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La princesse Esmeralda à la conquête du Kilimandjaro

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La princesse Esmeralda en compagnie de sa file durant l'ascension. | © Alex Moncada

People et royauté

Un défi relevé par la princesse dans le but de mettre en lumière une femme remarquable : Neema Namadamu.

Récit de Esmeralda de Belgique
Reportage photographique Alex Moncada

Coiffé de son éternelle calotte enneigée, le Kilimandjaro reste une montagne mythique. Le massif volcanique aux trois pics, Shira, Mawenzi et Kibo, figure au patrimoine de l’Unesco et au nombre des fameux sept sommets du monde. Ses 5 895 mètres en font la plus haute montagne isolée et le deuxième sommet le plus proche du soleil ou le plus éloigné du centre de la terre, après le Chimborazo d’Equateur.

Héritière de la soif d’aventure de son père, le roi Léopold III, Esmeralda de Belgique a voulu, avec sa fille Alexandra et son cousin Jan Davidson Moncada, relever le défi physique et mental de son ascension afin de récolter des fonds pour l’association « Hero Women Rising » d’une femme hors du commun : Neema Namadamu. La princesse a été inspirée par le courage de cette militante qui fait fi de tous les dangers et obstacles. Et ceux-ci sont nombreux sur les chemins de l’ascension.

Le soir qui précède l’ascension, une pensée tourne dans ma tête : la haute montagne est un environnement hostile qu’il faut apprivoiser. Y parviendrons-nous ? Je pense à Neema, mon amie, ma sœur, qui a surmonté bien des obstacles et accompli des exploits tellement plus significatifs. Je dois y parvenir pour elle.

Les neiges éternelles du Kilimandjaro. Ces glaciers ont des milliers d’années. © Alex Moncada

Jour 1

Il est 8 heures 30 et le chauffeur de l’agence tanzanienne locale nous attend pour nous conduire à la porte Machame, l’un des accès du parc du Kilimandjaro. Sur la route, je tente d’apercevoir cette montagne que nous allons escalader, mais les nuages la camouflent entièrement. Au milieu d’une foule dense de randonneurs et de porteurs qui résonne de nombreuses langues différentes, nous rencontrons certains membres de l’équipe qui va nous accompagner pendant une semaine : Sam, le chef guide, et son adjoint Godwin Makwaia, 29 ans, qui marchera devant nous pour donner l’allure et le rythme de notre progression, Musa, le cuisinier, Yohana le serveur, Joel le porteur en charge du caisson de recompression et de l’oxygène en cas de besoin, et tous les autres porteurs qui acheminent nos tentes, la tente du mess, les quatre chaises métalliques, la nourriture. Au fil des jours, ils seront notre véritable famille, avec leurs sourires, leurs encouragements et leur bonne humeur.

Les conditions ne sont pas faciles pour les quelque 15 000 porteurs qui accompagnent les 40 000 touristes qui tentent l’ascension chaque année. Certaines agences peu scrupuleuses les paient mal et ne respectent pas les charges maximales de 20 kilos imposées, en glissant de l’argent à l’officier chargé du pesage. Les porteurs sont parfois pas assez chaudement vêtus ou mal chaussés. Mais leur situation s’est améliorée ces dernières années, avec l’adoption d’une charte de « voyagiste responsable » et l’implication de la direction des parcs tanzaniens, soucieuse de leurs droits et de leur bien-être.

Nous suivons Godwin pas à pas sur le sentier qui serpente dans la forêt. Au bout de 20 kilomètres, nous atteignons notre premier camp, où les porteurs ont déjà dressé nos tentes et préparé le repas. Nous dormons à 3 000 mètres.

Entre 1 800 et 3 000 mètres, la végétation est luxuriante sur les pentes du kilimandjaro. © Alex Moncada

Jour 2

« Toc toc ». La voix de Yohana me réveille et sa figure souriante s’encadre dans l’ouverture de ma tente. Il apporte un café fumant et la bassine d’eau chaude pour les ablutions du matin. Un plantureux petit déjeuner nous attend ensuite au mess, avec porridge, œufs brouillés, toasts et fruits. Le ciel est limpide et, merveilleuse surprise, pour la première fois, nous apercevons le volcan Kibo du Kilimandjaro et sa calotte de neige. C’est une vue impressionnante.

Notre guide nous a raconté que lorsqu’il accompagnait un couple d’Italiens d’environ 70 ans, chaque fois que la dame regardait le sommet, elle s’exclamait avec un certain effroi : « Santa Maria de la montagna ! » Jusqu’au dernier jour où elle décida, au camp de base, de renoncer à conquérir cette montagne qui l’impressionnait tant.

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Ce matin, cette histoire me trotte dans la tête. Mais il est temps de prendre la route. Le paysage a complètement changé. Nous sommes au milieu des landes et les bruyères sont recouvertes de lichen ressemblant à de longues barbes blondes. Atteignant le plateau de Shira, nous découvrons les séneçons géants, énormes arbres fleuris endémiques du parc, qui se dressent devant nous. La crête de Shira est raide et nous transpirons sous le soleil équatorial.

Ma fille, en pleine forme, monte à son rythme rapide. Le guide la laisse faire, conscient que ses 20 ans exigent un peu de liberté et d’indépendance. Déjeuner au camp de Shira. Dans l’après-midi, nous effectuons une randonnée d’acclimatation en découvrant les vestiges d’un ancien cratère jonché d’énormes roches de lave calcinée. Ce soir, nous dormons à 3 840 mètres d’altitude. La nuit est constellée d’étoiles et il gèle.

Camp de Shira à 3 750 mètres d’altitude. © Alex Moncada

Jour 3

Le sol est tout blanc à notre réveil. Les porteurs s’affairent déjà à plier bagages. Des randonneurs se brossent les dents en admirant la vallée visible jusqu’aux nuages beaucoup plus bas. Au fil des jours, nous avons sympathisé avec nombre d’entre eux : Italiens, Australiens, Japonais, Israéliens, Espagnols… Jeunes et moins jeunes, ils sont tous ici pour vivre un rêve et souvent recueillir des fonds dans un but philanthropique.

Nous reprenons notre marche sur les longues lignes de crête dans la zone désertique. À tout moment, notre guide lance : « Attention à gauche ! Attention à droite ! » lorsqu’un groupe de porteurs nous dépasse en courant. Véritables cabris, ils se déplacent à grandes enjambées, fardeaux sur les épaules ou sur la tête, dans un exercice d’équilibre improbable, tout en chantant et en nous saluant avec un grand sourire.

Après quatre heures de marche et une montée abrupte, nous parvenons à la Tour de lave, un immense rocher de basalte de 100 m de hauteur près duquel nous déjeunons à 4 600 mètres. Nous supportons tous bien l’altitude. Dans l’après-midi, nous redescendons vers le camp de Barranco pour passer la nuit à 3 995 mètres. Nous apprenons que les trois fringants Madrilènes qui nous ont souvent dépassés ne sont pas en grande forme : l’un d’eux en particulier souffre de maux de tête et de vomissements. C’est ce soir-là, lors de notre briefing quotidien, que Sam nous annonce que le lendemain matin, nous devrons démarrer très tôt pour devancer randonneurs et porteurs, car la première difficulté est le mur de Barranco, un passage étroit le long d’une falaise où il est périlleux de se faire dépasser.

5 000 mètres d’altitude. Lever de soleil lors de l’escalade vers le sommet. La température descend autour des -10°C… © Alex Moncada

Jour 4

Départ avant le lever du soleil, nos lampes sur le front. J’ai quelques appréhensions : bien que fille et petite-fille de grimpeur, je souffre de vertige. L’impressionnante muraille de Barranco se dresse devant nous avec les premiers rayons du soleil. Il faut s’aider des mains pour se hisser d’un bloc de pierre sur un autre, parfois coller le dos à la paroi pour avancer latéralement, et surtout ne pas regarder vers le précipice.

Au bout de trente minutes de cet exercice durant lequel ma fille m’a beaucoup encouragée, nous gagnons les flancs sud du massif du Kilimandjaro pour un trekking moins éprouvant vers le camp de Karanga, à 3 995 mètres. Un hélicoptère qui se dirige vers le camp de base nous survole. Sans doute un randonneur à rapatrier dans la vallée. Nous déjeunons en dehors de la tente sous un soleil de plomb. Mais dès qu’un nuage le voile, il fait subitement froid.

Dans l’après-midi, après cinq heures de marche sur un sentier qui grimpe régulièrement, nous arrivons à Barafu, 4 600 mètres, le camp de base du Kilimandjaro. Ce soir, plantureux dîner pour prendre des forces. Yohana nous prépare à chacun une bouteille d’eau très chaude qui nous servira de bouillotte. Dans la nuit, la température plonge autour de -10°C. Il me faut du courage pour m’extirper de ma tente à minuit pour rejoindre la toilette portable. Pas le choix cependant lorsqu’on est forcé d’avaler près de trois litres d’eau par jour pour contrer les effets de l’altitude.

La princesse Esmeralda. © Alex Moncada

Jour 5

Réveil à 3 heures. Un vent glacial souffle sur le camp. Nous avalons porridge et toasts et, à 4 heures, commençons notre ascension vers le sommet. « Pole, pole » (lentement, lentement), répète notre guide. Ce matin, je porte un sous-pull et un legging en laine, un t-shirt à longues manches, une polaire fine et une polaire plus épaisse, un pantalon de ski, une grosse doudoune, des chaussettes de randonnée, des gants, un bonnet et une écharpe. Et, bien entendu, ma lampe frontale. La bise cingle les joues et brûle les lèvres. Mais, très vite, l’effort nous réchauffe et nous contraint à ôter une couche de vêtements.

Dans la nuit, au loin, on aperçoit, tel un essaim de lucioles, les lumières des randonneurs partis avant minuit pour assister au lever de soleil au sommet. Nous avons choisi de l’atteindre de jour. Deux avantages à cela : une montée comptant moins d’heures de froid nocturne et moins de monde sur le sentier.

La progression est très lente. À 5 000 mètres, la respiration est difficile, chaque pas est un effort. Alexandra ressent un violent mal de crâne et prend un cachet de paracétamol. Jan souffre énormément : ses jambes ne le portent plus et il doit s’arrêter tous les vingt pas environ. « Buvez, buvez ! » recommande Godwin. Dans mon sac, l’eau de ma poche à eau a gelé. Je dois utiliser une bouteille en plastique.

Godwin est toujours en tête pour marquer la cadence et demande que Jan lui emboîte le pas. Il s’arrêtera autant de fois que nécessaire pour le laisser reprendre des forces. Le ciel se strie de rouge et d’orange et nous assistons à une aube merveilleuse éclairant le mont Meru, deuxième sommet le plus haut d’Afrique. Il fait chaud à présent et nous enlevons nos doudounes. Jan peine de plus en plus. Du coin de l’œil, je remarque que Sam et Godwin s’inquiètent un peu du retard. Ils calculent en effet le temps nécessaire pour atteindre le sommet, mais aussi le temps que nous y passerons, et ensuite la longue descente de retour au camp de base qui doit se faire avant que la nuit. Godwin jette un coup d’œil à sa montre et Jan lui lance avec une légère agressivité : « Est-on à la bourre ? Vous chronométrez nos arrêts à présent ? »

©Alex Moncada

Le guide ne répond rien. Il sait d’expérience que la haute montagne et l’altitude peuvent rendre les gens irritables. Et nous continuons en silence. Je me force à regarder le sol et à mettre mes pas dans ceux de Jan, qui me précède. Ne pas regarder en haut vers le sommet de la montagne, encore si loin. Dans ma tête, un refrain d’un tube des années soixante : « Les Neiges du Kilimandjaro » de Pascal Danel. « Elles te feront un blanc manteau où tu pourras dormir, dormir, dormir bientôt… » Pas vraiment encourageant! Je chasse la chanson de mon esprit.

La montée frontale, diabolique, n’en finit pas… Nous commençons bientôt à croiser des randonneurs. Certains sont très pâles et doivent se faire soutenir

Nous commençons bientôt à croiser des randonneurs qui quittent le sommet et nous encouragent. Nous les félicitons. Certains sont très pâles et doivent se faire soutenir par les porteurs.

Enfin, nous débouchons sur le bord du cratère, à Stella Point, 5 750 mètres. Alexandra tombe à genoux et se met à pleurer. La migraine martèle ses tempes. Jan s’affale sur une pierre, il n’est pas certain de pouvoir continuer. Et pourtant, nous sommes si près du but ! Nous nous asseyons tous les trois à l’abri d’un rocher. Yohana essaie de nous convaincre de prendre de la soupe ou des sandwiches. Nous n’avons absolument pas faim. Je me force tout de même à boire une tasse de potage aux légumes.

Le sommet est atteint ! Uhuru à 5 895 mètres d’altitude… © Alex Moncada

Il nous reste une heure de marche vers le sommet et nous rassemblons nos forces. Pour Jan, il s’agit de faire triompher sa volonté contre ses capacités physiques. Il décide de nous accompagner. Le chemin est plus facile, s’incline doucement pour les derniers 200 mètres de dénivelé. À notre gauche, des glaciers en forme de cathédrale ; à notre droite, l’immense cratère du Kibo. Il n’y a pratiquement pas de neige et de moins en moins de glace. Le réchauffement climatique et la déforestation en sont la cause.

Nous apercevons enfin le pic Uhuru et le panneau qui annonce que l’on a atteint le sommet de l’Afrique : 5 895 mètres ! Nous courons presque pour franchir les derniers pas et Alexandra me tombe dans les bras. Nous nous tournons vers Jan pour nous enlacer tous les trois en pleurant d’émotion et de joie. C’est ensuite le tour des guides et des porteurs, que nous étreignons avec reconnaissance. Si nous sommes parvenus en haut, c’est aussi grâce à chacun d’entre eux.

Après une dizaine de minutes passées à faire des photos et admirer la vue, nous entamons la descente. Passés Stella Point, celle-ci est vraiment vertigineuse et périlleuse ; le sol couvert de caillasse et de pierres est très glissant et il faut sans cesse s’aider des bâtons. Deux porteurs soutiennent Jan de chaque côté car ses jambes refusent d’avancer. Nous parvenons à atteindre le camp avant la nuit. Nous avons marché quatorze heures… Après un dîner bien mérité, nous rejoignons épuisés nos sacs de couchage pour une longue nuit de sommeil.

Jour 6

Sam nous a octroyé une grasse matinée jusqu’à 8 heures. Nous entamons une descente de 1 500 mètres vers Mweka Camp. La bonne nuit de sommeil et les comprimés d’ibuprofène ont retapé Jan. Heureusement, car la descente n’est pas non plus une promenade de santé. Beaucoup de pierres et de rochers au départ, puis un sentier de terre couvert de racines et glissant. Nous retrouvons végétation, température agréable et chant des oiseaux.

Au camp de Mweka, l’après-midi est consacrée à la cérémonie des remerciements et des pourboires pour toute l’équipe. Le montant est annoncé à tous et remis dans une enveloppe à deux porteurs chargés de compter l’argent et de le distribuer. Transparence et équité. La dernière soirée est un peu mélancolique, car nous nous apprêtons à quitter une famille qui nous a véritablement encadrés et encouragés pendant une semaine. En revanche, quelle bonheur de bientôt pouvoir se doucher et dormir dans un lit !

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© Alex Moncada

Jour 7

Nous avons décidé de partir à 6 h 30 pour la dernière descente vers la porte de Mweka, car la plupart des porteurs qui rentrent dans leur famille doivent encore voyager plusieurs heures en autobus. En quatre heures, nous atteignons la sortie du parc en traversant la forêt tropicale sous une petite bruine. Sam, notre guide, nous remet avec fierté les certificats de notre ascension et c’est le moment des adieux. Nous avons vécu une aventure humaine extraordinaire et intense qui restera à jamais gravée dans nos mémoires. Et nous gardons dans notre cœur la gentillesse et le sourire de notre famille tanzanienne.

« Neema Namadamu : Mon modèle et ma force »

Neema Namadamu. © Photo by Rob Latour/Variety/REX Shutterstock

« J’ai rencontré Neema Namadamu en 2016 », explique la princesse Esmeralda. « Dans sa région du Sud-Kivu, le patriarcat demeure inscrit dans la culture. La situation des femmes est précaire et Neema a créé un centre de formation au numérique afin qu’elles puissent partager leur histoire et chercher des solutions. Son association, Maman Shujaa (Femmes héroines), forme des ambassadrices chargées d’expliquer aux femmes leurs droits, de leur donner confiance en elles et de dispenser des cours d’éducation sexuelle dans les écoles. Elles y distribuent des trousses d’hygiène féminine pour tenter d’enrayer le décrochage scolaire dû au tabou qui entoure les menstruations. Neema aide des centaines de femmes au Congo, lutte pour l’égalité des genres, la justice et la dignité. Son courage a été mon modèle, ma force, pour réussir l’ascension du Kilimandjaro. »

Tout appartient aux hommes.

Neema Namadamu avec Angelina Jolie qui la soutient également. © AP Photo/Lefteris Pitarakis, pool.

Esmeralda de Belgique. Pourquoi avez-vous créé le programme « Maintenir les filles à l’école » ?
Neema Namadamu. En 2014, j’ai ouvert un centre de communauté, Mama 
Shujaa, à Itombwe, le village où je suis née dans les montagnes du Sud-Kivu. En parlant avec les femmes de la région, je leur ai demandé pourquoi la condition des femmes demeurait inchangée depuis vingt ans. Elles m’ont expliqué que lorsqu’une jeune fille a ses premières règles, elle se prétend malade et reste à la maison durant quatre ou cinq jours tous les mois. Naturellement, au bout d’un certain temps, elle prend du retard par rapport aux autres élèves et obtient de moins bonnes notes. Son père décide alors de la retirer de l’école, estimant que, de toute façon, l’éducation n’est pas importante pour les filles et qu’il vaut mieux s’occuper de sa dot. Et voilà comment elle se retrouve mariée à 14 ou 15 ans, perpétuant le cycle infernal de l’ignorance et de la soumission au paradigme culturel. J’ai réalisé à ce moment-là que dans les zones rurales, les filles et leurs mères ne possédaient aucun produit d’hygiène menstruelle. Je n’avais jamais imaginé que quelque chose d’aussi simple, d’aussi essentiel, pouvait influencer le cours de leur vie. J’ai aussi pris conscience que le fait d’avoir eu la polio m’avait sauvée, en quelque sorte.

Que voulez-vous dire?
À cause de mon handicap, je n’étais pas bonne à marier, car j’étais difforme et boiteuse. Incapable aussi d’aller chercher de l’eau ou de transporter du bois de chauffage. Mon père a abandonné ma mère en pensant que j’étais une vraie malédiction pour la famille. En effet, la seule manière de survivre pour une femme est de se marier. Il n’y a pas d’héritage pour nous, ni de titres de propriété : tout appartient aux hommes. Ma mère, qui ne savait ni lire ou écrire, a décidé que l’éducation serait peut-être pour moi une chance de m’en sortir. Elle m’a donc portée sur son dos, chaque jour, jusqu’à l’école, car nous n’avions pas les moyens de m’acheter des béquilles, et m’a envoyée ensuite vivre chez mon oncle dans la vallée, à Uvira, où je pouvais me rendre à l’école plus facilement car le terrain était plat. J’ai appris six langues et je suis devenue la première femme infirme de ma tribu à obtenir un diplôme universitaire. Je suis ensuite devenue conseillère au ministère du Genre et de la Famille. Je suis donc le meilleur exemple illustrant cette vérité : l’éducation peut transformer la vie d’une personne.

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