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Anna Mouglalis : Le jour où « je décide de garder ma voix… et trouve ma voie »

Anna Mouglalis

Anna Mouglalis, le 6 septembre 2019 à Deauville. | © LOIC VENANCE / AFP

People et royauté

Depuis toujours, on me dit que j’ai une voix atypique qui ne correspond pas à mon physique. À la quarantaine – enfin ! –, il semble que mon organe soit en adéquation avec mon vécu. Il est temps !

 

J’ai une vingtaine d’années en 1998, et je suis élève au Conservatoire. J’ai déjà joué dans quelques films, été assistante à la mise en scène, je ne suis pas tout à fait novice. Comme les autres étudiants, j’ai droit à une consultation avec un phoniatre pour vérifier que je n’ai aucun nodule ni anomalie des cordes vocales. Pas de pathologie. Néanmoins, pour adoucir mon timbre, on me suggère une petite intervention. Je refuse. Mais je prends conscience que ma voix basse dérange. Elle suppose un vécu, une expérience de la vie que, manifestement, je n’ai pas encore. Une prof de chant tente d’élargir mon spectre en m’imposant de chanter… soprano. Je fais tellement d’efforts que j’en ressors avec un lumbago ! Claude Chabrol ne semblera pas gêné par ce timbre puisqu’il va me choisir et lancer ma carrière avec Merci pour le chocolat, en 2000.

Au téléphone, encore aujourd’hui, on m’appelle « monsieur »

Ensuite, grâce à ma voix, je joue des personnages complexes mis en scène par des réalisateurs chevronnés qui ne craignent pas d’avoir une jeune première « atypique ». Mais c’est Karl Lagerfeld qui fêtera ma singularité, ma voix et mon physique. Tout le monde décidera alors que je suis belle… Il m’apporte en plus une liberté financière. Dès lors, certains m’imaginent parée de diamants, dans un Jacuzzi rempli de champagne ! En réaction, beaucoup de réalisateurs veulent « casser mon image » comme ils disent. C’est ainsi que j’enchaîne des rôles de prostituée dans les pays de l’Est, de comédienne sans travail et sans le sou… Pas des rôles d’aristocrates.

Anna Mouglalis voix Karl Lagerfeld
Anna Mouglalis et Karl Lagerfeld, le 7 octobre 2005. © Nebinger-Orban-Zabulon / ABACAPRESS.COM

Je trouve enfin un espace de démesure en incarnant des femmes ayant existé. Pour apprivoiser mon trac, je lis tout ce que je peux trouver. Sur le plateau, je veux partager mes recherches, et là, on découvre que j’ai fait hypokhâgne, on pense que je veux étaler mon savoir. Je deviens une intello dont on se méfie… Je m’oblige à retenir mes connaissances. Un comble ! On me trouve aussi trop maigre, ou trop grande. Des rôles me sont refusés à cause de la taille de l’acteur principal. Si mon partenaire est plus petit, au moment d’une scène de baiser, on me demande de plier les genoux ! Quant aux productions américaines, les agents me suggèrent de m’ajouter des prothèses mammaires. Déjà que je ne suis pas blonde… Mais plate en plus ! Je refuse. L’Italie m’accueille. Ouf, là-bas je ne suis ni trop ceci ni pas assez cela. Juste exotique ! Au téléphone, encore aujourd’hui, on m’appelle « monsieur ». Et ça continue de me faire rire.

Sur scène au théâtre de l’Atelier à Paris, elle incarne une « Mademoiselle Julie » de Strindberg fougueuse, excessive, violente, mise en scène par Julie Brochen, aux côtés de Xavier Legrand. Parallèlement, elle met en boîte les prochains épisodes de Baron noir. Et reste une égérie Chanel.

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