Paris Match Belgique

Ana Girardot, la belle raconteuse : « À 30 ans, tout me semble possible »

Ana Girardot retrouve Klapisch dans "Deux moi", son prochain film. | © Hadrien Duré

People et royauté

Solaire et spontanée, la jeune femme incarne à merveille une élégance décontractée très parisienne. Passionnée de mode, elle voit actuellement sa carrière prendre un nouvel envol et se retrouve au premier plan de la comédie sentimentale de Cédric Klapisch Deux moi qui sortira le 11 septembre.

30 ans, c’est juste l’âge de son héroïne dans le nouveau film de Cédric Klapisch, peinture tendre et juste d’une jeunesse confrontée à la solitude des grandes villes à l’heure des réseaux sociaux et à l’exigence, parfois inepte, de la vie professionnelle. Mélanie et Rémy (François Civil) sont voisins, célibataires et fortement déprimés. Ils se croisent sans cesse sans se connaître. Contraints à consulter un psy (excellents Camille Cottin et François Berléand), ils vont apprendre une chose essentielle : se permettre d’être heureux.

Lire aussi > Doria Tillier : « J’admire les gens qui font rire »

Ce personnage de jeune femme en souffrance et pourtant pleine d’envie et de joie refoulée va comme un gant à Ana Girardot dont la grâce illumine l’écran. Elle retrouve le réalisateur Klapisch et François Civil après le joli succès de Ce qui nous lie en 2017. Pour l’heure, la fille des comédiens Hippolyte Girardot et Isabel Otero voit plus la vie en rose qu’en gris. Les projets s’enchaînent et elle s’est très récemment installée dans son nouveau « chez elle ». « Je viens de déménager dans ma nouvelle maison et j’ai vraiment le sentiment de débuter une autre page de ma vie. » Férue de mode, elle a pris avec autant d’aisance que de plaisir la pose pour Paris Match Belgique.

Paris Match. Le film « Deux moi » marque vos retrouvailles avec Cédric Klapisch. Que vous apporte ce réalisateur ?
Ana Girardot. Il observe beaucoup ses comédiens et écrit ses personnages par rapport à eux. C’était déjà le cas pour le tournage de « Ce qui nous lie » qui a duré 9 mois, le scénario évoluait constamment, collant toujours plus à des éléments que nous pouvions apporter. Avec Deux moi, Cédric nous connaît encore mieux, il savait que nous pourrions explorer en profondeur des parties de notre personnalité pour nourrir nos personnages. C’était d’autant plus important d’apporter une part intime et plus nostalgique de notre caractère que Cédric nous trouvait trop « bien portants » ! François Civil et moi sommes des personnes assez solaires dans la vie. Il a donc fallu apprendre en quoi consistait un état de dépression et comment l’interpréter, tout en livrant également des particularités qui nous ressemblaient. Un travail d’exploration mais aussi intime.

Vous avez effectué un long travail de recherche afin de cerner l’état dépressif, mais aussi le métier de chercheuse, celui de votre personnage. Est-ce une part des plus passionnantes de votre travail de comédienne ?
C’est, en effet, un grand plaisir que de pouvoir apprendre au gré des rôles. Pour ce film, j’ai rencontré différents psychologues afin de comprendre quel est ce sentiment de se confier à quelqu’un. La psychothérapie a été une vraie découverte pour moi. Rencontrer un psy ne se fait pas exclusivement quand on va très mal, on peut juste parler sans être jugé et en apprendre plus sur soi. J’ai eu aussi la chance de rencontrer des femmes incroyables à l’Institut Marie Curie, travaillant sur des recherches qui peuvent nous paraître infimes et pourtant changer nos vies.

Son modèle d’élégance ? Sa grand-mère, raffinée même dans la simplicité. Collier métal et perles de verre et Jean’s Chanel. Chemise Les vraies filles dans la vraie vie. ©Hadrien Duré

Vous incarnez ici une certaine idée du romantisme du XXIe siècle, entre lucidité et espoir.
Ce qui est beau avec ce film c’est que nos personnages ne cèdent pas, malgré leur mal-être, à la tristesse absolue, il s continuent à y croire. Ils restent rêveurs, ont envie de plus. Et c’est ce qui les sauve.

Pensez-vous être à un tournant de votre vie personnelle et professionnelle ?
Cette année de mes 30 ans est une année charnière. La confiance de Cédric Klapisch m’a confortée dans ma capacité à porter des personnages très différents sur mes épaules. Je me suis aussi recentrée sur moi et je pense avoir retenu les leçons du film : m’autoriser à être heureuse. J’ai pris le pouvoir de ma vie, je crois en mes capacités. La confiance en soi attire la confiance des autres. La preuve : je vais réaliser mon premier court-métrage cette année ! J’ai toujours aimé raconter des histoires et l’écriture fait partie de ma vie depuis l’enfance, j’ai même essayé d’écrire un roman à 13 ans. Mais lier l’écriture et l’image me procure une sensation enivrante, j’ai vraiment le contrôle de ce que je fais. D’ailleurs, je m’implique plus comme comédienne, je prépare en profondeur mes personnages. J’ai aussi la volonté de mieux contrôler mon image. J’ai avant cédé à la tentation de m’exposer sur Instagram, de montrer une image de moi mais sans réelle réflexion. Pour récemment me demander si j’aimais encore le métier de comédienne pour les raisons qui étaient les miennes à mes débuts, quand je suis partie à New York et que je travaillais avec ma prof de théâtre, m’amusant à interpréter une foule de personnages. Là, j’ai recommencé à m’amuser et j’ai des envies de comédie.

30 ans : le bel âge

Écriture, cinéma, design d’une ligne de sacs « Ana G » … Avez-vous un besoin irrépressible de créer ?
Ma mère m’a dit récemment que mon monde était celui de la créativité. Dans la nouvelle maison que je me suis offerte, j’ai tout décoré, pensé au moindre détail, aménagé chaque pièce. Je suis contente qu’elle soit à mon image. En dessinant ma ligne de sacs, j’ai aimé le choix et le toucher des matières. De même, quand je suis devenue égérie de la marque Pablo, j’ai tenu à créer une collection capsule. J’aime dessiner et peindre, un autre canal d’expression que j’apprécie beaucoup. Même en cuisine, je bombarde mes proches de mes inventions culinaires ! Mais si je suis une créative, je n’ai pas la fibre businesswoman ! Il faudra que je trouve un collaborateur si je veux continuer à développer ma ligne de sacs. Je ne laisse pas tomber cette idée.

J’ai pris le pouvoir de ma vie, je crois en mes capacités.

En tant qu’égérie, êtes-vous Ana Girardot ou incarnez-vous un personnage ?
Je pense que je joue un personnage mais je voulais incarner plus qu’un visage en créant deux collections de 20 pièces. J’adore le milieu de la mode, aller aux défilés… Ma grand-mère paternelle est mon modèle, elle est extrêmement élégante, fait attention à assortir sa tenue à ses accessoires, porte de grands manteaux, des pantalons très bien coupés. Elle m’inspire énormément. Dans un domaine plus connu, Lauren Hutton incarne aussi une féminité très élégante mais sans ostentation.

Cinéma, déco, design, cuisine, peinture… Une vie à inventer. ©Hadrien Duré

Était-il impensable de faire autre chose que comédienne avec les parents que vous avez ?
J’ai baigné dans le cinéma depuis toujours et j’ai eu une caméra très jeune, je filmais tout ce qui m’entourait, mon chat, ma famille, moi-même… Pourtant, je répétais que je ne voulais pas être comme mes parents, évidemment ! Mais ma prof de théâtre à New York a bouleversé ma vie et m’a fait comprendre à quel point j’aimais inventer des personnages. À 30 ans, tout me semble possible. J’ai beaucoup voyagé, mon autre passion, et j’avais peur de me sentir bloquée par le théâtre. Mais j’ai enfin envie de me poser, je suis très heureuse à Paris et j’espère bien concrétiser des projets de scène.

Que vous réservent les prochains mois ?
Je viens de terminer un film de Lola Doillon adapté de la BD de Fabcaro Moins qu’hier (plus que demain). Je vais commencer le tournage du film de Quentin Reynaud avec Alex Lutz. Et j’ai fait un film Naufrages de Dominique Lienhard avec un acteur belge incroyable, une vraie perle, Igor Van Dessel. Je lui ai promis de revenir très vite boire une bière avec lui.

L’actrice court les défilés, a créé une ligne de sacs et deux collections de vêtements. Robe en satin et chaussures Chanel.

Vous qui aimez tant les voyages, pour quelle ville craquez-vous le plus ?J’ai vécu un peu à Rome, une ville qui me touche beaucoup, par les gens, la nourriture, la lumière, l’architecture… Rome est ma ville favorite après Paris. Mais j’aime l’Italie, j’ai fait des repérages à Venise pour le tournage de mon court-métrage.

Un souvenir de voyage mémorable ?
Un coucher de soleil dans le Grand Canyon. La lumière change, s’accroche aux roches et offre un spectacle magique.

CIM Internet