le prince Charles et Camilla, en septembre 2018. Dans le cadre d’une campagne pour l’éducation des filles, la princesse Haya finance le tour du globe du navire. jamais vu. Elle est la première femme à intégrer l’équipe jordanienne d’équitation, la seule à avoir remporté une médaille aux Jeux panarabes. Lors des Jeux olympiques de Sydney, en 2000, elle représente le royaume hachémite en saut d’obstacles. « Lorsque je suis à cheval, je suis libre. Ces animaux sont vrais. Ils me font oublier mon titre », confiait-elle en 2001.

C’est tout naturellement lors d’une manifestation équestre, en 2001, qu’elle tombe sous le charme du futur émir de Dubaï, propriétaire de Godolphin, une des plus prestigieuses écuries de course au monde. Trois années plus tard, ils se marient. Elle a 29 ans ; lui en a 54. Déjà père de 21 enfants de 5 autres épouses, il possède près de 1000 pur-sang et plusieurs milliards de dollars (17 en 2017, selon Forbes). Chef d’Etat héréditaire du plus célèbre des sept Emirats arabes unis, Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum en est aussi le vice-président, le Premier ministre et le ministre de la Défense. Du désert, ce prince un rien mégalo a fait émerger une cité mondialisée où le commerce et le tourisme de luxe ont pris le relais de la rente pétrolière. Une ville de la démesure, avec des centres commerciaux gigantesques et le plus haut gratte-ciel du monde. De quoi éblouir sa jeune épouse qui, tout au long des interviews, exprime son admiration.

Il y a encore quelques mois, elle déclarait au magazine Emirates Woman : « Chaque jour je suis stupéfaite par ce qu’il accomplit et je remercie Dieu d’être à ses côtés. » En juin dernier, pourtant, Haya n’a pas accompagné son mari à Ascot, prestigieux rendez-vous hippique où elle avait coutume de retrouver le gratin britannique et international, et qu’elle n’aurait manqué pour rien au monde. C’est pour elle l’occasion de séjourner à Newmarket, la propriété de l’émir dans le Suffolk, où sont élevés des pur-sang.

Tous les ans, on aperçoit le couple en compagnie de la reine Elizabeth et surtout de ses amis, Charles et Camilla. En la circonstance, l’émir abandonne son keffieh pour le haut-de-forme, dress code oblige, et Haya arbore un des nombreux chapeaux dont elle fait collection. Cette année, son absence a suscité des interrogations. Il fallait sinon une révolution, du moins une révolte, pour la justifier … Quelques jours plus tard, on apprend que la princesse Haya a fui le palais de Dubaï.

Avec l’aide d’un diplomate allemand, elle aurait fait escale outre-Rhin avant de poser ses bagages au Royaume-Uni. Aujourd’hui, elle dit craindre pour sa vie. C’est que l’émir, qui se targue d’être poète, a posté sur Instagram quelques vers assassins : « Toi, la traîtresse … ta place n’est plus avec moi … cela m’est égal que tu vives ou que tu meures. »

A 16 ans, déjà lasse de vivre dans une cage dorée, elle s’était échappée mais avait été rattrapée à la frontière …

Certaines rumeurs rapportent que la princesse aurait offert d’innombrables cadeaux à son garde du corps, un ancien officier de l’armée britannique. L’apprenant, l’émir serait entré dans une grande colère … D’autres sources, comme Radha Stirling, la directrice de l’ONG Détenus à Dubaï, affirment que Haya aurait découvert les mauvais traitements que son mari infligerait à l’une de ses filles. L’an dernier, en effet, la princesse Latifa, 32 ans, a pris elle aussi la poudre d’escampette. Pour la deuxième fois.

À 16 ans, déjà lasse de vivre dans une cage dorée, elle s’était échappée mais avait été rattrapée à la frontière … et mise à l’isolement pendant trois ans. C’est ce qu’elle raconte dans la vidéo qu’elle a pris soin de poster sur YouTube avant de tenter un nouveau départ : elle y attire l’attention sur son sort et sur la situation des femmes dans son pays. Très grand succès d’audience : elle sera visionnée 3,5 millions de fois. Comme quoi la modernité et la tolérance affichées par l’émir s’arrêtent aux portes du palais.

L’émir pourrait-il exiger le retour de sa femme, dont l’un des passeports est britannique ?

Latifa, cette fois, embarque pour l’Inde sur un yacht privé. Hélas quelques jours plus tard, elle est rattrapée au large de Bombay et ramenée sous bonne escorte à Dubaï. Ensuite, on ne l’a plus vue. Latifa n’est réapparue qu’en décembre, après que les organisations de défense des droits de l’homme, et même l’Onu, se sont inquiétées de sa disparition. Une séance photo est alors organisée par la princesse Haya en personne. Pour montrer que sa belle-fille n’est pas séquestrée, elle a même invité son amie Mary Robinson, ex-présidente d’Irlande et ancienne haut-commissaire des Nations unies, qui pourra témoigner que la princesse est en bonne santé, même si elle explique que Latifa est « perturbée … et suivie en psychiatrie » où elle « jouit de soins aimants ».

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Haya cherche donc encore à défendre la réputation de son mari, qu’elle ne peut pas croire coupable de maltraitance. C’était il y a sept mois. Depuis, elle ne se sentirait plus en sécurité à Dubaï. L’émir pourrait-il exiger le retour de sa femme, dont l’un des passeports est britannique ? Véritable casse-tête diplomatique pour le Royaume-Uni, qui a des liens commerciaux et de défense importants avec les émirats arabes. Mais c’est la bataille juridique sur le sort des deux enfants qui s’annonce la plus rude. Selon le droit musulman, ou charia, leur éducation relève exclusivement de l’autorité du père.

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