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Pour Meghan, Harry part au combat : Le récit de sa révolte

Meghan et Harry le 2 octobre 2019. | © DPA

People et royauté

En Afrique du Sud, le prince Harry s’en est pris aux tabloïds qui dénigrent sa femme, Meghan. 

Quelle mouche a donc piqué Harry pour saborder le Royal Tour dans la dernière ligne droite ? La veille de son retour en Angleterre, son communiqué a fait l’effet d’une bombe. Dans une lettre ouverte, diffusée sur Internet, Harry mène une offensive sans précédent contre la presse tabloïd. Il l’accuse d’avoir fait de sa femme sa « dernière victime », de mener, écrit-il, une « campagne impitoyable […], de l’avoir diffamée presque quotidiennement tout au long des neuf derniers mois […] et de créer mensonge après mensonge »…

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Il nous apprend ainsi que Meghan a attaqué en justice la société éditrice du Daily Mail pour avoir publié, en février dernier, des extraits d’une lettre qu’elle avait écrite un an plus tôt à son père : « Papa, c’est le cœur lourd que je t’écris ceci. […] Tes agissements ont brisé mon cœur en mille morceaux, pas seulement parce que tu as engendré cette peine inutile, mais par le choix que tu as fait de ne pas dire la vérité. […] S’il te plaît, arrête de mentir […], arrête d’exploiter ma relation avec mon mari. […] Je t’ai supplié d’accepter de l’aide. […] Entendre les attaques que tu as commises contre Harry dans la presse, lui qui n’a rien fait d’autre qu’être patient, gentil et compréhensif, est peut-être le plus douloureux. » Ceux qui n’étaient pas au courant le seront donc désormais, au point que la suite et la fin du voyage, l’audience avec Cyril Ramaphosa, le président sud-africain, sont passées quasi inaperçues.

Jusqu’ici, tout se déroulait à merveille. Bonne humeur, bains de foule, danses, étreintes. Partout où les Sussex passent, en Afrique du Sud, au Botswana, au Malawi, ils font un tabac. « We love you, Meghan ! » Pensez ! Une duchesse cheveux au vent, espadrilles et petite robe à 80 euros, qui se présente dans les townships « en sœur et femme de couleur »… Du jamais-vu. Dans ses prises de position sur les droits des femmes et des enfants ou sur la protection de l’environnement, le couple est applaudi. Pas autant qu’Archie, 4 mois, sosie de son père au même âge, qui, pour son premier périple long-courrier, a fait craquer jusqu’à Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix. En un peu plus d’une semaine, Harry et Meghan sont sacrés meilleurs ambassadeurs du Royaume-Uni. La Firme peut se frotter les mains : ce Royal Tour est un sacré coup médiatique. Un répit pour une reine affectée par la bataille autour du Brexit, mais aussi par le scandale Epstein, qui met en cause un ancien ami de son fils Andrew.

Diana et Harry, au début des années 1990. Avec quelques câlins, elle avait réussi à balayer des siècles de tradition. © Belga/AFP

Pour Elizabeth II, les raisons de se réjouir sont rares. Celle-là a vite été gâchée. Le coup est rude, surtout qu’il vient de son petit-fils chéri, cet ancien trublion qui avait fini par rentrer dans le rang… A se demander s’il n’était pas moins dangereux pour les siens du temps des blagues et des déguisements inconvenants. Il arbore désormais un air grave qui va mal avec ses taches de rousseur, au point qu’on se demande si l’on a bien entendu quand il confie : « J’ai parfois du mal à me lever le matin tant je me sens écrasé par les problèmes du monde. »

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Harry a confié avoir eu recours à la psychothérapie pour apaiser la douleur d’avoir perdu sa mère à 12 ans. Dans cette région où Diana est si souvent venue soutenir la lutte contre le sida ou défendre la cause des enfants malades, c’est comme si son fantôme revenait. On se souvient de la campagne de la princesse de Galles pour l’interdiction des mines antipersonnel. C’était quelques mois avant sa mort, en janvier 1997, en Angola. Et voilà Harry qui, le 26 septembre, parcourt un autre champ, dans le même pays, toujours un des plus minés au monde. Mais, aujourd’hui, c’est en défendant sa femme qu’il prend le plus de risques et fait le plus de bruit. Encore une émotion héritée de Diana.

Une complicité à toute épreuve. DPA

« J’ai été trop longtemps le témoin silencieux de son intime souffrance. Ma plus grande peur est que l’histoire se répète. J’ai perdu ma mère et, à présent, je vois ma femme devenir la victime des mêmes forces destructrices. » Pour publier ce message, il n’est pas passé par les réseaux de Buckingham mais par un site personnel, spécialement créé pour l’occasion. Celui à qui l’on a récemment reproché ses nombreux déplacements en jet privé, notamment pour aller parler environnement au Google Camp, reprend un refrain vieux de vingt ans. Car si Diana a d’abord été tétanisée par les flashs des photographes, elle a vite appris à utiliser l’image pour susciter l’empathie et l’approbation. On se souvient de l’interview-confession donnée à la BBC, quelques mois avant son divorce. Elle y livrait ses angoisses comme ses relations adultères et ses difficultés avec son mari, mettant à mal le dogme séculaire : « Never explain, never complain » (« Ne jamais s’expliquer, ne jamais se plaindre »), et ouvrant ainsi un piège fatal.

Pour sa première apparition publique en Afrique du Sud, Archie rencontre l’archevêque Desmond Tutu, 87 ans, héros de la lutte anti-apartheid et Prix Nobel de la paix. Au Cap, le 25 septembre. DPA

Le parallèle entre Diana et Meghan ne va pourtant pas de soi. Ce mariage d’amour auquel l’impeccable aristocrate, héritière d’une des plus grandes familles d’Angleterre, n’avait pas eu droit, ses fils ont tout loisir de le goûter. Forte de l’expérience et des divorces à répétition dans son entourage, la Reine n’a plus jamais voulu empêcher quiconque d’être heureux. Harry a donc eu toute liberté de choisir une princesse… de Hollywood, qui ne remplissait aucun des critères jusqu’alors obligatoires à Buckingham. Mais dans le trousseau de la mariée, on découvre une pomme empoisonnée : le père, l’homme qui a annulé sa venue aux noces à Windsor, officiellement pour problèmes cardiaques, en réalité parce que des photos le montrant chez son tailleur, en train d’essayer une prétendue queue-de-pie, avaient été publiées. Et qu’elles ne pouvaient pas l’avoir été à son insu…

Avec Graça Machel, veuve de Nelson Mandela et ex-ministre mozambicaine de la Culture et de l’Education, qui dit ressentir une bonne « vibration » pour les Sussex. A Johannesburg, le 2 octobre. DPA

Olivier O’Mahony, notre correspondant aux Etats-Unis, s’était alors rendu à San Antonio del Mar, au Mexique, où le père de la future duchesse de Sussex s’est installé en 2016, rejoignant une communauté d’environ 15 000 Américains, la plupart intéressés par la nécessité d’échapper à quelque chose ou à quelqu’un. On les reconnaît à leur look « white trash », petits Blancs désargentés occupés à siroter des margaritas dans un des canapés fatigués du Plan B, leur bar préféré. « Sa maison, dont les fenêtres côté rue sont obstruées par des panneaux de contreplaqué, n’a rien d’un palais princier, écrivait O’Mahony. Il y a peu de chances que Meghan y emmène Harry pour prendre le thé. Certes, la vue sur le Pacifique est belle, mais la plage est souillée par les égouts qui s’y écoulent. Face à cette bicoque à la façade jaunâtre, Thomas Markle a garé ses deux voitures, une vieille Volvo et un petit 4 x 4 Ford rouge. L’intérieur ressemble à une poubelle. On y trouve une chemise grise accrochée sur un cintre, des miettes partout, des câbles électriques… Le siège conducteur est calé sur la position la plus éloignée du volant, ce qui trahit l’embonpoint du propriétaire. » Thomas suivra les noces de sa fille à la télévision, et sans doute particulièrement le moment où le prince Charles la conduit à l’autel… Depuis, il n’a jamais rencontré son gendre.

Ironie du destin : Markle n’a pas toujours préféré l’ombre à la lumière. Il a même été un des meilleurs directeurs photo de Hollywood, récompensé par deux Emmy Awards, trophée suprême pour les bons artisans de la télévision. C’était l’époque où il était le seul à avoir fait de Meghan sa princesse. Temps heureux vite disparus : il divorce quand elle a 7 ans. Peut-être a-t-il des dettes ? En tout cas, c’est une certitude qu’il ne roule pas sur l’or. Il faut bien mettre un peu d’huile sur la tortilla… Alors il organise de fausses paparazzades, vend des confidences. Le fonds de commerce exige d’attirer l’attention sur celle qu’il accuse de l’avoir « zappé », de ne jamais répondre à ses appels ni à ses SMS. Il faut savoir renouveler l’intérêt de la clientèle…

En février, le magazine People publiait une interview des amies de Meghan. Elles avaient pour mission de prouver que celle-ci n’est pas une fille ingrate, ni d’ailleurs une employeuse capricieuse. On suppose que la duchesse avait donné son accord. Suite en septembre, quand Thomas se plaint une nouvelle fois auprès du Daily Mail de n’avoir pas eu droit à d’autres photos de son petit-fils Archie que celles publiées par la presse : « J’aimerais qu’ils m’en envoient une afin que je puisse l’encadrer et l’accrocher au mur, à côté de celle de Meghan. » Il précisait aussi avoir envoyé une carte de vœux à sa fille, le 4 août, pour ses 38 ans, « par l’intermédiaire de son conseiller financier à Los Angeles ». Allusion à peine déguisée… Car, pour beaucoup, le différend pourrait se résoudre aisément, à coups de virement bancaire.

Par définition, les parallèles ne se rencontrent jamais. Et Meghan ne se confondra jamais avec Diana, alors que Harry rappelle de plus en plus son arrière-grand-oncle, Edouard VIII, ce roi qui renonça au trône pour l’amour d’une autre Américaine divorcée. S’il devait un jour choisir entre sa chère épouse et la vie de château, nul doute que le fils cadet de Diana n’hésiterait pas. Mais lui, ce ne serait pas pour s’exiler au bois de Boulogne… Sur les refuges possibles, il donne déjà des indices. Il n’avait pas quitté le sol de Johannesburg qu’il confiait avoir le « mal du pays ». Il ne parlait pas de l’Angleterre, bien sûr, mais de sa « deuxième maison », comme il appelle désormais l’Afrique.

Enquête Marion Mertens

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