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Le témoignage glaçant d’Adèle Haenel sur le réalisateur qu’elle accuse d’attouchements

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Adèle Haenel. | © Yohan BONNET / AFP

People et royauté

Dans un long entretien à Mediapart, l’actrice française Adèle Haenel accuse de « harcèlement sexuel » et d’ « attouchements » le réalisateur Christophe Ruggia alors qu’elle était mineure.

Adèle Haenel a décidé de rompre le silence. L’actrice française, couronnée de deux César, dénonce les faits dans une longue interview au site d’investigations Mediapart. Elle dit avoir été harcelée sexuellement par le réalisateur français Christophe Ruggia durant trois ans, notamment lors du tournage du film Les Diables, en 2001. C’était son premier film. Adèle Haenel était alors âgée entre 12 et 15 ans, Christophe Ruggia en avait entre 36 et 39 ans.

Les faits – présumés répétés – se seraient déroulés soit au domicile du réalisateur ou lors de festivals pendant la promotion du long-métrage. Il « m’embrassait dans le cou, sentait mes cheveux, me caressait la cuisse en descendant vers mon sexe, commençait à passer sa main sous mon T-shirt vers la poitrine », détaille l’actrice désormais âgée de 30 ans.

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« Je ne bougeais pas, il m’en voulait de ne pas consentir. Je suis vraiment en colère. Je veux raconter un abus malheureusement banal et dénoncer le système de silence et de complicité qui, derrière, rend cela possible », confie encore l’actrice, qui ne souhaite toutefois pas porter plainte. Elle met en cause la justice qui « condamne si peu les agresseurs » et « un viol sur cent ».

Mediapart a enquêté pendant sept mois sur ces accusations et a interrogé une trentaine de personnes, dont la régisseuse générale du film, Laëtitia. « Les rapports qu’entretenait Christophe avec Adèle n’étaient pas normaux. On avait l’impression que c’était sa fiancée. On n’avait quasiment pas le droit de l’approcher ou de parler avec elle, parce qu’il voulait qu’elle reste dans son rôle en permanence. Lui seul avait le droit d’être vraiment en contact avec elle. On était très mal à l’aise dans l’équipe », confie Laëtitia. D’autres assurent n’avoir rien remarqué ou n’avoir pas vu de « geste déplacé ».

Pourquoi elle a gardé le silence

Malgré le mouvement #MeToo, Adèle Haenel n’a pas pris la parole tout de suite. « Je ne savais pas comment en parler, et le fait que cela se rapproche d’une affaire de pédophilie rendait la chose plus compliquée qu’une affaire de harcèlement », justifie aujourd’hui l’actrice. C’est finalement le documentaire sur Michael Jackson et les accusations de pédophilie à son encontre qui a décidé la jeune femme a briser le silence. Sur le plateau de Mediapart, Adèle Haenel a lu lundi soir une lettre adressée à son père dans laquelle elle lui explique sa décision de dénoncer le comportement de Christophe Ruggia, alors que, dit-elle, il lui avait demandé de ne pas s’exprimer, avant de changer d’avis. « Ce qui rendait impossible de parler, c’était entre autres choses le fait que Christophe était ‘quelqu’un de bien’ », a-t-elle lu. Mais, « au fond de moi j’ai toujours su que quelque chose clochait », a-t-elle poursuivi. « Je le trouvais dégueulasse mais je me sentais redevable. »

De son côté, Christophe Ruggia a refusé de répondre aux questions de Mediapart. Il a réagi par l’intermédiaire de ses avocats. Il réfute « catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d’attouchement sur cette jeune fille alors mineure ».

Avec Belga

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