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Alice Pol : « Le mot rentrée m’a longtemps terrifiée »

Son métier, et le regard des professionnels, lui ont permis d'assumer enfin sa féminité explique la comédienne de 36 ans. | © Paris Match

People et royauté

Entre Guillaume Gallienne et Dany Boon, la jeune femme ne s’en laisse pas compter dans « Le dindon », adaptation de la fameuse pièce de Feydeau par Jalil Lespert. Son personnage s’appelle Victoire. Et c’en est une pour cette actrice qui collectionne les succès au chapitre des comédies.


Par Gilda Benjamin

Mutine et virevoltante, Alice Pol mène la danse dans « Le dindon ». La Marseillaise montée à Paris avec le désir fou d’être « artiste » sans connaître ni rien ni personne, a croisé sur son chemin l’as du box-office français qui l’a propulsée nouvelle reine de la séduction et du rire, sorte de fille gracieuse de Gaston Lagaffe et de Bernadette Laffont. Repérée dans « Un plan parfait » par le regretté Pascal Chaumeil, elle y joue avec Dany Boon, qui la remarque à peine. Mais revient vers elle pour lui confier les rôles de « Supercondriaque » et de « Raid dingue ». Les revoici partenaires de jeu. Dans la vie, Alice Pol a décidé que la mauvaise humeur ne lui allait pas au teint. Alors, elle sourit à la vie en la parant de couleurs franches. Elle parle vite, mais pas trop, rit, beaucoup, et se confie avec une sincérité désarmante. À 36 ans, Alice se rapproche des étoiles.

Paris Match. La rentrée est-elle synonyme d’excitation ou d’effroi ?
Alice Pol. Ce seul mot m’a longtemps terrifiée car il est lié à l’école où j’ai connu une scolarité plutôt en dents de scie. Mais maintenant que je fais ce métier, il revêt un caractère très positif et évoque ma passion et mes projets. Cette année, il évoque la sortie du film « Le dindon », ma rentrée est sous le signe du rire et de la complicité.

Pour quelle raison accepter l’adaptation d’une pièce si connue de Feydeau ?
Déjà pour le metteur en scène, Jalil Lespert. J’ai beaucoup joué Feydeau à l’école de théâtre et j’aime cette mécanique du rire si précieuse pour des apprentis-comédiens. Il y avait également le plaisir de retrouver des partenaires qui me sont chers et la force des personnages féminins. Les femmes n’ont pas toujours le beau rôle dans les comédies françaises mais mon personnage de Victoire est à la fois séduisant et brillant, avec un fameux sens de la répartie et de l’à-propos. J’ai toujours de l’admiration pour les gens qui ont la réplique qui fuse et le mot précis.

Êtes-vous intervenue dans le choix des costumes ou de la coiffure ?
Non car l’équipe était formidable et je ne voulais pas imposer mes idées, je préfère recevoir les propositions afin de construire mon personnage. Si on arrive avec des idées préconçues sur ce qui nous va ou pas, sur la couleur de nos cheveux ou notre maquillage, on se retrouve avec la même tête dans chaque film ! J’ai tout de suite senti que j’étais entre les mains de grands professionnels. Et j’ai aimé avoir les cheveux dégagés, me donnant un visage moins habituel.

 

©Julien Vallon

La comédie a-t-elle forgé l’actrice que vous êtes aujourd’hui ?
Certainement, une comédie ne pardonne rien et exige une énorme discipline. Vous avez le cœur qui palpite tellement les sensations sont fortes, vous devez être d’une précision extrême. On est dans l’immédiateté. Pour « Le dindon », chaque comédien reprenait sa réplique dans son entièreté au moment de refaire une prise afin de garder le bon tempo. Il y a une musicalité dans la comédie. Mais avant toute chose, il faut aimer rire et faire rire. Je trouve les comiques gracieux et généreux.

Quand avez-vous choisi de faire de la comédie ?
Au début, mes envies de comédienne étaient très floues. Le plaisir du rire est venu en écrivant une pièce de théâtre et en la jouant avec mon meilleur ami. Le rire du public a été un révélateur et un bonheur immense. À la maison, je n’étais pas le clown de la famille mais plutôt une fille cérébrale, à douter de tout et intensément distraite. Au théâtre et au cinéma, ces défauts pouvaient se transformer en avantages. Le jeu est très vite devenu ma raison d’exister. La passion me donne de l’élan, j’en ai besoin. Quand j’ai commencé à avoir plus de succès, notamment avec les films de Dany Boon, j’ai été sensible aux réactions des gens. Quelqu‘un qui m’arrête dans la rue pour me dire « Vous m’avez bien fait rire », ça me fait ma journée !

Dany Boon a donc été votre bonne étoile.
J’ai eu beaucoup de chance, et deux bonnes étoiles en la personne de Pascal Chaumeil et de Dany Boon. C’est grâce au film de Pascal que Dany m’a découverte et m’a confié un rôle dans « Supercondriaque ». J’y repense souvent avec émotion. Ils ont été mes phares dans la nuit. J’espère aussi, un jour, rendre la pareille à d’autres jeunes comédiens. Une belle idée de partage qui m’est chère, et qui correspond parfaitement à Dany. Dans « Le dindon », nous avons pu savourer le plaisir de jouer ensemble car j’avais surtout été sous sa direction dans les autres films. C’est bien aussi d’être juste des partenaires. Je retravaille souvent avec les mêmes gens, c’est également le cas ici avec Guillaume Gallienne. De toute façon, j’aime les artistes et leur faculté à ne pas avoir tout à fait coupé avec l’enfance.

Le rien mène à tout

Qu’est-ce qui vous a fait tenir durant toutes ces années à Paris à désespérer d’un premier vrai rôle ? N’avez-vous pas connu de grandes périodes de doute ?
Plus que cela, des périodes de rien ! Le vide absolu. Je parle volontiers de ces années de galère pour redonner espoir à tous les jeunes qui en bavent aussi. Ma première semaine à Paris, je me suis acheté un bel agenda, histoire de ranger un peu ma vie. Je vivais dans une chambre de bonne avec les toilettes sur le palier, la vraie caricature. J’avais beau tourner les pages de cet agenda, il n’y avait rien, pas un RDV, du blanc à l’infini. Évidemment, je disais à mes parents que tout allait bien en regardant la pluie tomber à travers ma lucarne. J’en ai passé des après-midis à boire un café dans des bars, ce qu’il y avait de moins cher, moi qui n’aime pas le café. Mais tout ce temps m’a permis d’écrire ma pièce. Je passais aussi mes journées à aller déposer des dizaines de photos dans les agences. J’ai eu de grands moments de déprime mais je gardais espoir. Le moindre truc nul, une figuration, une pub, et j’étais sûre que j’allais conquérir le monde. D’autant qu’il suffisait que je rentre un WE chez moi à Marseille pour que le destin frappe à ma porte et que mon téléphone sonne pour un casting. J’avais l’intuition que je devais m’accrocher. De toute façon, je ne me sentais douée pour rien d’autre. Heureusement pour moi, je n’avais pas de plan B.

Pour quelle raison Annie Girardot est-elle votre actrice préférée ?
Elle a une émotion en permanence sur le fil, un regard d’une profondeur abyssale et une gouaille irrésistible et terriblement efficace. Son charme n’était absolument pas fabriqué, elle était sincère et honnête, ne cachait ni ses joies ni ses désillusions. On ressentait son courage dans sa manière de jouer. J’apprécie également sa beauté en mouvement, qui tranchait avec les canons habituels.

 

©DR

« Je trouve qu’on a l’air de meilleure humeur si on porte de la couleur »

Vous avez appris tôt à apprivoiser la caméra, à poser pour des photos de mode, défiler pour certaines marques… Est-ce une façon d’assumer une féminité que vous avez mis du temps à reconnaître ?
Exactement, mon intérêt pour la mode a été une conséquence de mon métier. Auparavant, je m’étais peu penchée sur mon physique. Par la force des choses, j’ai eu accès à des créateurs, aux défilés, à des grands photographes… On finit par développer son goût et son style. Le regard de professionnels qui savent vous voir vous donnent confiance en vous, j’ai appris à me sentir à l’aise devant un objectif. Les rencontres sont aussi déterminantes. Je me souviens avoir défilé avec une robe de soirée de Delphine Manivet, grande créatrice de robes de mariée, et j’ai ensuite collaboré avec elle. J’ai eu le plaisir de découvrir la magie des ateliers, le savoir-faire des artisans du métier et l’histoire qu’il y a derrière un vêtement. J’ai un immense respect pour le savoir-faire et les métiers de la mode. Il m’est arrivé de travailler avec Repetto, dont j’adore les chaussures, et je me suis renseignée sur leur confection. Ces histoires donnent un petit supplément d’âme aux pièces que je peux porter.

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Votre rêve de stylisme ?
J’aimerais beaucoup faire des photos avec des tenues de Jacquemus, certaines de ses pièces sont folles et simples à la fois. Il transmet une certaine idée de la simplicité de façon démesurée.

La couleur semble omniprésente dans vos tenues.
J’ai comme tout le monde une petite robe noire qu’on se doit d’avoir pour la moindre occasion. Mais il est vrai que j’ai toujours osé la couleur. J’aime le rouge, le rose framboise et le jaune. Je trouve qu’on a l’air de meilleure humeur si on porte de la couleur. J’ai horreur d’être de mauvaise humeur, dès que j’ai une mauvaise tête je rajoute une touche colorée.

Quel est l’accessoire pour lequel vous craquez le plus ?
Sans hésitation, les chaussures, les chaussures vernies étant au sommet de mon adoration.
C’est bien la peine puisque j’ai toujours mal aux pieds et que je finis en baskets, comme les 2/3 des femmes qui nous lisent !

Quels sont vos projets ?
J’ai terminé un film pour lequel j’ai beaucoup de tendresse, très familial, « Le temps des marguerites » de Pierre Coré avec Clovis Cornillac, un univers très enfantin et poétique. Et je viens de terminer le film de Clovis Cornillac « C’est magnifique ! », une histoire bucolique et émouvante.

 

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