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Leïla Bekhti et Géraldine Nakache, les inséparables

Leïla BEKHTI Géraldine NAKACHE

Leïla Bekhti et Géraldine Nakache, le 7 septembre 2019. | © PHOTOPQR / LA PROVENCE / Serge Mercier

People et royauté

Depuis treize ans, Leïla Bekhti et Géraldine Nakache vivent comme des sœurs. Dans J’irai où tu iras, leur troisième film ensemble, elles le sont enfin.

 

« Vous êtes témoin, elle vient de grignoter machinalement deux olives, alors que, je vous jure, elle n’en mange jamais. » Géraldine Nakache, malicieuse, pose son diagnostic : « Ça dénote une fatigue extrême, mais pas seulement. Tandis que nous nous parlons, elle est en train de culpabiliser à mort parce qu’elle a un autre rendez-vous, mais elle voudrait aussi rester avec nous ». Leïla Bekhti, d’abord ébahie, éclate de rire en reposant sa troisième olive : « Vous comprenez pourquoi cette fille me rend folle. Elle est dans ma tête, elle me connaît par cœur ».

Elles ne sont pas jumelles, nées sous le signe des Gémeaux. Si Géraldine vénère Les demoiselles de Rochefort depuis l’enfance, elle adore sa copine-frangine Leïla depuis treize ans. Elle n’avait pas de sœur, elle s’en est trouvé une. Elles se donnent le regard comme on se tient fort la main. Leïla, la cadette, explique : « Nous nous sommes reconnues tout de suite. Si différentes, tant de points communs. Dans nos familles respectives, l’humour et la drôlerie ont été des médicaments. Elle ne m’a jamais expliqué pourquoi ses parents faisaient telle vanne à tel moment. Je savais. De la même façon, je n’ai jamais eu besoin de lui raconter mon frère ou ma sœur pour qu’elle les connaisse. Elle savait. Entre nous, c’est chimique ». Elles tombent d’accord pour dire que ce lien précieux qui n’est pas de sang ne s’explique pas, qu’il se vit.

tout ce qui brille
On a découvert les deux actrices il y a dix ans dans le film Tout ce qui brille. © Vertigo Productions

Parce que c’est moi, parce que c’est elle. On les a découvertes copines dans Tout ce qui brille, il y a dix ans. Jeunes banlieusardes en quête du Graal parisien, elles chantaient du Véronique Sanson à tue-tête : « Même si tu as des problèmes / Tu sais que je t’aime / Ça t’aidera… » Cette année, Géraldine Nakache vient de réaliser son troisième film, toujours avec Leïla, encore avec amour. J’irai où tu iras, le titre emprunté à un tube de Céline Dion, leur colle à la peau. Les inséparables jouent deux sœurs qui ne communiquent plus. Des contre-emplois puisqu’elles affirment échanger sans filtre, sans mensonges, sans impasse, depuis toujours. Leïla explique : « J’ai besoin de prendre soin d’elle, de lui montrer qu’elle est ma priorité. Je sais qu’elle est là. Tout se dire est une bonne façon d’évacuer les tensions ».

Pour J’irai où tu iras, Géraldine et Leïla délivrent une comédie drôle, ultrasensible, fine, inventive et poétique

Les deux ne se lâcheront jamais, c’est sûr. Pour J’irai où tu iras, Géraldine et Leïla délivrent une comédie drôle, ultrasensible, fine, inventive et poétique. À leur image. Mais cette histoire est aussi traversée par la maladie et la disparition des êtres chers. Géraldine y exorcise ses démons, des peurs qu’on n’évoque pas dans la vraie vie : « J’ai voulu faire passer une idée qui me tient à cœur, dont j’ai besoin de me souvenir quotidiennement : quoi qu’il arrive, on reste toujours. Comprenez-le comme vous voulez ». On suppose qu’il s’agit d’évoquer l’amitié ou bien la famille et la disparition. Dans le film, leur père est incarné par Patrick Timsit, « mère juive » inquiet, papa poule atteint d’un cancer, mais déconneur qui verbalise peu, joue au bègue ou au muet pour faire rire son monde sans inquiéter ses filles. Un patriarche protecteur qui répète comme un mantra : « Ça ira ». Géraldine confie : « Mes parents m’ont inspirée. Ils ont tenu la baraque. Mon frère et moi réalisons des films peut-être pour que leur nom soit inscrit autre part que sur leur boîte aux lettres. Nous avons tellement envie de leur rendre ce qu’ils nous ont donné ».

Dans « J’irai où tu iras », Géraldine veut devenir choriste de Céline Dion et Leïla est art-thérapeute. Elles ne se parlent plus depuis un an mais sont obligées de faire la route ensemble.
Dans J’irai où tu iras, Géraldine veut devenir choriste de Céline Dion et Leïla est art-thérapeute. Elles ne se parlent plus depuis un an mais sont obligées de faire la route ensemble. © DR

Avec elles qui parlent tant de la famille, impossible de ne pas évoquer les souvenirs d’enfance, l’envie précoce d’être sous les projecteurs. Géraldine : « Mes parents m’ont offert cette lumière. J’avais le droit de produire de petits spectacles à l’heure du JT, alors que mon frère, Olivier, était obligé de se taire. » Leïla : « Je leur chantais “T’en va pas” d’Elsa, quand ils partaient au boulot. Il y a une vidéo de moi en colonie de vacances. Je me suis dessiné une fausse mouche, c’est un petit clip dans lequel je chante “Cendrillon” de Téléphone, cela m’amusait. Mais être, plus tard, dans la lumière me paraissait inaccessible. »

Leïla Bekhti : « Si je ne l’avais pas rencontrée, elle m’aurait tellement manqué »

Dans le film, elles semblent fracassées par la disparition prématurée de leur maman. Les deux actrices évoquent ce que leurs mères respectives leur ont transmis et qui leur sert encore aujourd’hui. Géraldine n’hésite pas une seconde : « La liberté ». Leïla enchaîne : « L’intégrité, le respect des autres quels qu’ils soient. J’espère que j’aurai le quart de son courage ». Géraldine confirme : « Mais Leïla est très courageuse ! Dans tous les sens du terme. Elle bosse, elle affronte. Ces valeurs ont été transmises par des femmes d’une autre génération, nos mères, qui nous ont préparé le terrain. » Elles forment un cocon qui les englobe, les protège. Géraldine : « On part en vacances et on organise des fêtes de famille ensemble. Tout le monde respecte notre entité. Personne n’est jaloux. » Leurs enfants, une fille pour Géraldine, un garçon pour Leïla, sont encore petits mais déjà cousin-cousine. Ils ont passé tout l’été dans la même piscine. Et entre les « beaux-frères », leurs époux respectifs, ça se passe comment ? Leïla : « Je suis très proche du mari de Géraldine. Je peux parler pendant quatre heures avec lui. Il y a une fraternité entre nous. Je l’ai aimé parce qu’il rendait ma sœur heureuse. J’aime de plus en plus qui il est. » Géraldine n’est pas en reste : « Pendant qu’on se parle, je viens d’envoyer un texto à Tahar… Je te dirai, Leïla. »

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Elles se sourient, se détendent, le moment est venu de reparler du chant qui libère, apaise, devient la marque de fabrique de leur collaboration. Leïla : « Chanter, c’est partager. Nous aimons toutes les deux la variété française. Nous avons chanté ensemble pendant des années dans des vidéos que nous postions sur Internet. » Dans son film, Géraldine interprète un autre titre de Céline Dion, « Ordinaire », qu’elle a encore du mal à évoquer : « Chaque ligne de ce texte écrit par Robert Charlebois me transperce. » Leïla : « Il y a une seconde captée par le chef-opérateur : moi baba devant Géraldine. » Et si on chantait ? Elles ne se font pas prier. Elles reprennent spontanément un refrain de Lorie : « Hé, hé, hé, ta meilleure amie. Je serai là / Toujours pour toi / N’importe où quand tu voudras. » Elles se tapent dans les mains, fusionnelles jusqu’au bout des ongles. Se souviennent des bons et des mauvais moments, adossées l’une à l’autre. Et si elles ne s’étaient pas trouvées ? Silence. Leïla répond pour les deux : « La vie aurait été moins drôle et moins douce. Si je ne l’avais pas rencontrée, elle m’aurait tellement manqué. » Les yeux s’embuent, mais Géraldine, l’aînée facétieuse, rebondit : « C’est beau ce que tu dis, ma chérie. Tu veux pas reprendre une olive ? »

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