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Meghan, l’insoumise

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Meghan Markle, le 12 septembre 2019. | © Niklas HALLE'N / AFP) / CORRECTING BYLINE

People et royauté

La duchesse de Sussex imprime sa marque sans tenir compte de tous les codes monarchiques. Ce qui fascine certains, en agace d’autres et la laisse de marbre.

L’entourage d’Elizabeth II aurait prévenu un de ses proches qui devait l’accompagner en balade à cheval : il y a un sujet à éviter d’aborder avec « ma’am ». Le Brexit ? « Non, les Sussex. » Cette remarque colportée sur Twitter par un journaliste quelque peu réactionnaire et moqueur ne sera jamais étayée, source invérifiable, témoin introuvable… De plus, qui imagine la Reine distiller de pareilles consignes ? Mais elle indique le degré d’incompréhension des commentateurs britanniques à l’égard de Harry et surtout de Meghan.

L’été a été étrange pour le duc et la duchesse, à la fois pénible et agréable avec son déluge de critiques sous le soleil. Officiellement, les Sussex ont pris peu de vacances, quelques jours par-ci par-là. Début août, ils partaient en vadrouille à Ibiza avec le jeune Archie pour fêter les 38 ans de Meghan. Une semaine à buller dans 1 000 mètres carrés face à la mer, avec salle de sport, Jacuzzi, cuisinier et nounou à disposition, quoi de mieux pour penser sereinement aux causes humanitaires chères à leurs cœurs ?

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L’usage d’un jet privé afin d’accéder à ce royaume des fêtards et des nouveaux riches a cependant fait jaser. Ces grands défenseurs de l’écologie ont été accusés d’hypocrisie. Quid du bilan carbone, avec quatre vols non commerciaux en onze jours ? Car, après l’Espagne, ils ont posé leurs valises quelques jours à Nice, histoire de saluer l’autre reine d’Angleterre, l’ami Elton John, propriétaire d’une magnifique villa sur les hauteurs.

Premier voyage en tête à tête avec Elizabeth II pour Meghan, mariée depuis moins d’un mois. A Runcorn, le 14 juin 2018.
Premier voyage en tête à tête avec Elizabeth II pour Meghan, mariée depuis moins d’un mois. À Runcorn, le 14 juin 2018. © Getty Images

Bien mal leur a pris de jouer les nomades de luxe. Le chanteur a dû s’arracher le toupet et secourir ses hôtes malmenés sur les réseaux sociaux, assurant qu’il avait honoré la facture d’un trajet écoresponsable avec compensation financière du CO2 émis. « Bien sûr que vous vous attendez à ce qu’ils voyagent ainsi, mais c’est en totale contradiction avec leur mission de sauver la planète et le prêchi-prêcha lié au changement climatique », peste le royal watcher Richard Fitzwilliams. Au même moment, heureux hasard des périodes estivales, les Cambridge étaient aperçus sur le tarmac de Norwich en partance pour Aberdeen, Ecosse, en train de monter dans un appareil d’une compagnie anglaise low cost. Le descendant de Victoria et madame côtoient le peuple et paient pour un sandwich. Certains crient à l’hérésie, mais si chaque pas en dehors d’un château doit être considéré comme un élément de langage, alors le message est limpide : William et Kate parlent moins mais agissent concrètement, eux. Peu importe si l’avion a volé à vide avant de les embarquer, ce cliché de l’humilité incarnée a inondé les gazettes. William et Kate ont l’art de sortir du haut-de-forme un comportement parfait. Non qu’ils mènent une vie d’ascètes, ils ont séjourné quinze jours sur l’île Moustique à la mi-juillet, et leur demeure n’avait rien d’une yourte de bobos, mais ils savent concilier l’étiquette et les attentes des commentateurs. Ils ennuient avec brio. Moustique, c’est une vieille habitude des Windsor, une île privée pour milliardaires fondée par un aristocrate du cru et non un caillou colonisé par des DJ et des célébrités vulgaires. La rivalité tourne à l’avantage des futurs régnants.

Avec son prince, à la première cinématographique du « Roi lion », à Londres, le 14 juillet.
Avec son prince, à la première cinématographique du Roi lion, à Londres, le 14 juillet. © Backgrid UK/ Bestimage

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L’information la plus étonnante concerne encore le nerf de la guerre, la communication. Meghan, qui comptait déjà dans son escarcelle l’Américaine Sara Latham, ex-coresponsable de la campagne présidentielle ratée de Hillary Clinton, a choisi Sunshine Sachs, une firme californienne qui l’accompagne depuis la série Suits, pour représenter les intérêts de son couple. La société en question a eu comme client Michael Jackson et a, entre autres, aidé le producteur honni Harvey Weinstein à se dépatouiller d’une première accusation d’agression par une jeune femme, en 2015. Quelle mouche a donc piqué Meghan Markle ? Elle cherche à améliorer une image flétrie par divers scandales – son père, ses frère et sœur infréquentables, les bisbilles avec Kate, la une de Vogue éditée par ses soins mais où manquait la Reine. Bien sûr, selon plusieurs tabloïds, elle aurait agi sans l’assentiment des conseillers de Buckingham Palace. « Depuis des mois, les Sussex ignorent les recommandations des professionnels de la monarchie et écoutent des outsiders de Hollywood », écrit le quotidien The Sun, qui ne valorise guère les actes de la nouvelle duchesse. D’aucuns y devinent une énième démonstration que monsieur et madame se comportent davantage en vedettes plus enclines à papoter avec la star cool de la télévision américaine Ellen DeGeneres (à qui fut présenté Archie) qu’à inaugurer la salle de sport d’un lycée de province.

Sa démonstration : pour décrocher un job, il suffit d’un pantalon noir et d’un chemisier blanc bien coupés.
Sa démonstration : pour décrocher un job, il suffit d’un pantalon noir et d’un chemisier blanc bien coupés. © Beretta/Sims/REX/SIPA

Autre source de crispations, Balmoral. Les Sussex ont fait savoir qu’ils ne passeraient pas sur les terres écossaises où la Reine se repose jusqu’en octobre. Harry est trop occupé, Meghan également. Pas le temps… Pas envie peut-être ? Là-haut, on chasse, on pêche, on se promène dans la lande déserte sur des kilomètres, on chausse des bottes et on engloutit de la panse de brebis, ce qui n’apparaît pas très yoga compatible. Les conseillers du couple ont gentiment rappelé que les Sussex ont tout loisir de discuter avec mamie Elizabeth II puisqu’elle dort chaque week-end en son château préféré, Windsor, tout proche de leur lieu de résidence. Pas de fâcherie, donc. Mais cette absence les prive d’une photographie précieuse : la Reine et Meghan regardant ensemble la foule depuis l’arrière de la Bentley marron, avant ou après la messe de dimanche en l’église Crathie Kirk. Kate n’y a pas coupé, sourire aux lèvres, épanouie du privilège, sereine en apparence. « Je ne pense pas qu’Elizabeth leur en veuille, s’amuse un journaliste selon qui la souveraine a d’autres chats à fouetter. Elle a accepté, sur les conseils du Premier ministre, de suspendre le Parlement ; son fils chéri, le duc d’York, subit des attaques en raison de son amitié avec le pédophile Jeffrey Epstein… » Elizabeth n’a d’ailleurs pas manqué d’offrir son soutien au prince vilipendé en se rendant par deux fois avec lui à la messe. Et Meghan est très loin du statut de persona non grata qui colle à Sarah Ferguson. La rousse plus très flamboyante, restée proche de son ex, doit déguerpir fissa de Balmoral dès que le prince Philip, 98 ans, est annoncé.

« Ses promenades avec ses nouvelles amies Amal Clooney et Serena Williams donnent à voir un comportement un tantinet arriviste », rabroue un commentateur

Meghan, chose certaine, injecte une dose de sang neuf, de fraîcheur, de nouveauté au sein d’une institution ancestrale. Il n’est qu’à l’observer. Récemment, elle évoquait, face à des reporters de tout poil, le travail qu’elle entend mener avec la fondation qu’elle créera en 2020. Simple en chemise blanche, les cheveux mal disciplinés et la voix faussement tremblante, Meghan parle plusieurs minutes du projet Smart Works qui doit fournir à des chômeuses les vêtements adéquats pour réussir des entretiens d’embauche. Elle aime employer l’expression « woman empowerment », vaguement traduisible par « donner de la puissance aux femmes », thème qu’elle ne cesse de décliner et qu’elle développera lors de sa visite en Afrique avec Harry la semaine prochaine. C’est vrai qu’elle capte la lumière, s’exprime avec aisance, mêlant, contrairement à la timide et quasi muette Kate, humour léger et retenue, moue mutine et propos sérieux. Elle œuvre pour des causes au goût du jour, utiles au rayonnement de « la firme ».

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« Ses promenades avec ses nouvelles amies Amal Clooney et Serena Williams donnent à voir un comportement un tantinet arriviste », rabroue un commentateur. Membre périphérique de la monarchie, Meghan ne régnera pas, mais loin d’elle l’idée d’incarner une figure lointaine, une princesse oubliée telle Anne, ou pire une Margaret malheureuse parce que broyée par le protocole. Elle entend servir et se servir de sa position particulière. Personne ne guide ses mouvements, ses fréquentations. Si son attitude fait tousser les dinosaures, elle séduit un nouveau public, notamment aux États-Unis. Son pays d’adoption ne réclame qu’une légère amélioration de la recette : une pincée d’authenticité et moins de maladresse, bref un nuage de lait dans le thé en plus du Coca Zero.

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